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AVANTURES
CLAMADÉ;
£T DE
CLARMONDEi
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AVANTURES
DE
CLAMADÉS
ET DE
CLARMONDE.
Tarées de fEJpa^nol.
PAR MADAME L-G-D- R-
K PARIS;
Chez NYON.fils, Qoay de Conly.
M Dcc xxxm.
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.. A V A n't Û RE S ';
l
;C L A M A D E S;
» ET DE
CLARMONDE.
Tirhs de tEffitpKt.
iO c T I V E , fille'unique
duRoideCaftille,£iic-
céda au Royaume <fe
fou père. Parmi les Princes qui' '
cherchoientà s'en faire aimer,
Marcadite , fils diiRoi de Saï-
daigne , étoit le lèul en qui aie
remarquoit des qualités pro-
presàgouvemsi iiàgeHiént&^
a Avantures de Clamades
Beats, & ayant plus de pan-
chant pour lui que pour fès
Rivaux , elle l'époufà du con-
iêntement des Grands de fà
Cour. Elle eut de (on mariage
avec Marcadite trois filles 6c
un fils. La première , nommée
Helior > la féconde , Soliadife j
la troifiéme , Maxime , la plus
belle de ces Princeflèsj & Cla-
mades , Prince d*une fi haute
efpérance , que quand il fi.ît
parvenu, à l'âge de pouvoir
voyager , le Roi Marcadite
l'envoya en GiècQ , en Alle-
magne & esk France, pour y
^pp^endre. les Langues de ces
(fâèrens Ena|>iEâa.
. Dans le tems CBà& Clama-
d^ étoic en France , ou il fè
Çûlbiç adim£«£.par foii^adteâ^
-i >
<jt de Clarmonde. z
Se par fa force dans les Joutes
& dans les Tournois , cinq
Roiis fe liguèrent contre le
Roi fon père , Bl lui déclarè-
rent là guerre. Màrcadîte rap-
pella ce Prince auprès de
lui 9 l'arma Chevalier , & lui
donna le commandement de
fes Troupes. Le jour de la Ba«
taille étant afllghè , les deux
Armées parurent .en Plaine.
Les Caftillans Soutinrent les
premiers efforts de leurs Ad-
veriaires , & les chargèrenc
enfuite avec courage. Les uns
& les autres faifoient des ac«
tions d*ùhe valeur fùrprenante.
Lés deux Partis eurent pen-
dant longtems un égal avan-
tage. Mais enfîn , malgré les
poiiibreux Bataillons qu'on lui
l
4 jivantures de Qamadh
oppofoit , Clamadès fît une
nouvelle charge avec tant de
fuccès , qu il couvrit la cam-
pagne de Mprts & de Mou^
rans ^ & força lès Rois liguez
à laiflèr la Caftille datis une
aix> cju'ils nSpférçntplus trou-
1er pendant le règne de Mar-
cadite. Cette victoire acquit
à Clamadès une grande répu-
tation dans les Royaumes çîr-
convoifins j & fon nom devint
célèbre par toute l'Europe.
Alors trois Rois Afriquains,
Hommes fçavans dans les Ma-
thématiques , tinrent confèil
entre eux,& délibérèrent de
demander en mar jage les troiç
filles du Roi Marçadite. Lç
premier le nommait Mélican-
dre,Roi de Barbarie j le (ècohd
i!t de Clarmônde, ^
Bardigante,Roi d'Amofafte j
& le troifîéme Crôpardô,Roi
d'Ungârie. Celui-ci craignoit
que le Roi Marcadite ne refu-'
sât de lui donner iine des Prin-
ceflès , parce qu'il étoit laid &
bofîîi. Pour prévenir ce refus :
Seigneurs, dit-il aux deux au-
tres Rois, ne paroiflbns devant'
le Roi de Caftille qu avec des
préfèns dignes de nous. A cet
effet irnaginojnsi pài le fècours
de notre fcience , quelque
ehofe qui tienne du prodi-
gieux y. & après' luï avoir pi'é-
fènté cette ptéàtiâkïon de no-
tre elprit il nous lui demande-
ronschacun un Don. Comme
ce Prince/eft génereùx,ajoura-
t'il,îl nôbs raccordera , (ans
s'informer auparavant de ce
6 A vantures de Clama des
que nous fouhaitons de lui j, &
ftlors nous dirons que nous lui
demandons pour femmes les
trois Princefles les filles. Meli-
çandre & Bardicante approu-
vèrent la propoCtion de Cro-
pardoi ôc chacun d'eux em-
ploya fop induftrie à inventer
quelque IVfachine^ qui pût fur-
prendre agréablement le Roi
MarcaditCt
Quand ces trois Princes eur
rent achevé , par le fecour;^
d'une Fée , ce qu ils s'étoient
propofé de faire ^ ils partirenç
d'Afrique , & vinrent e^ Ca-»
ftîUe avec leurs prjéfens. Le
Koi Melicandre a voit fait d'un
Or très-fiti irne poule & trois
Pouflîns. Cette ?oule mar-
choic devant ces Pouilins , Se
<3* de Clarmondt. j
quand ils avoient un peu mai>
ché , ils s arrêcoJent & chan-
toient fi douceAKtBt , quelèii^
chant ièmbloic une mélodie^
Le Roi Bardfgante avoit con*
ftruit un petitHomme d'un Ar-
gent très-pur , tenant en màirit
une trompeté , d<MJt il dévoie
fbnner quand on projetteroit
quelque trahiibn contre le Roi
de Caftille. Le Roi Cropardo
avoit fabriqué im Dragon dé
liège , dont le corps ix.6^ cou-
vert d'écaillés faîtes de nacré
de perles, ^ fôs aSl«s écoient
tifiuës de pliantes «les pliir
beaux Oîlciàux -dcslndés. Il y*
avoit dans ce Drageo trois
Mouvemèns à re(!brt, que fài<
foient marcher des chevilles
d'acier > p» le moyen deG
s Avantures de Clamadh
quelles un Cavalier le gou-
vernoic , & le failbit aller où
il vpuloit. Quand le Roi Mar-
çadite eut reçu ces préfens , il
les admira ainû que la Reine
Doélive. Les Rois Afriquains
profitèrent de ce moment
pour demander chacun un
Don , & dans (on admiration ,
le Roi Marcaditë le leur ac-.
corda > fans penfer à quoi il
s'engàgeoit.[Ce{brtt les trois
Princeâès vos filles, lui dirent-*
ils aufid-tpc, que nous vous de-
demandons en mariage , & le
jloi Cropardo ajouta qu il de-
xçiandoit la jplus jeune. Cette
demapde afinigea le Roi Mar-
çadite à caui^ de la difi^ormité
du Roi'd'Ungariô > mais il a-
voit promis , & il youloit tenit
fa promeflè.
_ iS^ de Çlctrmonde. ç
Il fit appeller le Prince Clà-
madès avec les Princeflès fès
fœurs , & on leur montra
les préfens. La Poule avec
les Pouffins leur plut beau-
coup , & tous avoiiéf ent qu ils
n'avoient jamais rien vu de
mieux imaginé. On leur fît
voir enfuite l'Homme d'ar-
gent avecià trompeté 5 mais le
Roi Bardigante leur dit qu on
ne pourroit en faire répreuvei
que lorfquon trameroit qtieU
que trahifon contre le Roi
Marcadite , & ce Prince en
crut le Roi Bardigante for fà
parole. Enforte qu'il accorda
fes deux filles aînées aux deux
premiers Rois , qui étoient des
Princes aimables & des plus
riches de 1 Afrique, Maxime,
10 Avantures de Clamadh
la plus jeune des trois PrinceC-
fes & la plus belle , voyant
qu'elle devenoit le partage du
Roi Cropardo , l'Homme le
plus contrefait & le plus det
agréable \ non feulement de
r Afrique, mais peut-être mê-
ipe des autres Parties du Mon»
de, tomba en foiblefle , & on
la reporta dans fon Apparte-
ment. Le Prince Clamadès i
*qui avoit pour elle une aflfèc-
tion particulière, la fuivit dc
lie la quitta point. Ah ! mon
frère , lui dit-elle , quand elle
^ut un peu repris fès fens ,
qu elle deftinée eil la mienne !
(^ qu ai ' je fait au Ciel pour
mériter un pareil traitement !
Des larmes coulèrent de ks
^eaux yeux 5 des fbupirs lui
ir de dur monde. Il
oterent une féconde fois lu-
(àge de la parole, & elle n'eut
plus la force de continuer fa
plainte. Raflùrez vous , Maxi-
me , lui répondit Clamadès 5
repofèz-vous (ùr moi du foin
de votre établiilèment 5 je ceC-
ferai de vivre, pu vous aurez
pour Epoux un Prince au(îi
accompli que \^ Rois d'A-_
morafte & de Barbarie.
Plein de 1 émotion que lui
cauCoit la douleur de Maxime,
il revint dans la Salleonil avoit
lailTé le Koi fon père avec lô
Koi Cropardo,& envifàgeanC
celui-ci avec plus d attention
qu'il n*avoit encore fait : Sei*
gneur,dit-U au Roi Marcadite,
je ne puis vous dire combien
je fuis étonné de ce que vous
12 Avantures de Clamadèf _
accorde^ en mariage à un tel
Homme une Prince{ïè,qui fait
par fa beauté lés délices dé
toutes les Efpagnes , & cela
£iir la foi que fon Dragon de
liège a les propriétés qu il lui
attribuë.Vous pouvez , lui dit
le Roi Cropardo , en faire
vous - même l'expérience 5 &
fi j'en ai impofé au Roi , je le
tiens quitte de fâ promelîè.
Clamadès lui répondit qu il
vouloit réprouver (ùr l'heure ,
& comme leRoi Cropardo ne
Texcitoit à ccttie épreuve qùV
fin que fon Dragon le trans-
portât dans às.^ lieux, d'oa'
il ne pourroit s'oppofer à Ion
mariage,à l'inftant-même qu'il
eftformoit la piehfée, THom-
me d'argent fonna de fa trom-
iS" de Clar monde. 1 3
péte ppur avertir le Roi Mar^
cadite de.la tromperie que le
Roi Cropardo venoit de mé-
diter. Ot\ entendju: diftinéle*
meot Ici loo de cette troiDpétej
mais perfbnpe n'y prit garde ,
tant oh étoit occupé à çonfir
dérer le Pragon de liège lur
lequel Çlama.dès Te préparoit
à monter. Ce Prince y montai
en effet , & le Roi Cropardo
tourna laf heville qui étoit au
front de ce t)jragon,On apper-»
eut auffitot qu'il commençoiç
à (e ipouvoir , & ^'élevant en*
{îiite peu à petyls'élan^ 4ans
l'Air avec «ne telle rapidité »(
qu'on le, perdit de vue dans un
moment , au grand étonne-
ment du Roi Marcadite y d^
la Reihç DQ<^ive , & de tpuft
<»
14 Avantures de Clamades _
les Seigneurs qui virent ce
prodige.
Revenu de fà fùrprifè , le
Roi Marcadice dit au Roi Cro*
pardoque (on Dragon étant
uifHfàmment éprouvé , il fît
revenir fbn fils Clamades. Je
le voudrois comnie vous , Sei-
grieurjiui répondit le Roi Cra-
|}ardo 5 mais il n eft pas en mon
pouvoir de vous donner cette
îàcisfaâion j ayant oublié de
dire au j^rince la fnatiîéré de
fe (èrvir des chevilles qui font
mouvoir le Dragon. A cette
réponlè , le Roi Marcadite (è
mit dans une furieufè colère
éontre lé Roi Cropardo , &
jura par (à Couronne qu il le
feroit mourir , s'il ne Uii ren-
doit promptemeot Ton fils.
<r de Cîarmonde. I <
Toute la Cour (è (buvint alors
que l'Homme d'argent avoic
fbnné de la trompeté , & ce
fbuvenir convainquit le Roi
Cropardo d'avoir trahi Cla«>
madès & le Roi Ton père. La
conflernation devint générale
parmi les Courtiians , parce
qu on ne (çavoit on ce Pimce
pouvoit être traniporté, ni en
quel endroit on pourroit aller
le chercher , & le l^oi Cro-
pardo fiitccnduit fur le champ
dans une prifon. Les deux au>
très Rois s'excuférent , en afr
iurant qu'ils n avoient aucune
connoiflànce de cette tr^hi-
fôn. Leurs excufès ayant été
reçDoës y ils prièrent le Roi
Marëadftede leur tenir {à pro*
meûè f mais ce Prince «lËfflig^
1 6 Avantures de Clamadès
leuf répondit qu'il ne pûuvoic
célébrer de mariages dans la
conjoncture préfente > qu'ils
s'en retournailènt dans leurs
Royaumes >^ qu'il les feroic
avertir de revenir quand (on
fils (èrôit de retour.
Cependant Clamadès itoic
toujours porté dans l'Air , Se
en peu de tems il fe trouva fr
éloigné de la Terre , qu il ne
fçavoit plus où il étoit. Au
lieu de perdre courage , il
saflùra iùr (on Dragon > 8c
examinant comment il pour«>.
roit le faire retourner à Ten*.
droit d'où il étoit parti, il ap^
perçut au cpté droit de cet
Drggon une cheville , qu'il
commença à tourner y enfuit^
iii en,i4éçp)iviric uiie autre am
côté
• ' ■ . ■ ■ •
i^'de Clarmonde. 17
oté gauche , qu'il tourna
gaiement, & ilfèntit qu'au
eu dé s'élever davantage, fi
écendoît versla *èrre.- Con-;
oiiïànt paf cette découverte
i manière de gouverner le
)ragon d& liège , il prit une
ouvelle afiùtahce, & fe pro-
fit de révoir bientôt la CaC-
lie , quoique dans l'eipace
*un jour & d-ùne nuit ce
)ragojii'€Ût'tFa»{porté.juf- •
[ues dans 'la Toltàne. Lé.
)uc Carnuante regnoit alors
ans cette partie- de l'Italie y
' habitoit uii Château , npnK
lé le Châtraà- tiôbie]^ & ce
IX. fur une dès Tours de ce
lîhâteau que le Dragon de
égé s'arrêta. Loffque Cîa-
îadès en fut décendu , il
*f .1 «'IIT
18 Az:amMm dtCUmaJi'S
CDoa àxn case Toor , & lè
porannipe cfuo
 ponrinc à une
gnode Salfey dans laquelle il
irk des Tables oooveites de
fois , de vin & de viandes y &
garnies de poo y de plats &
<f aOîettes (for ^ d'angeoc ,
que gardmt uo Nègre , qui
parut f uipris de foa appari-
tion. Ne crains rien , lui dit
Clamadès , Se m appccfwls
pour qui oe magpi^qiiç rejp^
eH prépara Sçachez, lui ré^
pondit le N^gie , que tous;
tes ans , au CQriuneoçe«i<|n|;
de Mai &. de SeptQtnl^rç ^
fuivant lecominahdem^it de$
Prêtres de la lA>i », on couyre
ici,yer$le coucher du Sol^,
les Tablçf dis; l^ç^aniiére qu/^^
iS' de Oarmondt, 1^
vous les voyez , & lei vian-
des y demeurent jufi][u au le-
ver du même Afbe ^ que ces*
Prêtres font leurs- Sacrifices ,"
Se mangent de ces viandes
pendant deux ou trois jours
qu elles peuvent fè conlerver.
C'étoit au mois dé Mai que
Clamadés fut trati(j>brté im-
la Tour duC!liâtei^^Nbl>le.Se
ièntant dé l'appétit en entrant
dans la Sallô dotot je viens di^"^
parler , il- s'afik à «ne des Ta^T
blés , de y-but Si: "à^xi^t» au*;
tant qu'il Voulue ? &n^ que 1^'
Nègre sîy'^oppôfêt. A|jfès s*ê-'
tpe raflàflié. de ce qm lui pa-
rut le plus à fon goût |â eut
la curiofité de pénétrer dans
un Logeaient , o[m communV-
quoit à cette Tour. \\ enttà
ao Avantures de ClamaJès
d'abord daus une Chambre^
où il trouva un Géant > en*
dormi lùr un banc , avec des
armes autour de lui , parce
qu'il gardoit l'etïtrée de l'Ap-
partement de Clarmonde> fille
du Duc Carnuante , Princeflè
d'une rare beauté , êc pailà
eni^ite dans uae Gallerie.» $(u
bout de laquelle il trouva en-
core une Chambre , ôii repor.
foient |;rois Femme$; « dont jà .
ptépaléte £é pomUgiqit. F|o-
réte. y la féconde Gayéte , Sc
1% troifiéme Liades 3 après
quoi s^avançaot . dans une au?'
tre Chambre , f^iperbemeist
meublée, il y; v\t on lit, fut
lequi^ -étoit repréfenté le ma- •
riage ,4e l'Amour avec Pfy-!
ché, N'ayant jaspais vu de bro<; 1
- : -i
■■* '.1
C?* ^e 0ar monde, it
derie qui imitât fî bien la na-
ture , il s'approche de ce lit
pour en confidérer les mer-
veillesi Quelle eft (à fiirprife!'
Il y voit une jeune Fille , plus
belle encore que la Pfyché
dont il repréfente l'Hiftoire.
C'étoit la- divine Clarmonde ,
qui doimoit les cheveux é-
pars & tombant en ondes fur
une gorgé naiilante,plus blan-
che que; la ivéigé. A la vûë de'
tant d& charmes <, Clamadèâ
demeura* comnie immobile »
& iè fcnt^ aufîîtôt embrafé
de tant d'amour poubelle',*
qu il -né put ré^er à la ten^^
tation die lui b<dier là main'
avant que de (è retirer de ion"
Appartement. En Ëtilânc foa>
larcin: amoureux •, Ckrmondel
aar Avantures de Clamades
s'éveilla en furiàut , & fùr'^
priiè de voir un Inconnu t
Qui vous a, lui dit-elle, ren-
d^ àflèz téméraire pour entrer
dans cette Cbambre ? £ui3iez-
vous mille têtes , continua-
t*elle , fi vous n'êtes pas Léo-
patris , fils du Koi Barcaba ,
qui doit être mon Epoux , je
vous jure que vousn échappe-
rez pas à la mort. Calmez vo-
tre couroux , belle Princeâiè >.
lui répondit Clamades , je fuis
cet heureux Léopatris , qui
doit bientôt polTéder en vous
l'Objet le plus chômant de
toute i'Italie. A quel deilèin.
Prince, lui demanda Clarmon-
de , êtes vous entré fi matin
dans ma. chambre fans m'en
fiùce avertir auparavant ? Jy
^ <T de Clarmonde, ' 2 J
fuis venu fecrétement , Mada-
me,Iui répartit Clamadès,pour
juger par moi-même fi ce que
le Roi Barcaba m'a dit de vo-
tre beauté eft conforme à l'i-
dée que je m'en fuis faite 5 &
je m'apperçois que iès Ambair
fadeurs ne lui ei) ont pas fait
un rapporo a^z fidèle. Clar-
monde le pcenaot alors pour
Léopatris : Je pouçrois , lui^
répliqcia. ]graçi^u(èinent cettei
Pjincei&> me plaindre égalç-l
ment. d€$l Miqijlres de Car-
"huante , qui m'ont degmfe
une partie^, de la vérité fur?
votre compte > n^^iis je leut,
pardonne , djoârar-t'elle , parej^x
qu'ils n en ont faps doute uf^
de la fofçe qjie' pQur. me finr-s
prenore agréahfement , lorf-/
'• • •
^4 Aventuret cle Clamades . ,.
que vous paroîtriez à la Cour
de mon père. Elle appella auf-
fitôt fes Femmes , qui furent
étonnées de voir avec Clar-
monde un Etranger qu'elles
ne connoiflbientpas. Revenez
de votre étonnement » leur
dit-elle , vous voyez dans cet
Inconnu le Prince Léopatris,
qu on me deftine pour Epoux..
Pendant que ces Femmes
rcéjâï'doient avec admiration
^r « t. * *
lé fein Lebjpatrîs , il fortit de
la Chambre de Clarmonde
pour leur laiflèr la. liberté de
rhabiller , & pïiâà dans un'
Jardin ', qui - n avoit d'entrée
qtiie par cetteGhiambrcQùànd
cette Princelîè fut parée d un
de' fès plus riches. habits, elle
vint -dans ce Jai'œn.s*entrete-s
tôt
iS" de Clarmonde. 2^
nir. avec ClamjKlès. Le jour
commençoit alors àparoître»
& de foibles rayons .annon-
çoient <lèja le retour du So-
leil. Ce n'étoit plus ibus xin
Lainbris,oti régnoit encore un
refte de ténèbres , que Clar-
monde laiïlbit entrevoir fà
beauté» c'étoitfbus un Ci^
lumineux quelle l'expofbic
aux yeux de celui qui auroic
bien voulu être le véritable
Léopâtris. Il ne put en voir
tout l*éclat, lâns donner à l'A-,
mour occafion de faire un nou-
veau progrès dans fon cœur j
la douceur de fa converfatjon
acheva de le rendre le plus
amoureux des Hommes, Se ce
fut en parlant avee elle qu'il
apprit ion nom > & connut
C
0.6 Avant ur es de Clama de s
qu'il étoit dans le Château du
DucdeTofcane. Durant qu'ils
goûtoient enfemble le plaifir
d'un f écret entretien, le Géant,
à qui la garde de Clarmoûde
étoit commifè , s'éveilla <Sc
regarda fortuitement par une
fenêtre qui donnoit fur le Jar-
din de cette Princefîè. Y
voyant un Inconnu aiïîs au-
près d'elle , U en frémit &
fut avertir Carnuante de la
iiirprilè qu'on lui avoit faite
pendant le peu dé repos qu'un
fbmmeil accablant l'avoit con-
traint de prendre. Carnuante
lui ordonna d'appeller une des
Femmes de Clarmonde , à la-
quelle il demanda le nom de
celui qui étoit dans le Jardin
avec la Princeilè. Ç'eft , lui
iS" de Clarmonde. TJ
répondit- elle , Léopatris , fils
du Roi Barcaba. Attribuant
à une tendre impatienceia vi-
fite fécréte du jeune Prince ,
Carnuante fe fit promptement
vêtir , & décendit dans le
même Jardin, fuivi des princi-
paux Ofiiciers de fà Cour. Un
déflr curieux , dit-il , à Clama»
dès en l'embrailânt , vous a
fait tromper la vigilance de
mon Géant 5 je ne fçais fi
vous ferez fatisfait de votre
curiofité 5 quoi qu'il en fbit ,
Seigneur , vous avez le mal-
heur d'être.né fils du Roi Bar-
caba , &; en cette qualité , il
faut vous réfbudre , en épou-
fant ma fille, à devenir la vic-
time de fà Politique. Clama-
dès chfingeolc de couleur à
eu
2 8 Avantures Je Clamaâès
chaque parole du Duc Ca
nuance > il ne trouvoit poi
dans fbn elpric de rellbun
pour fè tirer d'un fi mauya
pas. Que votre trouble ceflè
Seigneur, pourfuivit le Duc
fi les Princes ont coûtum
d'obfèrver de certaines foi
malités dans leurs première
cntrevûës5 TAmour les en dii
penfè quelquefois > & juftifi
toujours une démarche , qu<
l'Objet , qui la fait faire , n'im
pute jamais à un manquemen
dé reipe<5): , ni à un défaut d'
bienfèancç.
Dès que le Duc étoit entr«
dans le Jardin, un des Officier
de fà fuite, qui avoit vu Léo
patris à la Cour de Barcaba
avoit jette les yeux fur Cla-
O* de Clar monde» ap
madès 5 pluis il le regardoit ,
moins il retrouvoit en lui les
traits de ce Prince. L'emba-
ras de Clamadès à répon*
dre aux galanteries de Car-
nuante , acheva de le perfùa-
der que cet Etranger prenoic
fauflènnent le nom du Fils du
Koi Barcaba. Seigneur , die
cet Officier au Duc de Toica-
ne , ou je me trompe , ou vous
ne parlez pas à Léopatris y jd
l'ai vu dans fon çnfance , & je
m'en rappelle afièz l'image
pour préiiimer que vous pre-
nez pour ce Prince un ImpoA
teur, qui a formé qutlque pro-
jet contre l'honneur de Clar-
monde. A la fifionomie haute
Se majeftueufe de Clamadès ,
Carnuante eut de la peine à
C Ui
3 O Avantures de Clamades
croire ce que lui dilbit cet
Officier. Cependant , s'apper.
cevant que l'Inconnu fe trou-
bloit de plus en plus : Seriez-
vous afièz téméraire , lui de-
mahda-t*il , pour venir m'en
impofèr jufques dans mon Pa-
lais ? Répondez , ou il y va
de votre vie. Il faut vous l'a-
vouer , Seigneur y lui dit Cla-
madès , je ne fïiis point fils du
Boi Barcaba j je fuis feule-
ment un Cavalier, né ibus une
Conftellation fi malheureufè ,
que de trois en trois ans , une
Fée s'empare de moi 5 me met
fur un Dragon de Liège j me
tranfporte de Montagne pn
Montagne pendant deux jours
& deux nuits ? m'enlève en-
fuite iùr la plus haute Tour
<tT de Cîarmonde. 3 1
qu elle peut trouver , & elle
m'a laiffé avant le jour fur la
plus élevée de votre Château ,
d'où vous pouvez faire ap-
porter le Djagon,fi vous dou-
tez de la vérité de ce que je
vous raconte.
Le Duc Carnuante ordon-
na d'apporter le Dragon de
Liège, & quand il fut devant
lui , il le confidéra avec atten*
don 5 mais cela ne le iàtisfic
point , & il demanda à Cla-
madès pourquoi il s'étoit in-
troduit, fous le nom de Léo-,
patris , dans l'Appartement de
Cîarmonde. Y étant entré fans
deiîein , lui répondit Clama-
dès , la Prince{ïè en a été fî
couroucée , qu'elle m'a me-
nacé de me faire mourir , fi
C iiij
3 ^ y^vantures de Gamades
je nétois pas Léopatris , fils
dû Roi Barcaba , que vous
lui deftinez pour Epoux,. La
cramte de la mort, ajoûra-t'il ,
m'a fàitrprendre le nom' de ce
Prince , & les charmes de la
Princeflè , je l'avouerai , Sei-
gneur , m'ont faic oublier que
je devois m'éloigner d'elle , &
ne pas, abufèr de fà crédulité
après avoir appaife fa colère^
Ces raifons ne calmant point
celle du Duc Camuante , il
donna ordre à fès Gardes de
s'aflùrer de la perfbnne de
Clamadès 5 après quoi il af»
fembla fon Confeil pour déli-
bérer fur ce qu'il feroit de cet
Inconnu. Quelques-uns n'efti-
mpient pas que ion impru-
dence méritât aucun châti-
<3" de Qarmomle. ^^
ment > quelques autres pré-
tendoient qu elle méritoit le
dernier {îipplice , r/ étant pas
à préfumer , {butenoient-ils ,
qu'il fut venu de la Tour dans
r Appartement delaPrincefîè,
s'il n àvoit eu des defîeins con-
tre fon honneur. Enfin après
de longues conteftations , les
voix rafîemblées par le Chan-
celier de Camuante , Clama-
dès fut condamné à perdre la
tête , & on ne lui donna qu u-
ne heure pour fe préparer à
mourir.
Quelque courageux que
fut le Prince de Caftille , la
nouvelle de ce Jugement éton-
na fon courage , parce qu'il ne
pouvpit en ufer au milieu des
Gardes qui Tenyironnoient»
3 4 Avantures de Clamades
Concevant que l'adrefîe lui
étoit plus néceffaire que la
force pour fè fàuver du péril
où il fe voyoit , il demanda à
parler au Duc Camuante ,
& quand il fut en fà préfence :
Seigneur , lui dit-il , puilque
vous m* avez condamné comr
me coupable , quoiqu inno-
cent du crime dont on me
charge , f ai entendu T Arrêt de
ma mort fans murmurer de
votre rigueur 3 mais ayant été
armé Chevalier , je vous (ùp-
plie par l'Ordre deChevalerie,
que vous avez reçu , de me
faire mourir fuivant l'ulàge
dû Païs où je (ùis né. Quel
efl cet ufàge , lui demanda le
Duc? C'eft , lui répondit Cla-
mades , d'ordonner que je
O* de ClarmonJe. ^ ^ •
fois mis ftir mon Dragon , &
qu on me coupe la tête fans
me defàrmer. Par - là , Sei-
gneur , continua - t'il , vous
conferverez TJionneur de la
Chevalerie , & mes Parens
vous en feront obligez. Car-
nuante lui accorda ce qu il
demandoit 5 c'étoit ce que
Clamadès fbuhaitoit pour fe
(àuver de fes mains.
Les Domeftiques du Palais
de Carnuante , comme E-
cuyers , Eftaiiers & Laquais y
tous armez d'Arcs &deDards,
de Lances & d'Epées , fe ran-
gèrent auiîîtôt autour de Cla*
madès 5 mais , dès qu il fut fur
fon Dragon y il tourna la Che-
ville qu il avoit dans le front ,
& il s'éleva dans TAir avec
• ^6 AvantureJ de ClamaJes
une telle rapidité > qu il fèm-
bloit que le vent l'emportoit
dans la moïenneRégion.Ceux
qui tenoient en main des Arcs
tirèrent fîir lui leursDards avec
tant de viteiîè & de confu-
flon , que ces Armes retom^
boient fiir eux-mêmes , & le
Duc Carnuante eut tant de
dépit de je voir s'échaper de
la forte , qu'il en fût înconfb-
lable pendant quelques jours >
mais Clarmonde en relîêntit
intérieurement une fi grande
joie , que malgré fon atten-
tion à la difîimuler , fon père
s'en fèroit apperçu , fi la co-
lère ne l'eût empêché d'y
prendre garde. La grande
beauté de Clamadès, lès ma-
nières nobles , & fon extrême
O* de Clarmonde, 37
politefîè lui avoient déjà
frayé l'entrée de (on cœur, &
elle commençoit à avoir du
regret de ce qu'il n étoit pas
le véritable Léopatris. S'il ne
Teft pas , difbit-elle en foi-»
même , il mériteroit de l'être ,
& je doute que le Roi Bar-
caba ait un fils plus accompli,
Quelquil ibit, ajoûtoit-elle ,
cet Etranger n'eft jpas un fini-
pie Cavalier, comme il Fâ dit
à Carnuante 5 fbn origine eft
plus lUuftre qu'il ne l'a décla-<
rée , & je ne me fèntirois pas
contramte à ne pouvoir plus
aimer que lui , fi (à naifiànce
ne le deftinoitpas à porter une
Couronne.
Pendant que la Pijnceflè
Clarmonde sentretenoit de
^^ Azanara it CJamm&s
i3ri chfrrm par L^ m£ea de
Cdd srîiu an œoôs de ¥sigc-
çmrître hearesiSé¥31e,€30 ii
aooYa Le Roc MircaicfiDe Ida
père j ht Rdne Doâire ù
mère , & ks Pimcrtirs ièf
ficoFS, qoi pleuraient CDCOce
£» ablbice. On neicsirofC
qu'ils esxrenc de kxxarmréeyLi
Tri&âè fit place anx Piaifîrs>
dédomagéreot la Cour de la
douleiir où la trafaîfôo do Roi
Cropardo TaYoît plongée:
Oamadès raconta eniuîte ce
qui loi éu>it arrivé chez le
deTa(caae,& leRoy ion
Imj^'pric qa ii cenoic pri-
<S de Clar monde. 3p
fdnnier le Roi d'Ungarie ,
pour l'avoir expofé aux pé-
rils qu'il avoit courus. Que
voulez-vous que je fafle de ce
Traître,lui demanda-t'il ? Puis-
que fbn Dragon de Liège, lui
répondit Clamadès , eft tel
qu il nous Ta dit, je vous prie
d'oublier qu il m'a trahi. Sur
cette prière du Prince , le Roi
Marcadite envoya mettre. en
liberté le Roi Cropardo.
Quand celui - ci fe vit libre ,
il demanda au Roi de Caftil-
le la Princefle Maxime , puiC
que le Prince fbn fils étoit de
retour 5 mais Clamadès lui-
même , qui venoit de faire
ouvrir fa prifon , s'oppofa
fortement à fà demande , &
le Roi Marcadite , pour ré-
40 Avanturei de Clamadh
ponfe au Roi Cropardô , lui
envoya defiPendre de réparoî-
tre à fa Cour.
Cette défenfe jetta le Roi
Cropardô dans un étrange em-
baras. Il ne pouvoit retourner
dans (es Etats , parce qu'il y
a dans le Royaume d'Ungarie,
une Loi qui déclare incapable
de le poflèder un Roi con-
vaincu de trahifbn , & qui
permet à (es Sujets de le met-
tre à mort , s'il y rentre iàns
auparavant s'en être abfenté
pendant fèpt années , à moins
qu'il ne faflè fà paix avec ceux
qu'il a trahis5car en ce cas cette
Loi lui permet de rentrer dans
fôn Royaume, & les Peuples
l'y reçoivent comme leur Sou-
verain légitime. Ne prévoyant
pas
<T de Gîar monde, 41
pas pouvoir fe raccomjiîoder
avec le Roi Marcadite , il prie
le parti de pailêr à Séville les
fept années qu il devoit être
abfènt de TUngarie. Comme
il étoit (çavant en Médecine ,
il projetta de l'exercer dans
cette grande Ville , & d'ex-
pier par fès foins charitables
la peine que méritoit là cra-
hifbn envers le fils du Roi de
Caftille.
Quelques R^ouiHànces
qu'on fît à la Cour de Sévil-
le , pour célébrer le retour de
Clamadès , ce Prince s'en oc-
cupoit moins que du plaifir de
penlèr à la belle CUrmonde.
Le fbuvenir de cette aimable
Princeilê Êdfbic (es plus chè-
res délices i H cherdioit mê-*
A2 Avantures de Clama Jh
me la iolitude pour réfléchir
plus tranquillement iur Ces
grâces divines , & (on éloi-
gnement d'auprès d'elle don-
nant une nouvelle force au
beau feu qu'il avoit pris dans
(es yeux , il fournit bientôt au
Roi Marcadite & à la Reine
Dodlive l'occafion des'apper-
cevoir de ce qui fè paiîoit
dans ion cœur, (ans néànnfK>ins
foupçonner que laPrincéfle de
Tolcane étoit l'Objet de f on
amour. Le voyant un jour dans
une rêverie profonde , la Rei-
ne , qui l'aimoit tendrement ,
le fît entrer dans fon Cabinet,
où , après l'avoir entretenu
de chofes indiflérentes : Mon
fîls , liii dit - elle , puis-je me
flatter que vous (oyez aflêfz
O* de Clarmonde^ 4j*
fendble à mon amitié pour
que vous ne me refiifiez pas
un aveu que j'exige de vous ?
Madame ,:lui répioûdit Clama-»-
dès , qui ne s'attendoic poinc
à ce quelle vouloit lui de-
mandée « le Ciel m'a fait pré-
fent par vos mains d'un cœur
trop reconnoiflànt , pour que
je pufîè y tenir cacné un fé-
cret fur lequel vous me de-
manderiez à&s éclairciflè-"
mens.' Si vous me parlez de
bonne foi > continua la Reine y
vous m'avouerez que vous ne
jouiilèz pjis maintenant de vo-
tre première tranquillité > que
l'Amotir commenceàtroubler
votre repos > & que quelque
Beauté vous donne de rin*
quiétudé. J!ayois deilein , Ma«.
44 Avantures de Clamades
dame , lui répartit Clamades ,
de vous communiquer ce fé-
cret, & de vous fùpplier d'en-
gager le Roi mon père , à
me permettre de retourner en
Tofcane voir enccwe une fois
l'adorable Oarmonde , avant
que le Prince Léopatriis en
devienne l'Epoux. Eh ! quelle
iàtisfa(5lion , lui demanda la
Reine , vous promettez-vous
en voyant une Princeflè , que
vous aimez, donnner fà' main
au Prince à qui le Ehic Gar«
nuante l'a promifè ^ Changez
de fentimrat, moi), fils , pour-
£mvit-elle> vous ignorez l'ef-
fet qu'un pareil fpecflacle pro-
duiroit fur vous, & je n'enga-
gerai pomt ie Roi à vous
kiflèr aller chercher la mort;
i$" de Ctarmondei 4^
C^eft me la donner , Madame^
lui répliqua Clamadès , que
de me refufèr le trifte plaifir
de revoir la divine Clarmon--
de. Si je dois mourir pour elle,
ajouta -t'il , ne vaut - il pas
mieux que je meure à fès
pieds que dans votre Gour f
011 elle ignoreroit que je Tau-
rois aimée ? Et fi elle honnore
nion trépas d un Ibupir , ne
ferai -je pas plus heureux ,
que fi je vivois (ans ai avoir
obtenu cette faveur ? La Rei-
ne s'oppofa vainement à ce
que lui remontra Clamadès y
& elle fut enfin contrainte de
porter le Roi Marcadite à lui
accorder la permifîîon qu il
fbuhaitoît j ' fous la promefîe
qu'il fit de ne pas js'exçofec
4^ yévantures de Clamadef
une féconde fois au rcflèn-
timent du Duc de Tofcane.
Clamadès n eut pas plutôt
obtenu cette permijîion , qu'il
monta fur fbn Dragon de
Liège , & fit une fi grande di-
ligence parle milieu de l'Air,
qu'il découvrit dès le jour
fïiivant les Toiirs du Château-
Noble , où Carnuante tenoit
ordinairement fa Cour.Quand
il fe vit à la hauteur de ce
Château , il décendit perpen-
diculairement dans une petite
Cour, qui conduifbit à l'Ap-
partement de la belle Clar-
monde , & il y cacha fbn
Dragon, afin de le trouver fous
fà main fl on l'entendoit en-
trer dans cet Appartement, ou
fi on le fiirprenoit avec la Pria-
[
O* de Clarmonde. 47
celle , comme cela lui étoic
arrivé la première fois que le
hazard lavoit conduit dans fa
Chambre. Ayant pris ainfî fès
mefures , il vint fans faire de
bruit à la porte de cetteCham-
bre y & l'ayant trouvée entr'-
ouverte , il la poufla douce-
ment , & s'approcha du \\\, où
repofoit TObjet de ks défirs.
Une lumière > qu on n étei-
gnoit point pendant la nuit ,
lui donne occafion de confi-
dérer fa chère Clarmonde5 ks
yeux f e repaifîènt de ce qu ils
découvrent de fes charmes ,&;
fbn cœur peut à peine fuffireà
tout le plaifir qu il reffent. Il
voudroit baifer encore une de
fes mains 5 mais il craint d'in-
terrompre fbn fbmmeil com-
Ao Avantures Je Clamades
me il a déjà fait. Cependant
fbn amour le preflè de goûter
cette douceurjun tendre mou-
• vement l'entraîne malgré lui ,
& dans le moment qu'il tou-
che cette belle main , il ie fait
une il douce révolution dans
fon ame , qu'il tombe dans un
fauteuil fans presque, aucun
ièntiment.
Sa chute éveilla Clarmon-
de 5 mais reconnoiflànt l'E-
tranger , avec lequel elle s'en-
tretenoit peut - être alors en
longe , & jugeant de . l'excès
de fon amour par la grandeur
du péril où il s'expofbit , au
lieu d'appeller fès Femmes à
fbn propre fècours > elle en '
donne elle-même à celui qui
nepouyoit mourir fans la faire
O* de ClarmonJe» 49
expirer.Durant que Clamadèi
reprçnok Ces efprits,Clarmon*
de revenoit de la frayeur que
{Jba apparition lui avoitcau-
féctéc quand il fut en état de
récbuter : Seigneur , lui dit-
elle , un fîmple Cavalier ne
forme point des projets fèm-
biables aux vôtres, & ne vient
>as jufqu'au pied du Trône ,
j'ofe le dire , oraver une Prin->
celle, qui n attend que le mo-»
ment d y monter. Si vous vou-
lez , pôurfuivit - elle , que je
fauve vos jours du danger où
je les vois expofèz, il faut que
vous me déclariez votre ori-
^ne 9 & que vous m appren-
niezle motif qui vous fait ainfî
courir à la mort. Je viens, dh-
ifÏQfi iùnçsSk 9 lui lépondlc
^o Avantures de Clainades
Clamadès , je viens vous '.
demander comme une grac
Je tremblai à fbn approche
continua-^t'il , lorfque le Di
Carnuante, tek la fie voir d a
ièz près y je me dérobai à fi
traits par mon adreilè , & , e
arrivant chez le Roi , mo
père , je m eftimai i)eareu3C d
trouver un affle ailîiré donti
elle. Je perdis jufqu à la tei
reur qu elle m'avoit infpirée,
lafpeél d'une jCour brillant
où chacun s'emprefibit à m
témoigner la joie que lui cai
(bit mon retour, après m avoi
cru précipice du haut de T Ai
dans l'abîme de TOïïde. I
pompe des Fêtes , <»i'on pr^
paroit pour célébreif ce rë
tour , ièmbloit déjà tomm»
ist de darmonde, <i
on efprit dans un état tran-
lille j j'en voyois même les
prêts avec une fàtisfa(5lion
cérieure , Se cent Beautés
iflàntes , qui ro^doient tour
cour la Cour de Caftille la
us galante des Cours de
uces les £{pagnes , sy rafr
mbloient dans un même
ms > moins » à ce que je
mk , pour prendre part au
vertilïement des Fêtes, que
3ur fe diiputer entre elles la
loire d'en faire l'ornement.
n effet , pourfuivit-il , je re-
arquai dans qudques-ufles
es attraits û touchans , que
ivoiiois en moi-même , que
hàcune d'elles méritoit une
Couronne 5 & , comme fi j'en
rois eu plufieurs à diftribuer.
En
< 2 AvantUres de Clamades
m'occupant un jour à confidé-
rer celle d'entre les autres à
qui je voudrois donner la plus
belle , l'Amour , qui m'avoit
laiilë paifible pendant que l'i-
mage du péril fê préfentoit
encore à mon infiaginatioo ,
l'Amour , dis-je , prit ce mo-
ment4à pour me faire fbuve-
nir qu'il n'y en avoit qu'une,
dont je puflè di{pofer à l'ave-
nir , & que je vous avois ju-
gée feule digne de la porter.
.Venant alors à me rappeller
que lé Prince Léopatris m'en-
levoit l'avantage de la mettre
à vos pieds , je toinbai dans
une mélancolie accablantç ,
& je courois rifque de la vie,
fi le Roi , mon père, ne m'eût
permis de revenir vousl'offtir.
G* de Clarmonde. 53
Mais , adorable Clarmonde y
ajoûta-t'il , à ^uoi peut fèrvir
au malheureux Clamadès un
oflfre que le fils du Roi Bar-
Câba va vous faire rejetcer , &
vous aimant au point de ne
pouvoir vivre fans vous poP
(ëder,neft-ce pas véritable-
ment une grâce que la more
que vous allez me donner en
- m'annonçant que votre main
«promifè à ce Prince , dc
! vous réglez votre devoir
fur la volonté de Carnuante ?
Au nom de Clamadès , la
Princeâè Clarmonde , qui a«
voit entendu parler de la gloi-
re qu'il s'étoit acquife dans les
Joutes & dans les Tournois ,
où il avoit fouvent remporté
le prix dans les Cours étran-
' <^ A vantures de Cîamades
gères ., & de la fameufe vic-
toire qu'il avoit gagnée fur
les cinq Rois liguez contre le
Roi Marcadite fon père , la
tendre Clarm(Mïde , dis-je, qui
içavoit que fà valeur le ren-
doit recommandable dans tou-
te l'Europe , fentit redoubler
Tamour qn*etle avoit conçu
pour lui. Ah ! Prince, lui dit-
elle , pourquoi prîtes-vous la
première j^is que vous m3
vîtes le nom de LéopatnI't
Celui de Clamadès vous au-
roit-il fait moins d'honneur?
Que vous m'auriez épargné
de trouble ! Je veux bien vous
l'avoiier , Seigneur , pourfui-
vit-elle 5 fur la foi de ces traits
auguftes que le Ciel imprimé
(ùr le front des Honiimes nez
ir de Clurmonde, X y
pour commander) )e vous ai
crû , malgré votre diiïîmula-
cion , un Prince digne de
moi , Se la nobleilè de vos
ientimens vous a rendu les
miem fî favorables , que je
(buhûcerois . que mon père
pût rompre les éngagemens
qu il a pris avec le Roi 6arca«
ba. Quoi ! divine Clamionde,
lui répondit Clamadès , quand
je croîs venir expirer à vos
pieds, vous m'apprenez que
vous voulez bien que je vive,
et vous me laiilez concevoir
Tefpérance de devenir le plus
lieoreux Prince du monde !
Les éngagemens du Duc Car--
nuante envers le Roi Barcaba,
pourfoivit-il , ne feront poiiic
un obftacle à mon bonheur,
T^ • • • •
E iu\
< 6 Aventures de Clamades
puifque votre cœur ne fe d<
claie pas pour Léopatris , <
vous pouvez vous repofèr ii
mon amour du foin de voi
affranchir de fon alliance. H(
comment détourner ce ms
heur, lui demanda Clarmoi
de , fi ce Prince anrive aujou
d'hui pour recevoir ma mait
Donnez-là moi , cette mair
Madame , lui répartit Clam
àès f âc acceptez la mienn(
que je vous offre avec n
foi. Si vous daignez coûfè
tir que je vous emmène (
Câftille , ajoûta-t'il , cette d
marche fera approuvée p
ceux qui fçavent aimer , >
mon père Içaura difpofer
vôtre à approuver notre m
riage. Je vous aime , lui r
<?• de Clar monde. ^j
pliqua la Princefle , & peut-
être plus que la bienfëance ne
me permet dé vous le dire 5
mais, malgré cé penchant qui
me porte à vous préférer au
Prince Léopatris , je me fens
de la répugnance à goûter une
propolition que Thonneur ....
Ah ! Madame , interrompit ,
Clamadès , dans la conjonc-
ture preffànte où vous vous
trouvez , ne conlultez fur vos
intérêts que l'Amour qui vous
parle en ma faveur > qu'il foit
le fêul dont vous écoutiez les
conièils 5 c eft un Guide fidel-
le 5 & vous en jugerez com-
me moi , 11 vous confidérez
qu'il m'^conduit dans un lieu
où je trouve la vie , lorfque je
peniois y rencontrer la mort»
<S Avantures de Clamades
Ajoutons à fon confèil , liû
dit la Princeflè , celui des
Femmes que mon père a mi-
les auprès de moi > elles n*ont
pas moins de prudence que
lui , & je délibérerai quand je
les aurai entendues. ;
Clarmonde paiïà dans la
Chambre où dormoient Flo-
réte , Gayéte & Liades > elle
les éveilla j les fit lever , &
leur raconta que l'Inconnu ,
que Carnuante avoit voulu
faire mourir , étoit le fameux
Clamades , fils du Roi de Caiî'
tille. Vous en avez entendu
parler fi avantageufement ,
leur dit-elle, qu'il nemeferoit
pas poiïlble de vous^ieppren-
dre de (es actions héroïques ^
plus que la Renommée n*en a
Cr de Clarmonde. ^p
iblié dans cette Cour. Il
'aime> mes fideiles Amies,
3uta-t'elle , & fon amour
i fait braver une féconde
►is le péril pour venir me
dire. Û m'offre la Couronne
je le Roi Marcadite lui def-
ne. Elle me plairoit plus que
elle du Roi Barcaba , & il
te propoie de ne pas atten-
:e icil'aMÎvée du Prince Léo-
îtris. Si javois le choix de
me des deux Couronnes,
it Floréte, je préférerois celle
a Roi Marcadite à celle du
ci Barcaba. En effet , dit auflî
rayéte , les Etats du Roi de
laftille nous font connus , 8c
peine fçavons-nous où font
tuez ceux de Barcaba. Pour
loi , dit à £bn tour Liades , je
6o Avàntures de Clarttades
diipenferois Léopatris de ve-
nir de fi loin chercher une
Princefïè , & je le ferois prier
d'en prendre une , dont le
Royaume feroit voifin du fiçn.
Après une mûre délibéracioD >
toutes trois , d'an confènte-
ment unanime , confèillérenc
à Clarmonde de recevoir la
foi du Prince Clamadès > de
le fiiivre en Ca(lill%& de laiir
fer Carnuante fe démêler des
cngagemens qu'il avoit pris
avec Barcaba pour Léopatris*
Il ne reftoit plus qu'une dif-
ficvUcé à furmonter > c étoit de
fçavoir comment la Princeflè
pourroit s'évader de la Cour
de Carnuante , étant , pour
ainfi dire , gardée à vue par
un Géant , qui veilloit conti-
ir de C^f monde. 61
nuellement dans une Salle ,
par laquelle il falloit pafifer
pour fortir du Château-No-
ole. Clamadès , qui fut con-
fîilcé fur cette difficulté , la
leva en apprenant à Clarmon-
de & à ies Femmes qu'il
avoit à fà diipofition îè Dra-
gon de Liège , fur lequel il
s'étoit élevé dans l'Air , \oi£-
que le Duc Carnuante avoit
voulu le faire mourir. Il nous
enlèvera Tun Se l'autre , dit il
à la Princefïè , & nous ferons
^ à moitié chemin du Royau-
me de Caftille , avant que le
Géant s'apperçoive de votre
évafion. Après que Florete &
fes deux Compagnes eurent
témoigné à Clamadès la joie
quelles avoient de ce qu'H
1^2 Avantures de Clamadh
prenoit Clarmonde pour fon
Epoufe , elles le prièrent de
revenir les enlever à leur tour
quand il Tauroit remifè entre
\qs mains de la Reine Doâi-
ve , parce qu elles ne pour-
roient vivre abfentes de leur
chère Frinceflè, & Clamadès
promit de leur donner cette
fatisfadUon. Il fut donc cher-
cher fon Dragon de Liège
dans l'endroit où il l'avoit lait
fè 5 on le chargea des chofes
nècefTaires pour voyager , &
Clamadès y monta avec la bel-
le Clarmonde. Lorfqu ils sV
furent placez commodément,
les trois Femmes obfervérent
qu'il leroit à propos , pour les
mettre à couvert du reflènti-
menc de Carnuante » qiie Cla-
O* 4e ClarmonJe. 6^
adès fè montrât à ce Prince ,
I s'élevant au-delîùs du Châ-
au > qu'il lui apprît que le
oi Marcadite eft fon Père ,
: qu'il emmène la Princefle
}ur la faire un jour Reine de
allille. Cela vous eft facile »
i dirent elles j le Duc fè pro-
léne tous les matins dans un
irdin , d'on il entendra c^
ue vous lui direz , li vous
oulez bien prendre votre
kemin par ce côté là. Et afin
uc Clamadès ne fè détour-
ât pas inutilement de fa rou-
» , Tune de ces Femmes mon-
I par ordre de Clarmonde fur
ne des Tours du Château
>our voir fi le Duc , fon père ,
toit dans le Jardin. A fon
etour, elle rapporta que Car-
/
6^ A vantures de Clamadi
nuance s'y entretenoit
quelques Courtii^ns. Prc
de ce moment , Seigneur
elle à Clamadès , l'occ
eft favorable pour lui fair
tendre ce qui peut nouî
rantirde fa colère. Alors <
monde embrafla ces trois!
mes en verfànt des larme
Clamadès réitéra la pron
de revenir Içs prendre
les emmener en Caftille.T
nant eniuite la CheviU(
front du Dragon , il s*éle\
milieu de l'Air , & paflani
deiïùs du Jardin : Seign
cria^t'il à Carnuante , ne
nez pas une peine inuti
chercher la Princeflè votr
le , parce que je l'emn
2(vec !moi pour en faire i
Eco
<T de CîarmonJe, 6<
Ëpoufei fi votre curiofité vous
pojte^ vouloir apprendre qui
je (ùis-, je me nomme Clama^
dès y fils du Roi Marcadite,
Se i'efpére faire monter un joue
Clarmonde fîir le Trône de
Caftille.
Le Duc Carnuante ayant
entendu ces paroles, & voyant
que Clamadès enlevoit eflPec-
tivement la Piincefle , il en
conçut une douleur fi vive ,
qu'il tomba comme mort en-
tre les bras d'un de lesEcuyers.
Quand il fiit revenu à lui , il
reconnut que le Raviilèur de
Clarmonde étoitle même Ca>
vvlier qu'il a voit voidu faire
mourir quelque tems aupara^
vant , & qui s'étoit échapé
de (es mains à la faveur de foii
66 Av amures de Clamades
Dragon de Liége.Cepenclani^
pour fçavoir fi ce n'étoit point
un Fantôme qui lui eût appa-
ru dans l'Air , il envoya dans
la Chambre de (à Fille voir (i
elle en écoit véritablement for'
tie. Quand on lui eut rapporté
qu on ne trouvoit point la
Princeflê,& que les trois Fem-
mes , qui couchoient auprès
de fa Chambre , étoient dans,
un profond ibmmeil > C^r-
nUante vînt auflîtôt lui-même
éveiller ces Femmes :, & leiu
demanda on étoit Clarmon-
dé fà fille. Seigneur, lui ré-
pondirent-elles, enfôgiKmt
d'ouvrir les yeux avec peinte ,
la Princeflè dort fans doute ,
puifquelie ne nous a point
•encore appellées. Elle n'eft
Cr de Clarmonde. 6j
point dans £bn Appartement «
leur répartit Carnuante, & elle
n a pu en (brtir fans que vous
vous en foyez apperçûës. Ce
que vous nous dites nous fur^
prend. Seigneur , lui répliquè-
rent- elles , en paflànt fur le
champ dans la Chambre de
Clarmonde. Ne l'y trouvant
pas» elles afFeâérent de pouf-
fer des cris C douloureux ÔQ
de Êûre des gémifîemens fi at-»
tendriHàns , qu elles touchè-
rent de compaffion ceux qui
accompagnoient le Duc , &
que Carnuante lui-même ne
lesfbupçonna point alors da-.'
voir favorifé Tenlévement de
fa Fille. Il réfolut dans le mo-
ment même de fçavoir du Roi
Marcadite > fî fon Fils avoit
6B Avnatures de Clamades
emmené Clarmonde en Caf-
tille , & il lui envoya des Am-
fcaflàdeurs , aufquels il donna
ordre de lui demander raifbn
de cette violence , s'il refiifbic
de marier Oamadès avec cette
Frinceflè.
Pendant queleEhic de To(^
cane agifibit de la forte , le
Dragon de Liège tranfportoit
SOS Amans par fa route ordi-
naire , & Clamades le^ faifbit
décendre de tems en tems
dans des Lieux agréables , où
Clarmonde fe repofbit auprès
de quelque Fontaine , à lom-
bre des Mirthes & des Oran-
gers , qui rempliflbicnt TAir
du parfiim le plus doux. Us ne
tardèrent pas à reconnoître les
Murs de Séville. Quand ils en
<?* de Cîarmonde. 6g
'urent à une certaine diftance :
Belle Cîarmonde, die Clania*
dès à la Princeflè , voici la
Ville oii le Roi mon père
rient là Cour > vous allez en
Être reçue en Héritière pré-
fomptive de fà Couronne , Sc
les Grands de Cailiile vont
vous relpedler comme leur
Souveraine. Que Marcadite
vive , Seigneur , lui répondit
Cîarmonde 5 mon ambition
n a point foa Trône pour ob-
jet y )e la borne à me voir (à
première Sujette. Mais avant
que d'entrer dans Se ville,pour-
fui vil- elle, je voudrois me dé-
laHèr un peu , & j'apperçois
un Bofquet propre à prendre
du repos. Clamadès y condui-
Ça fon Dragon, & décendit
jo Avantures de Clamades
la Princefle fous un onobrage,
où l'on pouvoit fè repofer au
frais. Si la Reine Dodlive Bc
les Frinceflès mes fœurs , dic-
il à Clarmonde > étoienc pré-
venues de votre arrivée , elles
viendroient au - devant de
vous , & fi vous voulez bien
me le permettre , j'irai l'ap-
prendre au Roi mon père y
afin qu'il envoyé fès princi-
paux Officiers vous rendre les
honneurs xpi vous font dûs
en entrant daJns la Ville. Je
ijè me féparerai de vous, ajou-
ta-t*iL que pendant le tems né-
céflaii^ pour vous remettre de
la fatigue du chemin , & vous
êtes ici dans un Lieu où l'on
ne troublera point votre trafe-
quilËté , la chaleur étant en-
O* Je Qarmonde, 7 1
core trop grande pour que
perfbnne penfè à venir s y
promener. Je confèns à ce que
vous ibuhaicez , Seigneur , lui
répondit Clarmonde 5 mais je
ne promets pas de vous atten-
dre fans quelque impatience.
Mon empreflèment à vous re-
voir , belle Princeflè , lui ré-
partit Clamadès, ne vous don-
nera pas le loiiir de vous en-
nuyer. Ce Bofqiiet touchant
au Parc du Koi Marcadite ,
Clamadès fe rendit à pied au
Palais de Ton père , & laiââ
fbn Dragon dans le même
Boiquet. La Prince^ admi-
roit la diverûté des Fleurs
champêtres , dont la Nature
rembelliflbit, Sc pour ne pas
s'impatienter durant Tabfeiv-
72 jévantures de Clama A)s
ce de fon cher Clamadès , elle
en cueilloit de diverles cou-
leurs , dont elle s'anfiufoit^à
faire une Guirlande en atten-
dant fbn retour.
Pendant que Clarmonde
s'occupoit à cet amufèmenc,
le Roi Cropardo , qui cher-
choit depuis quelques jours
dans les Bois des environs de
SéviUe , des Plantes pour en
compolèr des Médicàme^s ,
entra par hazard dass le Bo(-
quet ou étoit cette PrincefTe.
L'ayant apperçuë de loin , &
la trouvant belle à fon gré, il
s'approcha du Gazon fur le-
quel elle étoit affile , èc après
lavoir confîdérée y. (on cœur
ne put tenir contre lès char-
mes, & il en devint ^poureux.
Dès
tr de Clarmonde. 75"
Pès que Clarmonde le vit au-
près d'elle , fà difformité l'é-
pouvanta. O! Clamadès , s'é-
cria- t'^le toute tremblante ,
pc^irqûoi mè lai£l!èz-vous feule
ici ? Revenez promptement
fur vos pas. Au nom de Cla«
madès , le Roi d'Ungarie pré-
iùma que ce Prince avoit ame-
né dans un Lieu fi charmant ,
cette rare Beauté pour l'ufàge
de £ès plaifîrs. Il jette la vue
de tous côtés pour voir fi quel-^
qu un étoit chargé du foin de
la garder. Il n apperçoit per-
{ônne^ mais il découvre dans
un endroit du Bofquet le Dra-
gon de Liège , qu'il reconnoîtv
parce qu'il l'avoit conftruit.
Dans cette penlee , le fbuve-
'oant que Clamadès s'étoic op«
74 Avantures de Ctamadèt
pofé à fon ni,ariage , 3^ voa^
îant fe venger de cette injme,
îl (oïm^ \q 4eilbin de lui en*
lever cette ïncopnu^ , qui fur»
paflbit en beauté la FiinceUè
B^xime ik içeur. Madame,
jdit-il è Qarinonde en Tabor»
4ant, ne vous plaigne;: point
de l'ablènce du Prijace de Ca£>
tille y la votre lui eft plus diÉ-
Sicile à lupporter que le m4
qui vient de le lùrprendre à
qudque diftapce d'ici. Il m 9
prié 9 comme le fèul Ami , eç
quiil pjàt dépofèr leiècretdç
£)n cœur , de vous faire mon*
ter fur fjopi Dragon de Liège ,
qu il m'? appri? à gouverner,
i& de vous conduire dans leo»
droit 011 il attend de vous le
(pÇ9]a$ 4ppt il 9 befoio. A ci^
ir de CHannonât, ^■f
-dlTcours , la crédide CLarmon-
ide , ne croyant point êtce s£-
£sz tôt ai^ijès ^e ion cher
Clamadès 9 jette loin cTéUe la
Ouiilanide qu elle avoit conw
iziehcée , & iànsiloraier à Cro*
pacdo le l(»£ir de lui tendre la»
inain pour monter 6ir le Dra-
gon, dlle s'y place elle-mê-
irie en croupe avec emprelîè-
ment ^ & lui dit de la tcanP'
paaJ;prompt«aieDC dam le-
lieui^è die peuciècourir ce
Fiince. Le Roi d'Ungarie
tourna auffi-tôt la Cheville ,
qui Êûlibit mouvoir lés Ke{^
£oïXs i par le. moyen delquels
ccDragons elevoit dans r Air,
êc à s'y âeva à une tdlè hau-
teiorv que la Princeflè ne vît
iHâncâtpiu^Séville que corn-*
yiS* Jvantures de Clamadt
me un Point, qu elle perd
VÛ€ un momçnt après.
Dans le cems q^ie Crc
do eidévoit ainfi la Frin<
de Tofcane , rHomme d
genC;^ qui étoic dans le P
de Marcadite , {bnnoit d
Trompeté avec tant de fc
que toute la Cour en fut
prifè, parce qu'on en ignc
Is (ècret. Clamadès eni
dans le Palais , lorfque chs
raifbnnoit fiir cet ^vénem
AprèjS avoir fàlué le Ro:
la Reine : Seigneur , dit -
Marcàdke , vous revoye2
moi un iîls , qui vous eft j
redevable de la permifîîon i
vous lui avez donnée de
tourner en Tofcane , que
foin que vous prenez poiu
ir de Clarmonde, ^
Â^Airer la Couronne de Caftit>
le. Vous me 1 avez obtenue ,
cette pernxiflion , Madame ,
ajouta-t'it ^ eh s'adreflànt à fà
mère , & vous m'avez mis par-
ia en état de vous devoir dJenx
Ibis la vie. Vous êtes fans doute
content de votre voyage , lui
ibt la Reine ^ Clarmonde vous
«Tt'eHe p^u aufîl belle que
ijaand Carnùante vous furprit
Wf&c elle f Mille ibis plus coar^
filante'. Madame» lui répondit
Clamadès , & l'Amour même
vé fçauroit rien former de fi
jpàrf ait. Je penfbis plus avàn-
tageufèment de vous , mon
fik , lui répartit Doétive 5 je
ae me ferois point figuré que
tous auriez vu fans douleur
Vous enlever votre Princeflfe ,
G ii\
y^ Avanturej tte ClatmrJèf
& jecroyois que vous aimiez
plus tendrement. Le Prince
Xéopatris me rend plus de jdr
tice que vous , Madame y lui
répliqua Clamadès 5 û vous le
confùltiez^pourroitvous dire
qu'on doit penfèr plus favora^
l>l£mentdemoT>mais,{ans vous
donner la peine d'aller le con«
lulter au-delà de laMer^-iàp^
portez-vous-en à Clarmondef
elle n attend que vos ordres
pour vous fairerevemr devo*
cre préjugé. Quoi i mon Fils y
s'écria h Keine , vous auriez
enlevé cette Pnnceâiè ? Serois-
je digne d'être votre Fili , Ma»-
dame^ lui dit Clamadès , fi j'ar-
mois afièz foibîement pour
£>uffi:iraux dépens de ma vie
]m Rival devenir heureux , Sç
<st de CiarrnonJe, yp
<té mie défàvoueriez-vous pas
pOHT être forme de votre (àng,
fi je nefçavois pas m attacha^
comme vous aumfétite ? Clar-
monde ne s'y coiïtïoît peiït-
être pas It bien que moi , puiP
•qu eue me préiére att Fils du
Koi Barcaba» Quoi qu'ail en
Ibic y stjoûtart'il en s'adreââttt;
au Roi , pour n avoar rien à
iËiraîiidre de la pâarc du £)uc
CsQrtïuasiteyqui à traité de iba
Ifiariagefàns fa pàsticipatiotiv
éiie vient fe mettre Ibus vôtre
r<«:eéiioni i cctotare fon ref-
otiinent. Je vôlis entens y
taon Fils , lui dk Marcadite )r
nous raflùrero'ns la Princeflè
contre fà crainte , & nous fe-
rons fa paix avfec Cam\iante.
Mîûs oàavez-vous laiiTé cette
G iii{
8o Ax)antwres de Clamades I
Princefle ? & pourquoi nous '
privez-vous du pktfir de lui
dire que fi fa dçfobéïflàpce
aux volontés de fbn père lui
fait perdre le Duché de Tof*
cane , la Couronne de Caftille
la confolera de cette dif^race.
Enfeignez-nous , pourwit-il ,
oii nous pouvons aller la re-
cevoir , & l'aflùrer que nous
Teflimons autant que vous Tai-
mez. Clamades cooduifit le
Roi & là Reine dans le Boi^
quet où Clarmonde devoit
Tattendre , Se toute la Coui
le fîiivit 5 moins pour plaire à
Mârcadite , qui vouloit rendre
magnifique l'Entrée de la Prin-
cefle dans Séville , que pour
voir fi (à beauté répondoit à
l'idée qu'on s'en étoit faite
iff' it ClarmanÀe, 8 1
flir le rapport de Clamàdès.
Quand la Cour fut entrée
dans le Bofquet , le Prince de
Caftille n'y trouvant point hi
Princeflè de Tofcane , ni fe
Dragon de Liège , il demeura
dans lin étonnement , qui le
rendit comme immobile. Le
Roi & la Reine n'en furent
pas moins étonnez que lui > lej
uiis & les autres ne fçavoient à
^oi attribuer cet événement;
Le Prince revint un peu à lur>
<ks larmes coulèrent de lès
yeux 5 il chercha dans tous les
coins de ce Boiquetj il en vi-
fita pifqu aux moindres ré-
duits. Ne la rencontrant point
enfin 7 & revenant vers le Roi
ion père , il apperçut un gant
que cette Princeilè avoit oif<
^i Avûntures de Ctamacùf
blié. A la vue de ce gaat , il
tomba en foiblei& 5 on ac-
courut à fb'n fècours jr mais le
fnai redoublant , on fut coi>
Craint de le pc^^r dans xm lit^
où ilétoit encore maradejlorf*
que les Ambaflàdeuirs' du DuC
Canïuante arrivèrent à Séville
pour fçavcâr du Koi Marcadite
,s*iï étoit vrai qtie le VitocfS
Clameadè^ eût amené à là?
Cour la Princeiïè Clarmdnde.
LeRm de Caftille leur rendit
les mêmes honneurs qui! aU'
roit rendus au Duc leur Mal^-
tre r leur apprit ce qjii étoit
. arrivé au Hijét de cette ï*rin^
tQ^St y & leur fit voir Clama-
is dans ttn état déplorable ,.
.& dont on n'attendoit que là;
mosc depuis le moment qu il^
iy de Clarmonde. 03
lavait perdue. Marcadite of'
donna de les régaler ^lendl-
dénient , À: leur £t des Fré-
ons ù riches ^ qu ils auroient
ibuhaicé par reconnoifïkice
-que Obrmonde eût été à por-
f éedefècourir eUe-memerCfa-<
madès , afin d'en porter rheu«
reule ncraveHe à leur Souve-
jrâiix5 niais ne pouvant^pren-^
drecequeMe étoit devenue, ife
prirent Ism audience d& coït*-
^é^retoumérent enTolcîûa^
crîi iU rendireiu à Carnuante
va compte èxs£t de leur com-'
imiïion. Laidbns ce^ Prince k:
déferrer de h. perte de fa»
Filiie, & revenons au Roi Cro^
pardây qui Fenfevoit , pour
fwÀt Clamadês de' s'être op--
|io£^ àfon. mariage avec la:
$4 AxfatUures de Clamadh
Princeflè Maxime , que le Rd
Marcadice lui accordbit ian
fbn oppoficion.
Aum-tôt que laPrincéddê é
Tofcane coanut que fon Gui
•de abu{c>ic de k facilité qu'elle
avoit eûë à croire ce qo il lu
avoit dit de l'accident fùrve'
nu au Prinée de Caftille, elli
poudà des cris , qui auroiém
amolli les cœurs ks phas m
ièniibles; Ma&eureldè que J(
£ns ! di(bit-elle , où me con>
duit ce Perfide ? Clamadè»)
©n m*enléve à vos efpérancea
Vous faifiez toutes les miép
lies. Je mettois en vous toute
ma félicité , toute ma confo
lation, O t mon cher Clama>-
éès , à quelle affliction ne
vous abafidonaez-vous pas ea
ifSt de CUr monde, S<
î« me trouvant plu^ dans le
Lieu où you^ m'avez l^iiTée ?
Qye voRS été;? à plaindra fi
vous fbufïre? les maux quç
ipç câufç notrç réparation j
Qii^od elle q ei^t plus la forcç
^. p^ler , eUe ^ mit à fo^i^
pjrer , lies yeux noyçz de J^rr
n?es , .<&; eÛe en ^voit verfë en
fi grande. abondance , que k
Viûë en.étoit obfcurcie , & nç
diftÎQguoit pas où la condui-
£©it ion Eiiyàïeyr. lL,p Roi Çrp-
p^dp la voyant: gémir cpnti-
Aùellçment , eyt enfin çorti-
p.aflion d^ {on état , grrêpa fon
Çr^Qodç Liège , & le fit.dé^
cendre fur ynf éminçpce qu'U
découvrait. Dès q^e Clarr
n^onde eut mis pied à terre,
p^ç rççpm^enç^ les plgintesi
$6 Avanturts de Cïama^s
Se elles exprimèrent enco»
quelque <h/ok de plus dou-
loureux cpie les précédentes.
CI noble Oamadès, difoit"
elle ,1a fkur de la Ch&valerie >
mon fidèle Ami ^ je ne vous
revercai donc plus ! Se cet
amour, q^ji ne dëvoit finir
qu'avec notre viey n aura donc
eu de durée qu'autant de tems
qu'il en a feiUu à un Traître
pour nous féparer l'un de l'atf-
tre ! Je {iiis donc condamnée
à mourir fans vous voir 1 Rut
à Dieu que vous fçuflîez où
je (îiis 5 vous viendriez encore
délivrer une Amante, qui vous
a caufé tant de péihé Sc tsax.
de travaux ? Je ne puis plus'
Soutenir mes malheurs j je fèn$ ■
qjuç mon ame m abandonne,.
<st de Clarmonde, .S7
%n adhevant ces paroles , le
]Roi Cropardoprk Qarjîionfle
iencrp fes bras pour la confbler ,
iSc lui frotale vifàge d'uneEau
^dé fk compoiîtion pour la forti*
r 6er. Je vous ferai Eeinp d'Un-
garie, lui diftMt-il,& vous ferez
- hoimoté^ CQiiîine une grande
jScwyeraine* N<e vous smi^ez
<ionc pas da vancage, ^ croyez
que la Couronne que je met-
fxsà fur votre tçte , vaut celle
que Cla^nadès ne pourroi}:
peut- être pas vous donner à
1 avenir. Ah ! Traître, lui dit*-
elle f je conçois maintenant
qjie vous êtes le Roi Cropar^
jdo<, ce Perfide , ce Déloy^,
qm a trompé le Roi Marca*
.dite , & à qui le Prince Cla^
mfdh a Êùi rçAdrp la liberté.
SS Avantures Je Clamades
J« ne yeux point ,de votre
Couronne 3 je n'en fais pas
plus d eftime que jde vous ,•
rjemenez-moi en Caftille , ou
je vais nie punir à vos yeux de
mètre laiiîée fùrprendre à vo»
tye gçtifice.
; Le Roi Cropardo ne s'em-
ttarrafïoiç pas beaucoup du le*
proche & de la menace de
ÇlarmôEide j il étoit infènfible
à Tu^ 9 ^ i(e promettoit dé
prévenir l'autre. Le Tiône, lui
4ifoit-il,y,ou5 inspirera des Iêq*
timens plus modérez , &: vous
y monterez aufli-tôt que je {&»■
rai votre Epoux. Mais, Mada*
ipe , çontinuoit-il , puis-je ap*
prendre de vous le Pais , qui a
vu naître une Beautré fi parfai-^
tej'Ppur détourner leRoi d'Unr
gariç
<Sf dèClarmande. 8p
garie du mariage qu'il projet-*
toit. Née de Pàrens pauvres ,
lui répondit la Princeflè de
Toicane , je ne fuis pas* faite
pour être l'Ëpoufe cf un Roi.
Deux beaux yeux , liii répar-
tit Gropàrdo , peuvent bien
tenir lieu de Naiilance Se de
AicheÛès , & comme les vô-
tres méritent la préférence flir
ees- deux avantages 3 ainfi ,
pourfùivit-il , de qui que vous
ayezf eiçô le jour, la chofe n efl
d'aucune coniidération pour
moi . > . vous poilèdéz mon
cœur y cela me {ùffit , & je
vous ferai régner. En lui te-
nant ce dif cours , Gropàrdo
jettoit fur elle des regards^
pleine de feu j Se Clarmonde
'Ci'aignaint qu iln en vint à quel-
^ o j^vantureidè Clctmarùs
que violence dans un lieu où
elle ne pourroitêtte fecouruë,.
feignit de l'écouter avec plus
de modération , &:;ppuilà là
feinte jnfqu à lui promettre de
le prendre pour Epoux dans?
la première' ViUe , où ils pour-
roient célébrer leur mariage ^
eiperant quelle trouveroit
alors le moyen dé dégager fà
promeflk & de iè débaraâèr
de lui»
Satisfait des dilpoiïtibns fa^
vorables où iï croyoit voir las
Beauté dont ilétoit épriS:^Crd-
pardo la pria de lui apprendre-
fon nom j> elle lUi dit qu^elle
fenommoitEfcoréte. Hé bien>
bellfe Efcoréte , lui dit -il, je
"VOUS aime fî parfaitement que^
ie vous ferai Rdne . d^Urigariè^
& de Clarmonde, pr
avant que Soleil reparoiilè
pour la troifiéme fois fiir no-
tre Horifbn. Remontons fur
notre Dragon,ajoûta-t%&fâi-
Ibns enfbrte de découvrir quel-
que lieu 011 nous trouvions
ïes chofes dont nous avons
^efbin pour rétablir nos for-
ées ,' affoibliés dans cette
Vaftè étendue de l'Air que
ttous avons traVerfée , & dans
fèquel je puifîè' vous donner
Ifes dernières preuves de mon
amour. Clarmonde confèntit
à ce que lui propofoit Cro-
pardo' j elle (è remit en ctou-
j^e derrière lui , & ils firent
une fi grande diligence , qu'ils
stf rivèrent avant la nuit auprès
de Salerne , qui étoit dans ce
^oiBQfi^là^ Capitale d'un Royau-r
aï»
^2 AoarUuHs de Clamai
me de ce nom, dont M(
étoit le Souverain. Ce '.
-étok bien fait , ?\Skz jet
.fort aimable , & avoit
une Loi ^ par laquelle
fendoit , fous- peine de '.
à tout Etranger de vc
iùr {es Terres fans ven
Cour y parce qu it ainioi
prendre des Nouvelles
;qui fe paflbit aiUeurs qu
les. Etats 9^ & loriquon
apprenoit d agréables , il
bloit de Préfens ceux c
t
donnoient cette fàtisfaé
. .^-,Q^andîle Roi Cro
«uc:fe6Dnnu cette Vili
vint décendre proche i
iMwaiUes , dans iu> Pre
r^^^.„^ m^^ de fjeur
jviisoiçfau rep€i»> ^ &'j
i
« 1
^.
iff^ 4e Clar monde. p"3
avec Clarmonde (ùr le bord
d'un Ruiiîèau , dont la fraî-
cheur les dédomagea delà cha^
leur qu ils avoient efluyée. Je
»*ai point encore vu , dit-il à la
Princeflè de Tofcane,de Can>
pagne plus belle ni de Climat
plus doux 5 fUngarie (èule eft
préférable à un Pays fi char-
mant. Vous ferez bientôt Rei-
ae de ce riche Royaume , di-
vine Efcoréte , pourfùivit-il ,
& je vous y conduirai aufli-tôc
que vous m'aurez engagé vo-
eee foi. Ce n'étoit pourtant pas
la penfée de Cropardo , car il
ae pouvoit rentrer dans FUn-
garie qu'après s'en; être abfèn-
dépendant fept années , à caulè
i^ttrilavoît trahi le RoiMarca^
£t&s ^ Uneparlbicde kibnç
49 Âvantutes de Clamades
à Clarm onde" que pour la dit'
pofer à le rendre heureux dans
Salerne" même. Mais comme ,
-ïa trahifon demeure rarement 1
impunie", dans le tems qu'il e»
Hiéditoit une nouvelle , pour
fâtisfaire une Paffion , odieufè
à celle qui la faifoit naître , it
fe fentic frapé du= même mal^
qti'il avoit fùppofé en Clama»
Jès, pour obliger Clarmonde 1
à le fuivre , <Sc s'enddmiit, la
tête appuyée fur lé giron' de
cette Priincéflè, qui n'ôlà s'op
pofer à une liberté quil pre-
âoit déjà' comme Epoux-
Pendant qu'il repofbit dans
cette pollure indécente , lès
faucohiers du Roi Meniade"
arrivèrent dans ce Pré pour
|^reod£& UQ- Héron qa& leùrs^
Cr Je Clarmmife^ ^f
Fàucd&s avbient abattu. Us
n'eurent pas plutôt apperçâ
Clarmoïidê' , que £à beauté'
fieur fît oubfier le ibih de leur
Chaflè' potM" l'admiter. Les
eomplimens qu'ils lui firent
éveillèrent Cropardo j il fe
mêla dans la convef fàtion , &
comme il^ avoit dé l'elprit ,»
ces; Officiers ne trouvèrent
point étrange qu'une fi char-
mante rërfbnne eut des^égards
pouiriin Homme auffi mal faitr^
Durant qu'ils s'entretenoienc
éh' chofeS' amuiàntes avec lé"
Roi d'Ungarié & la Princeflb*
«le Tbfcane, l*un d'eux fë dé-^
cacha de là Compagnie , Sc
eourut au Palais du Roi de*
Sàlerne. Seigneur, lui dit-il, t
|ious avons trouvé hors de la:
^6 Aoanturef de Clamadh
Ville une Etrangère d'une
^ grande beamé , que vous ne
avez jamais vu de fèmblabk
Se elle eft accompagnée d'u
Homme , qui n a point (on pî
reil enlaideur^Curieux de voi
cette merveille i le Roi M^
Iliade vint avec quelques Sei
gneurs dans le Pré où étoic li
Princeflê Clarmonde^Ebloiii
pour aihfi dire , des rayons qu
partoient de fès yeux, ce Prin-
ce fabordà civilement y Se h
fàlua d'un air ft gaîaat, que ^
Courtilàns s'apperçûrent aufli-
t^ôt que lui , que les charmes
de l'Etrangéfe faifoient im«
preffibn fur fbn cœur. Quelle
keureufe Ëtoik , Madame ,
kii dit-il, nous amène iciuù
0>jèc il aimable ^ Y v^nes-
NOUS
€T Je C^armonJe. ÇJ-
ous pour obéir à la Loi , qui
leflFend aux Etrangers de paC-
br dans mes Etats fans paroî-
re à ma Cour ? ou vous y
sndez - vous pour détromper
; Beau-Séxe de Salerne , qui
.ii[pute le prix de la Beauté
u reûe des Nations du Mon-
le ? La Loi , dont vous me
arlez , Seigneur , lui répondit
^larmonde , n'eft pas néceC-
lire pour obliger les Voya-
eurs à vous rendre leurs hom-
lages j vos politeflês fuflGIènt •
our les y engager , & je n'ai
as aâèz bonne opinion de
ici pour prétendre de l'avan-
ige fur des Dames , qui mé-
Itent fans doute le prix qu'el-
îs di{putent aux Etrangères,
e iè croyçis comme elles
I
5>8 Avanturet de Clamai
avant que de vous avoir
Madame,luirepliquaMén
pliais j'en juge à prélènt (
autre manière , & quand
verront briller tant de <
mes , elles roufcriront à
Jugement. Mais, continua
puis-je , fans incivilité ,
démander quel eft le Cav
qui vous accompagne. (
fon Mari lui , répondit t
quemenc Cropardo , à qu
douceurs de Méniade
toient point agréables , &
eft ma Femme j ainfi ,
gneur , faites-moi la giac
me la lailîèr pour ce qu
eft , & ne l'expofez pa;
ridicule de fe mettre en j
lelle avec les Beautés de
pp Cour. Une léppoiè ù
• <T de ClarmonJe, pp
olie fit comprendre à Mé-
iade que la Jaloufie l'avoic
i(5lée , & les pleurs , qui
ommençoient à couler des
eux de Clarmonde , le porta
lui demander fi un Homme
mal fait étoit véiritablemenc
in Epoux. Non: , Seigneur »
lî répondit - elle , & verfanc
lors des larmes avec plus d*a-
offidançe » ell^ n'eut pas la
>f ce de lui en dire davanta-
e. Sçachons , dit le Roi de
àlerne à ceux de fa fuite, quel
i le Téméraire qui ofe m'en
opoféf , ôc qu'on s'affiire de
p perfonnc Cropardo vou-
tnt Te Guver de les mains , fè
ingeoic du côté de (on Dra-«
on de Liège i mais ne pou-
doicpef cer une fouk de Gens;^
lOo Avantures âe Clamaâh
qui le f erroient de près , il lut
obligé de lui vre , avec fon
Dragon fur fes épaules , ceux
qui étoienc chargez de le gar-
der; Ciarmonde , fàtisfaite de
s*en voir débarrallèe , reprit Ma
air plus ferein, & lùivicléRoi
iMéniade \ qui lui donna Ja
main jufqu à fon Palais , on elle
fut reçèc lionnorablement par
la Reipe Madonthe , mérè de
èe Monarque , & par la Prin-
ceflè ' Dragéte là fbeur. Les
Dames de la Cour vinrent la
vifiter y toutes la complimen*
toient fur fbn extrême beau-
té , & ce quil y avoit de rcr
marquable , c*eft que l'amour
propre n*en porta aucune à fe
croire plus aimable quelle.
?£ndant quelleécoit occupée
. ' ist iî CÀar mande, i o l
à répondre à leurs civilités ,
Cropardo étoit dans une Salle
en butte aux traits de la rail-
lerie; la plus piquante 5 fes
Gardes faifbient tour à tout
l'inventaire de fes défauts j
jusqu'aux Pages fe mêloient
■de loiier la magnificence de fa
boue. Le Roi Méniade vint
.enfuite lui faire des queA
!Cions auiquelles il ne daigna
jpas répondre , tant il étoic
outré à.^% turlupinades qu'il
effuyoit de tous côtés. Ce
prince voyant qu'il s'obftinoit
à ne point le fatisfaire fur ce
qu'il lui demandoit , jura qu'il
^oit le faire jetter dans un
Cachot , d'où il ne fortiroit
pas quand il lui plairoit , &
Cropardo prit fi fort à cœur
I iij
102 Jvantures Je OamaJès I
ce violent procédé ? qu il entra
dans une frénélie fi tenible,
que retombant dans le mal
qui Tavoit furpris quelques
heures auparavant , oit fut obli-
gé ' de le porter dans un lit ,
cil il mourut ^ fans vouloir dé-»
clarer qu'il étoit Roi comme
Méniade , & fans reprocher à
ce. Prince qu'il auroit dû s'in-
former d'Efcoréte des égards
qu'il devoit avoir pour fa Di-
gnité.
Le R oi d'Ungariê étant inott,
le Roi de Salerne vint en ap-
prendre la nouvelle à la Piin*
ceflè de Tofcane , fans côn^
noître l'un & l'autre fous ces
Titres , qu'il auroit reCpeâtet.
en leurs Perfbnnes , s'ils ne les
lui avoient pas diflimulez pouir
' I
iff' de Clarmonde. 103
leurs intérêts particuliers. Ma-
dame , lui dit-il, le Ciel vient
de délivrer la Nature d'un Su-
jet qui ne lui faifbit pas Hon-
neur , & je penle qu'elle ne
l'avoit formé que comnr^ uti
Contraile , dont elle fe iervoit
pour faire mieux admirer en
vous la perfedlion defon Ou-
vrage^ Il ne ie parera plus du
i nom de votre Epoux , conti-
: Dua-c'il , & c'eft un obftacle
. de moins au deflein que j'ai
de vwis couronner. A cette
dédaration du Roi Méniade ,
la PrinceUê Clarmonde , qui
ne pouvoit aimer que le Prince
Clamadès , fe trouva dans un ,
extrême embarras, ^ voulant
détourner ce nouvel Amant
de fbn deflêin , elle s'avifà de
Ï04 Avantures deClamadès \
joiier le perfonnage de Veuve
affligée. Ah! Seigneur ^lui dit-
elle , que venez- vous m ap
prendre ? Il eft mort , cet
. Epoux , que f aimois fi tendre-
ment ! Je neluifurvivrai point)
qu^on m^enfevelifle dans le ^
même cercueil. ! Comment^
Madame , lui répondit Mé^
jûiade , vous me difiez . . . . ;
Seigneur , interrompit Clar-^
monde , je vous difois ce que:
le reflentirhent me faifôit dire
alors 5 mais il eft vrai qu'il
m^avoît époulée depuis quel-
ques mois , & f avois d'autant
plus raifon de Tàimer , quil
employoit ce qu il gagnoit
avec fon Dragon de Liège à
me faire fubfifter commodé-
ment, & à me fournir les hi-
iT âe Cîarmonde. lof
joux dont je vovilois nfiie parer<
Hetas ! pourfuivic - elle , f» je
vous ai déguifé la vérité , c'eft
parce qu'il venoit de me mal-»
traiter, & je prie le Ciel de me
pardonner un menibnge , qui
a coûté la vie à celui qui n'a
pu , fans mourir , m*entendre
te defàvoiier pour monEpoux,
Cette douleur apparente de
Çlarmonde dlfpofa Méniade
à croire qu'elle lui parloit un*
cérement. La Reine (à mère
Se la Princeflè là fceur lui don-
noient la conlolation dont elle
ièmbloit avoir befbin.
. Quelques jours s*étant écou-
lez , le Roi de Salerne vint la
voir dans l'Appartement oii
elle feignoit de donner un libre
cours à {èspleurs.Dès queClac-^
to6 An)antures ieClamadh
inonde le vie paroître , ellei
doubla fes gétrtiflemens. Vc
abandonnerez - vous encc
long-tems à la douleur , U
dame , lui demanda Méniad
& n'aurez - vous point pi
d'un Prince que votre affl
tion jette' dans un abatteme
qui peut lui coûter la vi(
Vous avez perdu un Epou
^Ourfuivit il,ne puis-jerépai
cette perte ? Je n'attens q
votre confentement pour vc
placer lut le Trône de Sal
ne 5 me haïriez - vous jufq
refufèr ma main pour y me
ter ? Eft-ce vous haïr que d'
mer votre gloire , Seignei
lui répondit Clarmonde ? 111
de Parens inconnus , que i
naiilàoce feroit rougir , s'ils i
<C?* ie CîarmoHcte, ICJ
:1iérii1bient ^ afièz pour en
voiier le miftére > ne la ter-
lirois - je pas moi ^ même ,
jette gloire , fi j'en acceptois
e fàcrifice que vous me pro-
y>kz , & ne penlèriez-vous
5as un joiir que fi je vous avois
)lus eftimé que votre Cou-
enne , je vous aurois remon-
ré que mon alliance vous env-
►êcheroit de la porter avec
(ignité ? Quelle que fpit vo-
re origine , Madame , loi ré-
)arttt Méniade > nion amour
e<5lifie ce qu elle a de dëfec"
xieux. La Reine votre mère,
iui répliqua Clarmonde , la
Princelîè votre fôéur , les
Grands , le Peuple , tous deC-
approuveroient ce que cet
amour vous fèroit faire contre
ïo8 AvanturesdeClamadef
rintcrêt de votre Etat ,5 je cfe*
viendrois Tobjet de la haine
publique , & peut - être - . . .
Dites , Madame , interrompit
Méniade,dites T objet de la tenî-
drefle de tous mes Sujets. De-
puis cinq ans , continua-t'il , ils
me demandent un Succefleiffi
«100 cœur n a pu jufqu à prér
fent fe réfoudre à les {ati$faire>
& fi vous ne Vy déternaineZ)]
vous les privez de refpéfancè
4inique fur laquelle ils fondent
leur bonheur. Se voyant pref»
fée de la forte , Clarmonde >
pour avoir le loîfir d'informeç
Clamadès de (à fituation , pro^
mit à Méniade d'accepter lé
Rang qu'il lui oflFroit , après
que Tannée de ion veuvage
ieroic expirée ^ fi les crois
Ù" Je Clarmonde. lop
►rdres de fon Royaume y
onlentoient unanimement,
'oppoieroient-iis à ia confer-
ation de mes jours , reprît
léniade , lorfque je les em*
loye à Ipur procurer une fé-
cité parfaite ? Non , Mada-
me, pourfuivit-il, jugez mieux
te leur reconnoilïànce 5 ils me
egardent moins comme un
loi V qui les tieiat dans le de«
roirparla fé vérité de (qs Loix^
[ue comme un Père , qui les
K>rte à robéïilance par la
louceur de fpn Gouverne^
nent}&; par leur dévouement
i mes volontés , vous connoî-
rez demain qu ils ont pour
laoi la même atifeélion que
'ai pour eux.
A. Ce Prince ne fe flattolt pj^
Iio Avantures deClamadès \
en vain de l'afFedtion de fëj
peuples 5 il revoit éprouvée
en plufieurs occasions , & ils
lui en donnèrent une nouvelle
marque dès qu il les eut af-
ièmblez pour leur propofet
ibn mariage avec l'Etrangère,
que le hazard avoit amenée à
(à Cour. Elle me diflimule fon
extraâion , leur dit-il > mais
Tair auguile de fa perfbnne y
^ la noHede de les fentimens
m'en apprennent plus qu'elle
^e veut m'en dire , & je ne
doute point que le Ciel ne
me développe im jour qi;'il
étoit trop jurte pour l'avoir
feic naître ailleurs qu auprès du
Trône. Aux acclamations de
jEette Aflèmblée > quand elle
»• .
i!t de CtarmonJe. 1 1 j
Clatrmonde compit aulîî - tôt
que Méniade çn obtenoit 1q
- confentement qu il defîrok, Sç
conçut bien,que prellë par ion
amour , il abrogçroit 1 Ufàgç
4'a^^^^^^^ *^^ Veuves unç
année pour ellliyer leurs lar^
mes. En effçt ^ il fît régler par
cette même Aflemblée le jour
quie le célébreroit Ion maria-^
' ge. Informée qu elle alloit être
contrainte de renoncer à foa
cher Clamadès , & ne vou-
tv iant pas , à quelque prix qua
ce fût j^lui manquer de foi ,
Clarmonde changea de per-*
fonnage , parce que celui de
Veuve affligée ne lui lembloiç
plus convenable pour conte-i»
nir TemprefTement du Roi de
Salçroe ^ 6i réTolut ^ç joiiçjj^
1^1
}
ïli Avantures Je dama
celui de Femme à qui Ti
de la douleur vient de
perdre Teiprit. Elle cor
fi bien Tlnlenfée , que q
Méniade vint lui apprenc
Réfultat des trois Ordn
Ion Royaume, «lie lui ré
dit des chofès û déraifc
blés, qu il crut efFeélivei
qu'elle avoit perdu le bon
Ses yeux égarez en apparu
le confirmoient dans c
penfée j à chaque regard (
rouché qu elle lui lançait,
lui portpît un coup fie
gnard dans le cœur. En
elle dit tant de folies &
tant d'extravagances , qi:
fut obligé dfe la lier , j
fee qu on ne eroyoit plus pi
^ailuref de fa vie i
iS" de Clarmonde. 115
çettQ précaution. Méniade lui
«fie meubler un Appartement
.de plein-pied à une Terralîè
agréable , & la mit fous la gar-
. .4^ de quelques Dames , qui
^ lui promirent d'en avoir beau-
\ coup de foin , la regardant
comme une Perfonne qui fe-
roit leur Souveraine quand fa
fànté {èroit rétablie. Revenons
au Prince de Caftille, de ra-
contons ce qu'il faifoit pour
la Princefle de Tofcane pen-
dant qu elle joiioit un Rolle fî
.extraordinaire pour lui conler-
ver la poflèffion de fbn cœur.
Nous avons dit que Cla-
.înadés n'ayant point trouvé
Clarmonde dans le Bofquet où
il l'a voit laiiTée , il en avoit été
il vivement touché , qu'il étoit
114 Avantures de Clamac
tombé dangéreuieiftent t
de. Pour le tirer dti pér
le Roy Marcadice le vo
il faifoit chercher cette
cefle dans toute l^étendu
fbn Royaume & dahs les
vinces cirtonvoifines. Coi
il s'occupoit à une reche
dont dépendit la conf(
tîon de fori fils > quelque
lui firent obierver que le
d'Ungarie n'avoir point
dans Séville depuis Tenl
ment de la Princeflè de '
cane 3 quelques autres lu
', prirent que rHomme c
gent avoit fonné de fa Ti
pétè au moment que Ch
-dés venoit de la quittei
touis enfèmble lui dirent
Cro|iardo alloit (buvent c
iff; de Clarmonde. r i ^
ler des Simples dans le Bol^
iiet où Clarmonde avoiç été
ilevée. Clamadés fut infor-
lé de ces différentes réflé-
ions > il y ajouta les tiennes,
; en conclut enfin que ce ne
Duvoit être que le Roi d'Un-
irie qui eût fait cet enléve-
ent , parce qu'il n'y avoit
le lui qui içût faire uiàge
X Dragon de Liège. Il com-
lençoit alors à fè mieux por-
X , & quand fès forces furent
îez rétablies pour pouvoir
lonter à Cheval , il fut trou-
îr le Roi f on père : Seigneur,
li dit-il, c'eft Cropardo qui
i*a enlevé ce qu'après vous
C la Reine j'ai de plus cher
11 monde j permettez - moi
'aller lui reprendte cet Objet
Kij
r
lt6 ÀvantureiieOa).
de mon amour en c
endroit qu'il me lé ca
le découvrirai , quand
vrois le chercher ju
extrémités de la Terr
çadite ne pouvant s'(
à un deHein fi raifoi
choifît parmi lès Gare
Hommes<pàur l'accom
& lui donna ce qui é:
ceflàire pour paroître 1
btêment dans les Cou
jugeroit à propos de
connoStre. Ayant pris
du Roi , de la Reine
PrinceUês fe fœurs, qi
rôiént en le voyant
porâ partir, il leur p
pour les conlbler > qa'i
de retour àam un an , à
«m'il ne mourût ou ne
(T de Chr monde, li'j
naïade durant {on voyage ,
%; montant endiite à Cheyai>
L traveria la Caflille , entra
ians la France, paflà en An-
gleterre, pénétra dans TEcoffe;,
St après avoir cherche inuti-
lement le Roi dXJngarie, il
reprit fà route par la France,
Oïl il fut fort bien reçu , par-
ce qu'il s'y étoit diftingué dans
ià jeuneiîe. Il fe fit faire à Paris
éiQS Armes noires pour mar-
quer la triftefle de fon cœur,
& il portoit fur fon Ecu un
Gant , comme le feul gage
qu il eût de fa chère Clarmon-
de. Après s'être un peu délaf-
fé de les fatigues, il' prit le
chemin de l'Allemagne , par^
courut la Bavière, f Autriche,
la Pologne , & paâà dans U
1 1 8 Avantures de Cîamadés
Grèce , où il combattit pour
les Grecs contre un Prince,
qui vouioit les afîujettir. Les
ayant maintenus dans leur li-
berté, & refiifé les Préfens
qu'ils lui offrirent en recon-
noiilànce d'un fervice C im-
portant , il le rendit à Venilè ,
iàns avoir encore appris aucu-
ne nouvelle du Roi Cropardo.
Il voulut iéjourner dans cette
Ville. Une nuit y penfànt à
la Princefle de Tofcane , &
conlidérant que le nombre.des
Cavaliers, qu'il menoit avec
lui , l'empêchoit de faire la
diligence qu'il fouhaitoit pour
la retrouver , il refolut de fè
dérober de fa fuite , & d'aller
£èul parcourir le Monde juf»
jgu'à ce qu'il eût découvert la
iff de Clarmonde, r I ô
letràite de fon Kaviileur.
Cette refolutiôn prife, Cla-
ciadés ie leva devant le point
lu jour 5 appella un de Tes
Lcuyers j fe fit af tner > monta
urle meilleur de fès Chevaux,
fc dit au Valet de chambre ,
[ui l'habilla, qu'il feroit de
etour avant que fes Gens fut-
ènt éveillez. Il fortit donc de
/enife , & marcha par des
entiers , qui le conduifirent
iir une Montagne efcarpée ,
>ïi il fe réfugia dans un endroit
îrefque inacceffible , afin dé
l'être point rencontré , en cas
juon vînt le chercher de ce
:ôté-là. Ce Domeftique, ne
i^oyant point revenir £bn Prin-
ce au tems qu'il avoit rhar-
3ué, en prit de l'inquiétude
1.2 o Avantures 4e Ciamadés
auiïi bien que ceux que le R^l lo:
Marcadite lui avoic donnez |i
pour raccompagner. Us Tat*
tendirent jufques vers le midi \l
N'entendant point parler de
lui , ils fe partagèrent en plu-
iieurs Troupes f 6c furent le
chercher dans les diiFérens en-
droits où il pou voit être allé.
Quelques jours s'étant écoulez :
iàns qu'ils puflènc découvrir
ce qu'il étoit devenu , ils pri-
rent le parti de s'en retourner
çn Caftille. Ils y arrivèrent i^it
triAes de la mauvaifè nouvelle
qu'ils apportoient au Roi Mar-
cadite. Ce Prince ne Teut pas
plutôt apprilè qu'il fe figura
que Ion fils avoit été aSstffmé,
& il fè l'imprima fi vivement
dans l'imagioatioft, q'^'il en
mourut
<$* Je Clar monde. lal
mourut de cliagrin.Les Grands
de Claitilie dépêchèrent auIII-
tôt dans toutes les Cours de
l'Europe des Couriers pour
avertir le Prince Clamadès de
/venir prendre poflèffion des
Etats de ion père ^ mais ces
- Couriers n'en ayant rapporté
aucunes Nouvelles , la Reine
Doâive fà mère , prit la Ré-
gence du Royaume juf(]^u'à
fon retour.
Clamadès marclia fi dili-
gemmenc par la Montagne ,
•; dont nous venons de parler >
I qu'en peu d'heures il ne crai-
^ gnit plus que lès Gens puilènt
Ile joindre. Sur le foir , vers le
• coucher du Soleil , il apperçut
l. un très-beau Château, nommé
'^ l&.MoHt-étmt,. Quand il en fut
122 y^vantures Je Clamadès
aillez près pour en confidérer
la beauté ; il ientic de la joie
pour la première fois depuis
î'enlévemenc de Clarmonde.
Un fecret preflèntiment £èm-
bloit lui annoncer que Ces pei-
nes commenceroient à pren-
dre fin dans ce Château. Après
qu il en eut admiré l'Archi-
te6lure , il fe préiènta devant
le Pont-levis. On le baiflà fur
le champ 9 on lui ouvrit la poF*
ce ? on le reçut avec beaucoup
de courtôifie , & on le con-
duifit. dans une Chambre fur
perbement meubléje , on plu»
fleurs Cavaliers l'aidèrent à fç
defarmer. Pendant qu'on le
delàrmoit , ces Cavaliers Ivi
demandèrent jbn nom , Sç jpe
qu'il yenpiç chercher d^os
i(S' de Clarmonje. T23
L.ieu fi écarté. Je fuis un pau-
vre Chevalier, leur répondit
Clanîadès , qui cherche depuis
long-tems une Avanture pour,
convertir fà triftefle en plaifir.
Parlant ainfl en termes ambi-
gus , perfonne n entendoit ce
quil vouloit dire. Vous ne
pouviez mieux faire pour vous
I, contenter que de venir ici,
l. lui dit un de ceux qui l'aidoient
à fè defàrmer > vous y en trou-
verez une convenable à votre
r . deflèin , car aucun Chevalier
n'entre dans ce Château qu'il
n'y laiflè fes Armes Se fon
Cheval? à moins qu'il ne com-
batte contre deux Chevaliers
enfèmble , dont l'un fè nomme
Durbans , notre Seigneur , &
Idutre.SertaiîS , ion fécond, Sq
• ■(• • •
ÎÎÂ Avantures Je ClamaSs
c eftenéxécution des ordres de
Di^ibans que nous vous avons
ouvert ia porte avec tant d'em-
preflèmeht. Ces Cavaliers lui
racontèrent que ces deux Sd-
gneurs avoiént vaincu beau-
coup de Chevaiiers , Se qui(s
en avoient tué un grand noin*
bre> qui avôient ofé leur dit
puter rhonneur de la Vi<floire.
Je ne vois pas , leur dit Cla»
inadès,en quoi deux Hommes
qui combattent contre un fèul)
font confifter l'honneur du
triomphe. C'eft un ulàge éta-
fti daias ce Château , lui repoih
dirent- ils, & cf autres que Vous
BOUS ont fait la même quei^
tion. Au furplus , ajoutéren^
3s , vous aurez trois jours pour
ypus préparer au combat 9 fç
. i^ de Cîarmonde,. 17.<
dorant ce tems-là , Vous ït-
rez proviflon de forcés pour
leur difpucér le terrain iur Is
^ Ch»np de bataille^
Puifquef c'eft la coutume
de combattre pour fbrtir de
ce Château , kûr dit Clama-'
dès, jene profiterai poiiK du
retardement que Tous me
propofez , & voufs avertirez
vos Maîtres ^ qu'ayant aflfàire
ailleurs qu id , je ferois bien
. aife de prendre congé d'eux
' dès le point du jour. Pendant
qu oaailoit porter cette Nou-f
veillé à Durbans,.qui étûit avec
Sertans à une lieuë dé-là i ces
mêmes Cavaliers conduiflrent
OsHnadès dans une Salle , où
il fiit reçu par des Daiftes ,
qui l'invitèrent à foupet avec
T •••
12(5 Avantures Je.Ciamades
elles. Acceptez ce que nous
vous offrons, lui cfît gracieu-
ièment la plus belle > vous au-
rez befoin de vigueur contre
vos Adverfàires , & vous. les
entendrez vous appeller avant
que l'ardeur du Soleil puiilè
les incommoder. Je leur épar-
gnerois cette peine. Madame,
lui répondit Clamadès , fi la
nuit n'étoit pas fi ôblcure , &
je préviendrois le dommage
que les rayons de cet Aftre
pourroient leur caulèr. On fe
mit à table 3. on ;S y dotcetînt
de chofes amuiàntes ^ '& 43i3b*
madès fe fit admirer pari là
douceur de fbn efprit & la fa-
geflè de'fes réparties. Curieui
de ïçafvoir ^qui a voit donné
lieu à la coutume de combat-
<T de Cl'armonde> 1 27
tre pour fortir du Château de
Mont-étroit , Clamadès , vers
la fin du Repas , pria ces Da-^
mes de vouloir bien fatisfaire
fà curiofité fîir ce fîijet. Il y a
long-tems , lui dit rEpoufe de
Durbans , qu'un Hommfe vint
demander le couvert dans ce
Château 3 il fè fit annoncer
comme Chevalier 5 on le reçut
honorablement , & on le ré-
gala de ce qui fe trouva de
plus exquis dans la Saifon. Sur
le minuit , chacun étant endor-
mi , cet Homme en afîàfljna le
Seigneur , fà Femme , trois
Enrans , & plufieurs autres
Perfbnnes 5 après quoi il fè
jetira , fans qu'on pût décou-
vrir ce qu'il étoit devenu. Pour
£è venger de cet afiàflînat , on
^r • • • •
Tt 28 Avantures de Clamadts I
détermina d'en faire tomba 1
la vengeance fur les Cheva-
liers qui entreroient à favenif
dans le Château , & à cet eâPet^
' il n y en entre depuis cent ans
aucun qui ne foît obligé de
combattre contre les deui
Chevaliers qui Thabitent , à
moins qu'il n ait la prudence
de leur abandonner fon Che^
val & fes Armes. Vous êtes
jeune, pourfùivit cette Damei
vous avez un mérite au-deflii$
<l'aucun Chevalier que faye
vu dans ce Château , & je me
ièns pour vous une eftime que
je n ai point encore conçue
pour vos femblables. Si vous
vouliez fuivre mon confeil ^
vous prendriez foin de votre ^
vie 5 un je ne fçai quoi me
<r âe CUrmàniie. Ï2$
torte à m*y interefe, Sc vous
tes vaincu , fi vous votos ex-
lolèz au combat. Croyez*
noi , ajoûtar-t'elle , n en tent6±
joint la fortune > f ai un excel-
ent Palefroi , dont je puis dit
yofèr j je vous Toffre , afin que
^ous n ayez pas la cdnfuilon
ie vous en retourner à pied j
partez pendant que l'oblcurité
peut favorifèr votre retraite j
le vous donnerai un Guidé
fîdelle , Se je ferai fatisfaité
quand il m'apprendra que vous
ne ferez plus au pouvoir de
vos Ennemie
.Clamadès écouta ce qtié
hii dit cette Dame , avec les
marques d'une reconnoiilànce
lînguliére. Je nepùis affet vous
témoigner > Madame , lui dit-
JZÔ Avantures 4e Clama Jet
il , combien je fuis fenûbie à
vos bontés 3 je reçois vos con-
(eils comme une grâce , & je
- les fuivrois fi mon honneur
pouyoit y confentir > mais on
me reprocheroit que j'aurois
abandonné mes Armes , & on
me croiroit indigne de les
javoir portées , fi- je refijfbis de
combattre pour les confèr-
yêr. Cette Dame, fùrprife d u-
ne fi grande fermeté , lui de-
manda (on nom , & il lui ré-
pondit qu'il fè nommoit Mal-
heureux en amour. Cette ré-
ponfèlui donnaà penfèr) dit
auroit bien voulu en pénétrer
le fèns. Pendant qu elle s*oc7
cupoit à le chercher , Clama-
dès la pria de trouver bon qu il
allât ie repofer , afin de - fe
«y de Ciar monde, lit
trouver en état de recevoir les
deux Chevaliers , qui vien*
droietit le vifiter au point du
jour, n Se retira dans T Appar*
tement qu'on lui avoit prépa-
ré , âc il y dormit autant que
le lui permit le ibuVehir de la
perte de Clarmonde. Dès qu ii
apperçut le Crépulcule du
Jour il s'habilla pour fe ren-
dre {ur le champ de bataille)
mais Durbans & Sertans y arri^
voient dans ce tems-là. Quand
il fçut qu'ils i'attendoient, il fè
fie prdmptement apporter fè$
ArrtieÈ^ y St pendant qu*6n i'ai*
doit à s'armer , il demanda à
quel fignal il pourroit recorn
noît^e- le Seigneur- du Châ-^
teau , afin '■ de lui témoignei?
dans l'occafion combien il étoit
132 AvanturesdeClatTi
reconnoHîànt du bon
ment qiie Ie;sDames lui ;
Éik eh ion abfencQ. Oi
ipondit quil n en port
cun 3 mais qu'il «toit
grand des deux Cb<
ebnere lefquels ù alloi
battre;^
N*en voulant f as
davantage , il fortit ai
du Cbâteau , & etitra
Cbamp où Durbans <
tans commençoient l
patienter. Il s'excufà d
Fait attendre en tombai
liieht iur eux > & ilis 1(
rent avec encore p
fierté. Ce choc fut rud
lïiàdès porta un coup
ble à Sertans ^ qu il le r(
par tene, & le mit bar;
iS" de ClarmonJe. 1 3 j
iç fe relever. Lç Cçinbat fç
EOBtinua^nixe Durbans Si Cla»
Dadès avec t^nt de flirie^
^uon ne diftinguQit pas les
coups ;qu ik fe pprtpient Tu^
à raiitrei mm enfin C]acna?
dès blelHi légèrement Dur-
bans , Se lui fît vuider les ' ar-^
Çbns. Durbans fè relgva prpin-
ptement5 Clamadès le renver^
Gt une féconde fois , & lui ara«
dia ion calque de la têt<e.
Ayant le vilàge ainfi décou-
vert , Durbans crut lire fa perte
dans les yeux enflamniez dç
£bn Ennenni il lui demanda h
vie, & Qamadès la lui accorr
da à condition qu'il aboliroit
la coutume de combattre Les
Cbevaliers , qui demander
xoieot à.ray.eoir l'holpitaUtÇ!
134-^ "oantures de Clamadès
dans £oû CJbâteau. Durbans
accepta cette condition j prêta
ferment xle robferver, & le fit
prêter à fès Vaflaux , <}ui j^n-
îlirent grâces à Ctâmadès d'a-
vbh épargné leur Seigneur,
qu il pouvoit tuer ys'il en avoit
eu la volonté.
• Après «e fèmaent fblemneV
Durbans & Clamadès firent
iranfporter Sertans dans lé
Château , où le Vainqueur fût
reçu par les Darnes a^^c tou--
tes les marques d'honneur que
méritoient fon courage Sç 6
magnanimité. Durbans manda
^ auffi-tôt des Médecins & des
Chirurgiens pour avoir foin
de Sertans. Quoiqu'il fut fort
bleffé , fa bleflûre Toccupoic
«>oijîs que U parole qu'il avoic
^ de Cl or monde. 13 y
donnée de partir le tendernain
po ur aller defFendre uneDame,
qui devoit être brûlée vive ,
il quelque Chevalier ne la jut»
tifÎQir par la voye des Armes
^di,! <!^^e dont elle étoit accu*
fée. Il .en témoigna de Tin-
quiétude à Durbans , qui le
©rÎA de ne point fonger à de
nouveaux Combats avant une
parÊùte guérilbn , & lui pro-
mit d'aller à fà place combat-
jCre r Accusateur de cette Da^
ine. Comme Durbans failoic
cette promeflè à Sertans , put
yint l'avertir qu'on avoit fervi
le dîner. Le Repas fini , Cla*
madès envoya fçavoir des
Nouvelles de Sertans. On lui
rapporta que ^ blefllir^ étoij
^angéreufe 9 Ç[uil ^voit Is
v
\^6 A v'antures de damages
Corps tout rompu^ Si qu'il ne
ieroit pas fi-tôt en état 4e feirç
ufage de fes Armes. Ce (pi
l'a/ftge le plus , lui dit Dur»
b.aos » c'eft qu il s'eû engage
de combattre pour > Jàuvei
l'honneur & la vie à une Da-
me , & comme il n'eft pas pof«
fible qu'il (è trouve à ce Com-
bat , je lui ai promis xle pat'
tir demain pour aller remplira
place. Je vous accompagnerai»
a vous le voulez bien , lui dit
Clamadès,& vous m'obligerez
en m'apprenant le motif de ce
nouveau Combat. Je l'ignore,
lui répondit Durbans 5 mais
nous pouvons le fçavoir de
Sertans. Allons à (on Appar-
tement , continua-t'il , & Ôa-
ixiadèj le fiiivit. Dès que, $er«
tans
4$" de Clarmonde. T 37
snis l'apperçut > au lieu de lui
aire mauvais vifage, il lui cen~
Lit la main , & le loiia fur fbn
;rand courage. Ils (è loiiérenc
éciproquement tous les trois
tçndant quelque tems , après
[uoi Clamadès demanda à
^ertans le iujet du Combat
uquel il s*étoit engagé. Un
ertain Clamadès , lui répon^
it-il , ayant enlevé la Prin-
elle de Tofcane, promifè au
*rince Léopatris , £ls du Roi
iarcaba > le Duc Carnuante ,
ère de cette Princefîè, a con-
a un il grand chagrin de l'en-
; vement de (â fille , que pour
unir celles qu'il accufe d'y
iroir part , il a condamné au
:u les Dames aufqueUes il en
(roit confié la garde , à moins
138 Avanturei de Clamadès
qu il ne le préfente des Che-
valiers qui veuillent combat
tre pour leur juttification. Elle
font trois Acculées , pour
(uivit - il 5 perfonne que mo
ne s'eft encore oflFert pou
fbutehir leur innocence , ô
n étant ^lûs en étât^ de def
fendre Liades , Tune de ce
trois Dames , je ierois incpn
folable de fon malheur, lî Dur-
bans ne s olîroit généreule
ment à combattre pour mo
contre celui qui ddit s'oppo
fer à fbn Deffeofeur.
Clamâdès apprenant qu(
les^ Dames -^ qui Tavoient fa
vorifé à enlever Clarmonde
étoient condamnées au demie
lupplice , (èntit dans fbn am(
une fi grande émotion , qu i
^ de Clarmonde. 135;
ne put Tempêcher de paroî-
tre 5 mais Durbans & Sertans
rattribùérent à un mouvement
naturel de compaffion , &
après qu il eut un peu repris
fes fens : Les deux autres Da-
mes , dit-il à Sertans , ne font
^nt protégées par aucun
Chevalier ? Non , lui répondit
Sertans , elles font en danger
de fubir la rigueur de leur
condamnation , par le reiïen-
timent du Duc Carnuante &
du Prince Léopatris. Il ne faut
pas les abandonner à leur co-
lère , lui répartit Clamadès >
rhonneur de la Chevalerie y
eft interefTé , & je prens fur
mon compte de combattre
pour celle des deux qui n au-
ra point de Deffenfeur , fi
^ Mij
140 Avantures diQamadh
Durbans veut bien que je Tac-
compagne dans cette expé-
dition. J'y confens , lui dit
Durbans , & je ne ferai pas en
mauvailè compagnie. Sertahs>
qui ne préfumoit pas que Cla-
madès , dont il ignoroit en-
core le nom , connût ces tr<y
Accufées , l'aflùra qu'il ne
pouvoit tenter d'Avanture
plus honorable. Vous aurez
affaire à de vaillans Adverfài-
res , lui dit-il 3 mais j'efpére que
vous leur apprendrez qu'il y
a ailleurs que chez eux des
Chevaliers qui ne manquent
pas de courage. Plus le ^
péril fera grand , lui répon-
dit Clamadès , plus nous ac-
quérerons de gloire , & plus
ces innocentes Viélimes nous
Û* âe Clar monde. 141
{çauront gré d'avoir expofé
notre vie pour les délivrer de
la mort. Pour moi , continua-
t*il , je ne Tcftime , cette vie ,
qu'autant que je puis l'em-
ployer au fervice àss Affli-
gées 5 les Chevaliers , qui nous
ont précédez, nous ont appris
Tufage que nous devons en fai-
re > nous ne pouvons la rendre
illuftre qu'en imittant leur é-
xemple , & je ne chercherois
pas à confèrver la mienne , s'il
ne m'étoit permis de la dé-
vouer au Beau-Séxe , & de là
corilàcrer à fès intérêts,
Durbans & Clamadès par-
tirent le lendemain pour allef
trouver le Duc Carnuante,
& ils arrivèrent quelques jours
après à un Château , où étoitr
I
142 Avantures de ClamaJès
ce Prince avec toute £à Cour.
Ce Château le nommoit Verte-
Cote 5 il appartenoit au père de
Liades , que Durbans venoit
défendre à la place de Sertaos,
qui ne pouvoit la iêcourir à
caulè de fà bleflure. On les
reçut dans ce Château avec
beaucoup d'honnêteté. Quand
ils y eurent pris quelques re-
pos , Durbans dit à Clamadès
qu'il étoit de la bienféance
d'aller enfèmble apprendre au
Duc de Tofcane le motif qui
les amenoit à Verte - Côte.
Craignant d'être \ reconnu de
ce Prince , Clamadès ne jugea
pas à propos de paroître de-
vant lui , quoique les chagrins
& {es fatigues Teuflènt beau-
coup changé depuis qu'il avoit
<?* de Clarmonde, jj^T
perdu Clarmonde , & il pria
Durbans de monter feul à
r Appartement dé Cacnuante ,
l'ailurant qu'il agréroit ce qu'il
régleroit en cette occafioa-
Durbans vifîta donc lèul le
Duc de Tofcane , auquel il dit
que Sertans étant indilpoié , il
venoit combattre pour lui ,
s'il vouloit bien le lui- permet-
tre. Je le veux , lui répondit
^ . Carnuante , pourvu que l'Ad-.
vérfaire de Sertans le veiiillé
bien aulîi, Un Chevalier, qui
étoit préfent à ce que propo-
fbit Durbans , & qui dévoie
combattre pour la caufe de
- Léopatris , dit qu'il falloit ac-
- cepter fà propoflsion , Se qu'il
étoit indifférent à ceux de ibp
parti que celui - ci ou uii au^
I
144 ^ff^^^^^' ^ Clamaaes
tre combattît contre eux.
Durbans étant agréé pouf
defFendre Liades y dit enCùite
au Duc Carauante qu jon Che*
valier , qui Faccompagnoit ,
oiïroit de defïèndre ene des
autres Accufées , & qu'il l'a-
voit chargé de lui en deman-
der la permiflion. Je la lui ac'
corde , lui répondit ce Prince j
qu'il deifende Gayéte ou FI»
réte 9 à ion cbobc y & ibyez
demain l'un & l'autre prêts
pour an Combat > que je ne
veux pas différer plus long^
tems. Durbans revint trouva*
Clamadès , qui réfléchiiïbit
pendant fbn abfence fur le
malheur de h troiiiéme D^rne»
Quoi, difoitil en foi-même,
€À-il poiTible qu H n'y ait dans
cène
ir de Clarmonde. 14 y
cette Cour qui que ce foie
d'aiîez -courageux pour vou-
loir partager avec nous 1 hon-
îieur de délivrer celle de ces
Victimes , que je vois aban-
<lonnéè à ia dilgrace ? Non ,
-ajoutoit-il , je ne loufïrirai
point qu elle péiiflè faute d'un
•fecours que je puis lui donner
& que je lui dois fi légitime-
ment. Durbans arriva dans le
; tems qu'il faiioit ces réflexions
•& qu il revoit fur le moyen
<le fecQurir cette Infortune e5&
quand il eut appris la réponfe
du Duc : Piiifque je fuis aflez
heureux, dit-il à Durbans,
^ pour que Carnuante m'ac-
corde ce que vous lui avez
demandé de ma part ^ je vous
prie de m'en obtenir une fo-
N
ja6 Avantures dt damadh
conde grâce. Vo^s êtes trop
généreux , pourGûvk-il , pour
voir , (ans rougir , conduire au
iùplice une Innocente , ^e
nous- pouv(»as en gîuandr, eo
comb^tant noos deox coocre
les tiois Chevaliers pour la
îjuftification des trois Dames,
condamnées pour Tenléve*
jBcnc^ die: h Fmiceili de Tof
<2iQe> quelles n'ont pas £tvor
tifé^ {ans doute , puiiq^'il n'y
» contre ellies- que cies cooc
jcauies qui ne forment point
de preuves. Il y auroic de. la
témérité dans cette encrepriiiè)
lui répondît Durbans >ces-trdB
Chevaliers le font acquit de
la réputation, pac les Annes^,
& entreprenant au de& de nos
.forces i pour vouloif toutiài*-
tS^de C îarmwde, ï 47
er, nous perdrions peut-être
3UC. Cependanc , connoiHànC
% valeur de Clamadès, dC
'oyanc que ion àÀ^cams loi
•aèîoK monter aa front ixne
ougeur f qui fembloic en maf'
[uer dbnôdignatron : Ce n eft
tas ^ pourfuivit-il ,■ que je veiiil»
e m'oppoièr à votre deâèini
'en admire même la généra*
ité , & la confiance que vous
ivez eifino«v courage me faic
>readre dao!» te vôtre une a^-*
ance qcû me poree à vouloic
enta avec vous une Avm*
nre, qui» & fàk le dive , a
psdqtte chofè aa deflùs du
léroïque > êc ditts iaquette ,
Vainqueurs oa VaiHcus^nou»
se pouvons qu'acquérir de la
doire. A mewre que Durbans
Ni\
T^S /^vantures de Clamades
proféroit ces dernières paro-
les , Clamades revenoit de la
îriftefle où l'avoit jette l'ob-
iervation qu'il lui avoit faitie
fur la réputation de leurs Ad-
verlaires 3 une douce fèrénité
iè repandoit par dégrés fur fbn
vifage , & fàtisfait de ce qu'il
cntroit dans fës vues , il le
pria de retourner faire agréer
ce projet au Diic de Tolcane,
Durbans fiit le lui cdlnmuni-<
quer. Carnuante montra d'a^
bord de la répugnance^ à perr
mettre un combat , qui lui
paroillbit trop inégal 5 mais,
{ùr les raifons que Durbans lut
çxpofa,ce Prince çonfenticà
ce qu'il éxigeoit de lui.
Le Duc ayant fait part à:
I<éopatris & 4 fps Courtiiàn^
^ de (^larmonde* 149
de Tentreprile de Durbans
SLvec le Chevalier inconnu,
qu'il avoit amené avec lui >
quelques-uns Teftimérent une
folie , Se quelques autres la
jegardérent comme la mar-
•que d'une rare valeur & com-
me l'effet de la plus éminente
■vertu. J'aurois crû , leur die
.Carnuante , que l'amour feul
auroit pu inlpirer un tel deC-
fein > mais la férocité de Dut-
bans ) fermant (on cœur à
cette Paffion , & fon Compa-
gnon d'Armes étant fans dou-
te encore plus féroce que lui,
puiique c'eft de fa part qu'il
ma fait la propolition , je ne
fçai que penfer là-defTus, ni à
quoi attribuer le motif d'un
projet û hardi. Nous en ver-
Nii]
Ij^O AvcmturesdeClamadi
rons la fuite , Seigœur , lu
pondk Léopatris ,êic ]e ^
promets par avance c]ue
Chevaliers hxxœâlûmoDX.
orgueil. Le jour lùivanc
crois Chevaliers parurent
madn iat le Champ de
taUle , armez -de touces pi
<& mcsitez iKif de l>ons <
vaux. Le premier (è nomi
NuncorioSe-brave ^ le fec<
Bruns-le-hardi > &le troiii^
Galde-rincripide. Durbac
Clamadès arrivèrent au m<
lieu un moment après , a
bien montez que leurs Ad
(aires , mats aimez plus 1(
rement. T>hs qu ils furem
préfence , on donna le fii
du Combat y & Galde-l'ir
pide le commença en por
iS" de Ctarmonde, t^t
m coup n rude à Durbais qu il
:e renverra. Chamades le vo-
pQt ^n péril , courut contre
Galde-fintrépide , <jui croy<»c
déjà avoir unËimemi de moins
ka les bras 3 le lieu ita û bFu>P
quement qu il le culbuta , i&
lui fit (àuter fbn Ca^ue de
deflûs la tête. Durbans , relevé
de là chute , l'appercevant é-
Ëendu iùr le fable , vola fur
hai 1 epée à la main , & lui ea
mk la poînf e for la gof ge. La
vie , lui cria Galde4*intrépide 5
je me rends votre prifbnnier.
Durbans la lui accorda géné-
reufèment , d: le fit fortir du
Camp. Pendant ce tems-Ià,
lés deux autres Chevaliers fon-
dit ent comme des éclairs fur
Clamadès, qui en fè defFen-
N iiij
ly» j^Vûntures Je Clamades I
dant courageufement contre I
eux coupa un bras à Nunco 1
rio-le-brave. Durbans , reve-
nant à la charge , le débaraflà
de Bruns - le - hardi. Ils fe
chargèrent fi vigoureulement
Yup & Tautre , que leurs
Chevaux plioient fous les
coups quils fe portoient)
Bruns donnoit de Texercickà
Durbans , & l'avantage auroit
été long-tems douteux , fi Cla-
madès , qui vint à fon (ecours,
n eût renverfé Bruns & fon
Cheval , de manière qu ayant
un pied embarafle dans Tétrier,
il ne pouvoit fe relever. Num
çorio -le- brave , qui navoît
plus qu^un bras, accourut pout
le dégager, & voulant porter
un coup à Durbans, Clamadès
ôr de Clarmmde. - 153
tendit mort for la place.
;tte expédition faite 5 il re-
jrna contre Bruns , qui étoic
core -engagé lous fon Che-
l , & l'ayant (aifi , fans qu'il
t fè deffendre : Mets .toi à
merci du Duc, lui dit-il,
n'efpére aucun quartier. Je
y loumets , lui repondit
Jns- le -hardi, & s'étant a-
Lié vaincu devant Carnuan-
le Prince Léopatris convint
3 le combat avoit eu une
lë différente de ce qu'il en
>it efpéré 7 que Durbàns &
Chevalier inconnu étoienc
grands Hommes d'Armes,
qu'il n'établiroit plus à l'a--
ïir {ts elpérances fur une
'Utation de valeur, qui n'a
ivent pour fondement que
iy4 Avantures de Clama4és
le faux rapport de <:eux qui
ont befoin de fe faire des Pro-
teéteurs de Gens auffi lâches
qu'-eux-mêmes.
L'honneur du triomphe e-
tarà donc décerné à Durbans
& à Clamadés , les trois Ac-
cufées furent mi(ès fen liberté?
Liades rentra dans le Château
de Verte-Côte , qui apparte-
noit à fbn Père , & elle ne
reconnut point le Prince de
Caftille , parce que (à nvélan-
colie , depuis la perte de la
Princefîè de Tofcane , î'avoit
fi fort changé , comme nous
lavons dqa dit , qu il n étoit
pas reconnoiflàble j mais Cla-
madés la reconnut bien. Se lui
fit de grandes careflès. Je vous
dois l'honneur & la vie , Sei*
6? de Clarmofuie. i^C
gneiir , lui dit Liades 3 j'en
confèrverai la mémoire juC-
qu à mon dernier ifoupir , Se
comme la gloire «ft le prix
que des Chevaliers tels que
vous & Dufèans & propofènt
£D (ècouraot les Maliieureux,
nous ne cefièrons point mes
Compagnes & moi de publier
les louanges de nos Libéra-
teurs. Et moi , Madame , lui
répondit Clamadès , je me fou-*
viendrai toujours que j'ai été
aûèz heureux pour trouver
l'occafion de vous (èrvir , &
ce ne fera peut-être pas le feul
fervice que ma bonne fortune
voudra que je vous rende.
Durbans , fe joignant à eux
dans ce moment-là , eut part
aux remercimens de Liades.
jkS Av antiires de Clantades
Quand leur converfation fut
finie , Clamadès pria Durbans
d'engager le Duc de Tofcane
à mettre en liberté Galde-l'in"
trépide & Bruns-le-hardi. Car-
nuante l'ayant ordonné fiirle
champ > toute la Cour admira
la grandeur dame des Vaiih
queiirs , & avoiia que le Che-
valierinconnu infpiroit à Dur-
bans des fentimens qui le
xapprocHoient de l'Humanité
Après s'être un peu repofi
dans le Château de Verte
Côte , Clamadès voulut ei
partir pour continuer à cher-
cher la Princeflè de Tofcane
J'ai une affaire , dit- il à Dur<
bans , qui m'obligea me fépa
ter de vous, & -comme iln(
s'agit pas d'une chofè , où l'Or
. \
O" de Cîarmonde. i<y
ire de la Chevalerie foit in-
lèrellé , je ne vous prie point
de m'accompagnèr j mais vous
me ferez plaifir fl vous voulesS
bien me prêter Pichonet , vo-
tre Joueur d'Inftrumens , qui
pourra m'être utile ? je vous le
renvoyerai le plutôt qu'il me
fera poilîble , & peut-être vous
apportera- t'il des Nouvelles ,
qui vous caufèront une furpri-
fe agréable, Vous pouvez en
difpofèr , lui répondit Dur«
bans 5 mais vous me feriez
plaifir vous-même , fi vous me
mettiez de la partie. Je ne la
puis y lui répartit Clamadès ,
& vous approuverez mon pro-
cédé quand Pichonet vous
lagndra compte à (on retour.
des raifons qui m'engagent à
j<3 Avantures de Clama Jes
ne pas vous domier la peine
de venir avec mot cherche!
une Avantme , 6a vous ne
pourriez acquérir auconegloi^
f e. Pui%3e TOUS ne voulez
partager cette gloire avec per-
tonne, hii répliqua Durbatis,
je m'en retCNin» <ioncà Mont-
Etroit , â; y Y attendrai' qoe
vous m'infbirniiez (h. foccès
de votre expédidoii. Us s'em-
braâërent , en & promettant
une amitié co]afliante,&^ le''
parèrent après avoir pris ccni'^
gé de Liades y qui parut très*
affligée de leur départ:
Clamadès ayam marché
prefque un jour entier iàns
parler , et ë l^^nc , pour
ainfi dire , conduire par foi»
Cheval > Fichonet s'apperçuo
C de Clar monde, lyp
ju'il étoit trifte ôc rêveur. Sei-
rneur Chevalier , lui dit - il ,
)ous £:»nines déjà loin de
V^erte-Côte y & il me lèmble
}ue vous n'êtes pas fl joyeux
sn route que vous l'étiez en
cauiànt avec la belle Liades.
Vous nv avez jugé digne de
votre coiafiancerpouirfuivit'il,
puifqûe vous m'avez deman^
dé à mon Maître pour vous
accocopagne^ y & je n'aurai
pas grand'chofè à Im raconter
de vous à mon retour auprès
de lui y ù vous ne parlez pas
dav^]K:age pendant le cours
de notre voyage. Cependant,
a je l'ofbis , je vous prierois
de trouver bon que nous de^
viiàffions ensemble pour ne
pas trouver le ckemii^ fi enr*
l6o Jvantures de Clamades
nuyeux 5 & nous ne ferior
peut - être pas mal de con
mencer notre entretien ps
nous apprendre réciproque
ment qui nous (ommes , afii
que nous Içadbions vous (S
moi de quelle manière noui
devons nous comporter Tuii
envers l'autre. Ce n'eft pas 3
ajouta-t'il , que je doute quiiD
Guerrier auflî valeureux que
vous ne (oit d une Famille no-
ble , & qu un Joueur dlnftru-
imens tel que moi ne tire (on
origine que d'une ancienne lo
ture y mais enfin vous fçavez
que je me nomme Pichonetj
^ moi j'ignore votre nom , n<
Arous ayant encore entendi
donner que celui de Cheva-
lier. Le Prince de Caftille , qu!
avoii
O* de Clarmonde. 161
avoit deflêin de lui confier (bn
£ècret , pour avoir au moins
avec qui s'entretenir de la Prin-
ceflè de Tofcane , pendant
qu'il continuroit à chercher fbn
Raviflèur : Je me nomme Cla-
madès , lui répondit-il , & c eft
parce que j'ai enlevé Clar-
monde que le Duc Carnuance
avoit condamné Liades & fes
'deux Compagnes au dernier
{ùpplice. Juge maintenant ,
pourfuivit-il , fi je devois com-
battre pour les fàuver du péril
qui les menaçpit > ou s'il me
convenoit de les laiiîèr expier
une faute , fi c'en eil une , on
elles ne m'ont favorifé que
pour me rendre le plus heu-
reux des Hommes. Au nom
de Clamadès , Pichonet de*
j62 Avantures ieClamc
meura tout interdit , Se
roit déjà voulu être loi
Terres de la Tolcane ,
vint à craindre d'y être
comme Complice de \
vement de la Princeilè.
foit dire ce qa il en pe
car venant à conlldéFei
Clamadès , l'Héritier
Royaume , & nenviOi
en {bi-n»eme que la q
d'un Méneftrier , cette
rence de condition lui fè
la bouche , À le rendoit
totir trifte & rêveur , &
roit continué de marche
proférer une parole , fi le
ce de Câftille ne 1 eût \
que le début de fbn dif
lui a voit été agréable, &
lu^ fçavoie gré de 1 avoi
tsr de Ctarmonde. i 6t
le {à méianc(^e.Mon indi&ré"
:ion , Seigneur , lui dit Picho*
3et , me procure l'avantage de
[çavoir comment je dois me
:;omportâr avec vous 3 mais en
ne fai^ncconnoltreen vous le
Prince de Caftile , elle me mec
dans une inquiétude , dont je
ne (brtirai (|ae quand nous ne
erons plus à port^ de crain^
Ire Carnuante.Heureufèment^
;oiitiouart'il , nous ne (bmmes
>as éloignez de ta Frontière
le Ton £tat , âc pour peu que
lôus fanions de diligence pen<-
Uuit la nuit , nous ^rons au
>oint du jour iiors de crainte
Se de danger. Vous allez fans
ioute , ajouta - t'il , rendre
:ompte à la belle Clarmonde
ie ce que vous venez de faire
O ii
1(^4 •At'tfnftfrf J de Clamants
pour délivrer Liades & fe
deux Compagnes, & vous d
laflèr auprès d'elle des fat
;ues que vous venez d'c
[ùyer / Nous allons la che
cher > mon pauvre Pichone
lui répondit Clamadès , ma
{ans fçavoir où la trouve
H y a près d'un a:n que
parcours le. Monde pour (
apprendre des nouvelles, «
le Roi Cropardo , qui me 1
ravie , fe dérobe li bien à n
recherche , que je pourfù
peut-être inutilement le de
îèin de le rencontrer. Voil
un vilain tour que vous a fa
ce Boflu , lui répliqua Piçjb«
net. Tii lé connois donc , ml
Ami , lui demanda Clamadà
Jq l'ai yû en Barbarie , lui ri
ir âe Cîarmonde» 16 1
pondit Pichonet , où il entre--
prenoit quelquefois des Con-
quêtes qui marquoient aflez
fon bon goût. Il me vient une
penfée à fon fujet , pourfiù-
vit-il , & , fàuf votre meilleur
avis , Seigneur ,. je crois que
nous devrions la (iiivre pour
vous abréger du chemin. Vous
connoiflèz le Roi de Salerne ,
lui dit-il ? Non , lui répondit
Clamadès > je n'ai point encore
paffé dans lès Etats. Tantpis ,
lui répartit Pichonet ^5 vous
deviez commencer votre re-
cherche par la Cour de ce
Prince , & je ne dis pas cela
(ans de bonnes raifons. Sça-
chez donc , Seigneur, conti-
Tîua-t'il , que Méniade eft un
Roi , fi digne de l'être , que
1 66 Avantures de CluntaXes
non- content de £è faire rendre
compte jour par jour de ce
qui iè pafiè de plus fecrec daos
fà Capitale & dans fès Pro-
vinces , il s'inftruit encore de
ce qui fè fait dans le reile do
Monde , pour régler fa con«
duite fur les diftérens évé-
nemens qu y produifènt les
bons ou les mauvais Gouver-
nemens. Four mettre Clama^
dès au fait de ce qu il lui di*
fbit , il loi parla de la Loi que
Méniade avoit établie au fùjec
des Etrangers qui pailêroieot
dans le Royaume de Salerne»
di lui démcmtra l'utilité qu'il
tiroit de ce fàge EtabliflèmenL
Clamadès faifant attention à
ce que lui obfèrvoit Pichonet,
fè difoic en foi-même que les
C de Clarmonde. 1 6j
■ ^meilleurs confèils ne venoient
yas toujours de ceux qu'on
«royoit les plus propres à le»
-donner , & ne voulant pas né-
'^liger celui du Muilden , £è
"^gurant que quelque Voya-
f^eur auroit pÀ raconter à Mé«
^niade quelque chofè de Cro«
. par do, qu'il auroit vn en quel»
_ ^ue endroit, mi, dont il auroit
entendu parler , il prit la route
•de Saleme , &, s'y rendit après
xine marche nioins longue que
- fatigante.
Etant arrivé af&z tard dans
la Ville du mèwc nom , Pi-
-chonet qui «n connoiflbit les
Auberges , conduifit Clama-
dès dans la meilleure , & ils y
décendirent dans le tems
qu on (e préparoit à fè mettre
1 6^ Avantttres de Clamantes
à table. Le Prince de CaftiUe
fè défàrma prompcement dan
une Chambre particulière,^
defFendit à Pichonet de dé
couvrir (àQualité^îla curioft
portoit quelqu'un à la lui d(
mander. Nous autres Gens d
Mufîque , lui dit Pichoniet
sous nous piquons de difcr^
tion y on nous admet fbuvoi
dans des miftéres , où l'on i
paflèroit de nos bons offices
il nous ne (çavions pas garde
le filence , & vous en ave
peut-être vous-même faitl'e]
périence dans vos menus pla
us.. On avertit alors qu'on vi
noit de fèrvir j Clamadès dit
Pichonet de le fuivre , & 1
commanda de prendre pla(
à côté de lui. Il y ^avoit ce foi
<sr de Clar monde, 160
[à à cette table des Voya-
geurs de difFérens Païs Sc de
diveriès Conditions, qui , pour
obéïr à la Loi , dont nous
avons parlé , s'étoient rendus
l la Cour de Mëniade. Au
commencement du f ouper on
{'entretint d'Avantures diver-
iSâàntes , & qui interefibienc
l'autant plus , que chacun , en
'accmtant la ilenne , découvroit
ians £bn récit le genre de ga-
lanterie de fa Nation. La con-
^orfàtion changeant enfuite
d'objet , on parla de ce qui fe
paflbit dans la Cour du Roi
IVléniade. Quelques-uns iç
loiioient de Ton afiàbilité pouc
les Etrangers , & quelques aur-
cres £è plaignoient da long fé-
îo]ir que fa criftdlè leur/^oi|;
17© Avantures de Clamades
faire dans Salerne. Qupiïdi-
ibit J'un d'eux, çft-U poflible
•qq un il fage iMoqarque fe li>
vre à .l'Amour jusqu'au poiot
dç lîûiîèr parottre dç l'inquié'
tude,, pairce qu'une Créamre,
donc il s'efl épris , çft devenue
foie ? Encore > ajoôtpît'^il , Cle
Sujet , qui le fait différer à noiis
donner sudiençç j ^ valoit un
l>çu plus h peige» nous pfen>
■drions notre fetardemenc en
.patiences mais de. oqus voir
arrêter ici des mois entiers à
caufe de la folie d*unç Veuve
:dé SaJtinbanquè , f avoue que
je iùis fouvehCjt^nté ide con-
tinuer mon voyage", perfiiadé
^ue ce ne fèroit pas enfreio'
•dre la Loi du Prince , puiique
le m y fuis Covims» éç auji là
isr de ClarmonJe. ijx
rend lui-même impratiquable
en fè rendant mainceoanc d'ua
fi diiiicile accès.
Jufques-là , cet Etranger
n avoit rien dit qui pût faire
penfèr à Clamadès qu'on ve-
ooit de parler de Clarmon^
de & de Cropardo 3 mais un
(ècond Etranger , qu un vin
capiteux mettoit en train d'en
^e plus qu'il ne convenoit ,
ïjoûtant aux plaintes du pre-
mier : Pour moi , dit-il , fi je
n'cfpérois pas une grande ikr
compenfè du Roi Méniade ,
je naurois point attendu il
long-tems dans Salerne un
moment favorable pour lui
rendre compte d'un prodige
qpe je vis dans l'Air en entrant
dans ibn Royaume ■<, ôc c eii
171 Avantures de Ciamadès
quelque chofè de ù cxtrzoî&r V
naire,qu'il faut lavoir conildé- ¥
ré comme mol de fàng froid P
pour ajouter foi au témoigna*
"ge de fès yeux. Si vous étiez
alor$ de ^ng froid comme
nous le fbmmes préfèntemeo^
reprit un troifiéme Etranget
d'un Canton de la Neuftrie,
pour l'engager à s*explique(
lut la nature dé ce prodigS)
afin de lui enlever le finit de
{on elpérance , vous pouvez
bien avoir vu dans l'Air des
prodiges 5 mais ils n éxifteot
que dans votre imaginatioo;
de cela m'efi: quelquefois arri-
vé en pareil cas. J'étois à jeup >
lui répartit l'autre , lorfquuo
Dragon volant , portant -m
m Homme âç une Femme.,it
:. O* deCtarmonde» 172
I Je n*en dirai pas davantage ,
: & j'ai mes raifbns pour que
r^ Méniade apprenne le premier
i.- les circonftances de cette mer-
- Veille. Toute la Compagnie, à
- (|Qi cet Etranger avoit paru juA
- ques - là un Homme de bon
^ ièns , penfà différemment fur
^£>n compte en l'entendant
^Jpârler de la forte 5 mais Cla-
- inadès en portoit un autre ju->
^ cernent , s'imaginant bien qu il
avoit vu le Roi d'Ungarie iîir
ibn Dragon tranfporter d'une
. Hégion à une autre la Prin-
ceflè de Tofoane , & pour
l'exciter dans la chaleur du
vin à défigner le lieu où il
avoit vu le Dragon volant,ilat
fùroit à fon tour les Incrédules
qu'il avoit eu depuis un an une
P uj
l'74 Avantures deXllama^es
(èmblable vifion fur les Côtes
delà Catalogne. C'eftle même
Dragon , répartit cet Etran-
ger -y car , fi je m'orientai bien
alors , il venoit du côté d'Oc-
cident , & faifoit route vers le
Septentrion. Sur un témoigna-
ge Ci pofitif , Clamadès réfb-
lut en foi -même de ne pas
s'amufer dans Saleme , où il
ne pouvoit rien apprendre du
Roi Méniade , fur ce qui le
touchoit , puifqu'on ne Tavoit
point encore informé du pro-
dige dont il s'agiflbit , & {ca-
chant bien cjue laLoi de cePrin*
ce au lujet des Etrangers n'étoit
pas faite pour lui , il s*impa-
tientoit déjà de ce qu'on tenoit
table fi long-tems , voulant re-
commencer dès la même nuit
iff' de ClarmonJe. l'/f
fà marche du côté du Nord, &
ehercheir CrOpardo jufques
fous le Pôle Ariflique , s'il ne
le rencontrôic pas avant que d'y
ariverXe Maître de l'Auberge
<^i , en faiiànt iervir la table ,
avoit prêté Torpille à ce qu onf
venoit de dire , fe mêla de la
converfàtion pendant que .le
Prince de Caftille s'ablorboic
dans fès réflexions. Vous ne
ièrez pas f di^-il à^I'Ëtrângery
le prémiôf qui ifëndrez com-
pte au Kot du Dragon donc
vous parlez > il y a apparence
qu'Un aucré F» v4 coinmô
vous , puifque 'Méniade a eu .
d'un petit Boffu un Dragon
de Liège , revêtu d'écaillés de
Nacre de Perles , qui eft làns
doute la reprélèntation de ce*
mj
Ij6 yivantures de Clamad)s
kd que vous avez apperçû dan;
TAir , & fi f avois Içû le motif
de votre féjdur ici , je vous au-
rois confeillé de n'y pas épui-
{èr inutilement votre bourfe.
L'Etranger prévenant les queP
(ions que CUmadès alloit faire
à l'Hôte : Comment , lui de-
manda-t'il, cet Homme a donc
reçu la récompenlè que je
croyois mériter ? Non , lui ré-
pondit TAubergifte > parce
iqu il mourut prefque auUi-toc
qu'il eut fait fbn préfènt > mai^
ajoûta-t'il , fà Veuve , que l'on
vante à la Cour comme la
plus belle Perfbnne du mon-
<le , la recevra pour lui , Se plus
confidérable qu elle ne pou-
yoit l'efpérer > car le Roi n at-
tend , pour l'épouièr , que le
s
iT de Clar monde. 177
rétabliflement de fon efpric,
que la mort de fon BofTu lui
a un peu dérangé, & ce qu'il
y a de lùrprenant , c'eft que
malgré l'inégalité de condi-
tion qui le trouve entre un
Monarque & une Fcmmq de
{à forte , ce mariage fe fait du
conlèntement des Etats du
Royaume. Si un bruit qui
commence à fe répandre , lui
dit l'un des Etrangers , qui
n avoit pobt encore parlé ,
venoit à fe confirmer , il n'y
auroit pas une grande difpro-
portioQ de Qualité entre les
Parties. Des Gens,qui croyent
jle bien {ça voir , continua-t'il ,
prétendent que celle qui paflè
ici pour Veuve , n'a point en-
core eu de Mari; que Fille
178 Avantures de Clamadès
d'un Souverain elle a été en*
levée du Palais de fbn père,
& que fur l'avis que lui a don-
né un Voyageur, qui Ta re-
connue daijs cette Cour , ce
Prince ne tardera pas à la re*
clamer , Se parconféquent à
juftifier le preflènument de
Méniade fur la naiflànce de ^
{on Inconnue.
Pichoneè , qui n'avoit d'a-
bord rien entendu à ce qui
s'étoit dit touchant Tamout
du Roi de Sal^rne pour la
Veuve d'un Saltinbanque,ne
s'imaginant pas qu'on prenoit
pour un Bateleur le Roi d'Un-
garie , qu'il ne croyoit pointl^
d'ailleurs marié avec la Prin-
ceflè de Tofcane 5 Pichonet ,
dïs-jë , comprenant alors , par
( •
ir Jf Clar monde. 179
le récit qu'il venoit d'enten-»
dre, que Cropardo écoit le
Bofîu qui avoit laifle par fà
mort à Méniade fon Dragon
avec Clarmonde , commença
auflî-tôt à fe féliciter en foi-
même d avoir confeillé à Cla-
madès de venir à Salerne pour
en apprendre des nouvelles 5
&le Prince de Caftille de fon
côté , qui avoit auffi compris
ce que renfermoit de mifté^
rieux le dilcours de l'Etranger,
marqua par un corp d'œil à
Pichonet la joie qu il reffentoic
d'avoir fuivi ion confeil. Après
qu on eut quitté la table , Sc :
que chacun fe Rit retiré dans
fa Chambre : Hébien , Sei-
gner , dit Pichonet à Clama-
dès, vous ai- je épargné d^
1 8o Avantures de Clamadh
chemin ? N'ai-je pas eu raifon
de vous amener ici pour ap
prendre ce que vous n'auriez
point appris autre part ? Si la
îàtisfadion que j'ai, lui repon-
dit Clamadès , d'avoir garanti
du péril Liades & Ces Com-
pagnes ne me recompenfbit
des peines que j'ai fbufïèrtes
dans mes voyages , je me fçau-
rois mauvais gré de n'avoir
pas commencé ma recherche
par les Etats de Méniade , &
je ne puis te dire combien je
te fuis obligé de m'avoir. in-
spiré le deflein de me rendre
à fà Cour. La Veuve en quet
tion, pourfùivit-il , eft la Prin-
ceflê de Tofcane > les circon-
fiances qu on a rapportées me
!e perfùadent, & Q Cropardo,
iS' àe Clar monde. i8t
didimulant (on nom , la décla-
ra fbn Epou{è en arrivant ici ,
ce ne fuc, comme je le pré-
{ùme, que pour prévenir l'en-
vie que Méniade, en la voyant
il belle , auroit pu avoir de la
lui enlever à fbn tour. Je m'i-
magine bien que l'honneur en-
gage Clarmonde à ne point
delavouer f on Ravilïèur fiir ce
qu'il a dit de fon mariage avec
elle > Se que la crainte la porte
à ne pas découvrir la violence
qu'il lui a faite , depeur que
Meniade , inftruit de (à naiir
{ànce , ne s'obftine davanta-
ge à vouloir la faire Reine
de Salerne» Ce qui me con-
firme dans cette penfée , ajou-
ta-t*il> ceft cette Démence
4)^ X^ im tomber 9 à ce qu oq
182 A vantures de Clama des
fuppofè , la douleur d'avoir
perdu un Epoux tel que Cro-
pardo , & je ne crois pas me
flater en fùppofànt auffi que
la Princeflè ne feint cette foi-
bleflè d'efprit que pour me
donner le loifir de m'infbrmer
du Lieu où on la retient , afin
que je mette en ufage les mo-
yens de Ten retirer. Il fèroit
donc à propos , lui repartit
Pichonet, d'employer promp
tement ces moyens, & vous
n'avez pas de tems à perdre»
car, comme l'a dit l'Etranger,
le Duc dé Tolcane , {cachant
que fà fille eft chez le Roi de
Salèrne , il ne va pas manquer
de le prier de la lui renvoyer,
& Méniade refufànt de le fai-
te^ à caufè du violent amouj;
iS de Clarmonde. 183
qu'il a pour la Princefle , Car-
.nuante fe trouvant honoré de
ion alliance , l'acceptera pour
Gendre , & le mariage fait du
confentement de Clarmonde
ou contre fà volonté, vous
perdrez le fruit de vos efpé-
rances & àcs fatigues que vous
avez eiîuyées en parcourant
le Monde pour la retrouver.
Pardonnez au zèle qui me fait
parler fi librement , Seigneur,
ajouta-t'il 3 je fçais que vous
êtes bon pour prendre votre
parti de vous - même > mais
mon premier conleil vous
ayant été utile, je mô ferois
un fcrupule de ne pas vous
en donner un fécond qui ne
vous £èra pas d'une moindre
wilité. Je i'4coutef aiavedplafe
1 Sa Avantures de Clamades
fir y lui die Clamades , Se je croi
par avance qu'il ne fera pas à
négliger. Peut-être avoûrez-
vous , Seigneur , lui repondit
Pichonet, que ce que je penfe
ne vous feroit pas tombé dans
l'imagination. Vous allez en
juger. Si l'on a pris ici pour
Vendeur de mithridate un Roi
d'Ungarie à caulè de ià dif- ,
formité , on pourra y prendre
pour Médecin un Prince de
Caftille , dont la bonne mine
préviendra favorablement le
Roi de Salerne, & iur ce fbn*
dément , non-content de vous
: avoir amené à la Cour de ce
;Prince , je veux encore vous
conduire à l'Appartement de
Clarmonde , & vous favorifèi
4Yec elle un entretien dans
lequel
iS" de Cîar monde. i8f
equel vous conviendrez des
noyens de vous évader en-
èmble , fans qu'on vous fbup-
fonne Tun & l'autre de con-
pirer contre l'amour de Mé-
ilade. Si je* ne craignois , mon
her Pichonet , lui repartit Cla-
ladès , de diminuer le mérite
le ce nouveau confeil , je te
[irois que mon empreflèmenc
révoir la Princeflè m'en a
[onné un femblable dans le
noment même qu'on a parlé
le fàDémence. Je m' en réjoiiis,
ù répliqua Pichonet , parce
^'ayant penfé comme un
'rince expérimenté en rufes
;alantes , cette conformité de
•enfées me perfiiade que je
jis habile dans l'Art que la
Aufique oblige quelquefois
Q.
t
lS6 Avantures de Clamaâh
d'exercer , ôcÇiles termes i
la Médecine ne vous font p
familiers , je vous en appre
drai un nombre fufiifànt po
vous faire . eflimer un fècoi
Hippocrate. Je n'en igno.
guère , lui répondit Clamadè
ayant toute ma vie entend
parler ce langage par les M<
decins de mon Père qui m
vifitoient à mon lever , & d(
' qu'il fera jour , il faudra qu
' tu ailles au Palais de Méniad
m'y annoncer pour un Emp
rique, qui a fi bien fiiivi 1
Nature dans fes démarches
que je fîiis parvenu à la cor
noiflance de lès Opérations U
plus occultes. Après quoi
pourfùivît-il , tu feras infinuï
à ce Prince que de tous ceu:
»
t tr de CUrmônde* t S'J
2 qui fbnca^gei'deila vercii
1 des Végétaux ^ des Métaux «
r jfe .{lus ie ieul (capable de
r. zetnettre ion Inconnue dans
l'itat où . elle étoic avant la
SQOTC dôiloDEpàair^ de tu re^
ftiadras^c^éd mou»; de qtUH
tté joursi :.^<r;^Ue vous entemr^
Seigneur, iotdvbmpit Pichd«
fiecy.& pbttr.qQ^on ne croye;
; pas( tj^c I^CL vante, en voiis uni
Doitmeiir ; de '^OiMiimiml ) aBtf4
. netai que je vbusr su v6 dans
l^àbie Élire des Cures de
cette ei^ece, que les Arabes-*
inêÂe^9 Jes.pliiscélébres dans
. liotcerArtyOntiegardéesconH
^ meidesipiiodiges ^ & je don*
nérai tant de . .Yraifèmblan<>
- ce à. mon difcoars, que quoi--»
[ Que ie vous fallè' venir do
• •
lS8 Avantures de Clama Jh
ù loin , on ne vous prendra
pas pour un Menteur.
Après un léger fbmmeil ,
Pichonet > préoccupé de ce
qu'il avoit à faire dans le Pa^
lais de Méniade, s'énreiila com-
me en fur^t. Seigneur , s'é^
çria-t*il i en.sadreÛant.à £b*
iQadès , le Soleil eft plus dili-
gent que nous > &i&je ne me
trompe , il nous acci^ de pa^
re/Iê. Je pouzsx)is lui repro*
cher là Henné, lui dit le Prince:
de Caftille , car je prenois le
frais à cette fenêtre av^ qu il
parût iiir rHorifbmi' Amour
eft un vrai Reveille-^matin , lui
répondit Pichonet ^ fi Bacchus
réveilloit comme lui , f aurois
déjà avancé mes afiàires auprès
du Hoi de Salerne» Je vas ré-
<r de Ctarmonde, i Jp
parer le tems perdu , continua-
t'il , de s'étant habillé promp-
tement , il pria Clamàdès.de
ne pas s'impatienter en atten-
dant {on retour. Pendant Ion
âbiènce , ce Prince rappellanc
à fà méniôire le plaiiir qu il
avoit eu en enlevant Clar-
Aïonde du palais de Camuan-i
te, jugeoit de celui qu'il alloit
avoir en tàtireht des mains de
Méniàde. La fimilitude de ces
deux plaifirs T^blorboit , pour
ainfi dire , dans une fi douce
rêverie, qu'il ne s*appercevoic
pas que deux heures s'étoient
écoulées fans que, Pfchonèt'
f&t revenu lui rendre compte
de fà miflion > il ne fbngeolt
même plus à lui quand cet ha-
bille Agent reocra dans (à
ipo AvanturesdeClûmactes
Chambre pour lui apprendre
le fuccès de fon .entreprîfe*
Seigneur , lui dit-il en Tabor-
dant y )'ai plus fait du premier
coup que je ne m etois promis.
Je n ai pas plûcoc raconté dans
TAntidiambre du Roi deux ou
trois miracles de votre façon»
qu'un de fes Officiers a couru
lui en faire le récit. Auffi-tôt
ce Prince me fait appellera me
queftionrte for ce qu'on vient
dé lui rapporter 5 & fur la
certitude que je lui donne de
votre fçavoir , il me charge
de vau§ ameneir vifitér fà Ma-
lade , ^us pronrètt^nt ' une
récompei^ prppo^ioanée au
(èrvice que vous lui rendrez ,
fi vous la rétabliflèz dans (à
première fànté. Je 1 y rétabli-r
<sr de Clarmonde. rp t
rai , lui répondit Clamadès , <Sc
quand le Roi de Saicme en ju-
gera par fes yeux , s'il croit
alors que mes foins méritent
d^être récompenfèz , je t aban-
donne dès-à-préfent ce que (a
générofîté voudra me prodi-
guer. Je n en fuis pas pour ces
fortes de prodigalités , Sei-
gneur y lui répartit Pichonet y
& avant que ce Prince en pré-
pare la diftribution , ma retrai-
te lui fera comprendre que je
n'aurai pas agi par intérêt. Dit-
pofez-vous , continua-t'il , à lui
donner la fatisfadlion qu il at-.
tend de votre Içavoir-f aire, oUi
pour mieux dire , hâtez-vous
de vous fàtisfaire vous-même
en reprenant pofleflion de
rObjet que vous auriez cher-
ïpa Avantures de Clamades
ché long-tems inutilement fans
moi, & que vous n auriez peut-
être retrouvé qu'après que le
mariage de Méniade avec
Clarmonde vous auroit mis
hors d'état de la poileder.
H ne falloit pas une remon*
trance plus prdTante pour en-
gager le Prince de CaÂille à fe
rendre auprès du Roi de Saler-
ne. Pichonet , qui lui fèrvoit
d'Introdu<5leur,le conduifit au
Palais de Méniade , & l'ayant
introdiùt dans l'Appartement
de ce Monarque : Seigneur ,
lui dit-il, voilà ce fameux Scru-
tateur des iècrets de la Natu-
re , dont je viens d'avoir l'hon-
neur de vous parler j je vous
prélènte en lui la Médecine-
Univerfelle. Sa phiUonomie,
«\Q4ta-
O" de Clar monde. 1^3
:^joûta-t'ii ^ vous répond de la
r profondeur de (à Science , & ,
fi jo(è le dire , du rétablifïe-
ment de votre Malade. Tout
• ■ ■ ■ -
jeune que ;£bit le Seigneur
.P.o(5leun, lui répondit AI éni^
;^e,fa jeuneflèiyeme prévient
îpoint contre foq Sçavoir j l'ex-
péfience m'a appris que les
^plus vieux Médecins ne font
^pai^. toujours les plu$ fçavans.
^Attaqué , continua-til , d une
'ipaladi/y dangéreufè à mon
avéoenaent à, la Couronne ,
c^^c eiî qui le R^i ^ :mpn père ,
iâjypiç ep le plgB: dô confiance
'Jbétià?^^ fa.yie , déleipérerent
.alors -de la mienne. Tant d'an-
f néesemployees à méditer leurs
'.ï^Y56?iilÇ9^^'4ppcafions oiiles
J5*.<^:^%v:çieîif juftifié leur ça-»
R
tp4 Àfiantmes de Clamadh
packé i toute la force même
de môo tempérasminent , rien
De r^mmoit leur efpérance 3 à
les entendre opiner ma mort
4coit. certaine , êc , ièlon leUr
'décifîôn , je n av^is plas ^V
-fie heure à vivre , lorf<i|U'iin de
leurs ConfriéreS', dont l'âg€ fié
lèmbloit pats encore lui avoir
donnné fe loifir d'examiner
■tous les Préce|>tes de ïon Art,
'■^St'■ d'approfondir la certitude
-Jâe fes Principes , ouvrit en
rjeur prélence un avis, qu'ils
^.tfe}ettéreÈk:s à-ce cjué je meiiiis
Imaginf depuis , à e^uiè qu ii
n'étoit pas de leur gravité (fe
déférer à l'opinion d-pn Col-
lègue , qui n^ayôit pas cèmiiie
eux blanchi fuFXjalliéà^& fiir
Ayiciéneimais s^ôMfiÉiai^àjgéf
<r de Clarmonde. rp <
|5onclre de ma vie , fi on le lait
ibic agir fuivant lès lumières,
toute ma Cour , qui en coo-
jioiâôit 1^ mérite , lans s'arrêter
^\i lentiment de ces graves
-Barbons y le preilà de lairp
tt(àge de lès talens, ■& il le £t en
«fïètavec tantd'liabileté^qu en
pe4i de jours il me rendit aux
i^œux d*un Peuple, qui le conh
ildére depuis ce tems^-làcoro-
me un Père , qui m'a ec^ei»*
drè ifne féconde fois , 4& com^
die l'Auteur de la f^icité xionc
H joiiit fous mon gouverne^
ineftc.Voijs çondevez par moa
jrécit, Seigneur Doéleur, pour»
iùivit-il , en adre£ant la paro^
ie à Clamadès , que quoiqu u«
fie ibarbe , impofante par It
JMi^oJieUJ: ^ be izous- annoncé
I p(J jévantures Je Clamadh
-pas encore pour un Médecin
. d'une expérience confommée,
& que votre phifionomie tire
moins £ur le grave pédentef-
;<}ue que fur le gai majefhieux,
: je peniè favorablement fur vo-
tre cohapte , & que je" ne ài^
iefpére pas que vous ne réiiir
fiifiez dans la guérifon que
-vous venez entreprendre, bien
•que mon jeune Médecin y ait
<^choué après avoir mis en pra*
-tiqae tout ce que (on. Art lui
:a fuggeré pour en venir à
bout. Avant que de pojiyoir
jm'en flatter , Seignejir , lui dit
le Prince de Caftille , il faut
<jue je voye la Malade » & que
je juge de l'Effet de mon re-
mède parla Cauiè de Gi mala*
(die. Alors Méniade iDijaçonta
f
6i* de Clarmond^,: fpy
qu un Boâù Tâvoèt àrtienee
à Salwne fur un' Dfagon dçt
Liège > quil ééoit décédé
quelques jours après y être ar--*
rîvéj &queçequilë rempli^
fok d'étcwinement, G eft que c6
Mortel , le . p(us difforme de
tous les Hommes , avoit inlpî-
ié une telle tendrefîè à cette
Femme , que fa mort lui avoit
coûté le dérangement de fon
dprit. J'ai entendu parler de
ce Dragon , Seigneur, lui dit
Clamadès > tout artificiel qu'il
eft 9 on lui attribue des pro-
priétés qui pourroient contri-t
Duer au deflèin que je me
propolè , & il ne fèroit pas
inutile de le faire apporter dans
le Lieu oij vous faites foigner
cette Veuve ^ afin d'effayer fi
flOO AvanturesJe Clamadh
de cette a<5ti6n, {èi)tit une joye
inexprimable d'avoir mis ct%
deux Amans à pc^rééede de-'
venir heureux. Que peniez-
vous de cette Malade > deman-
da le Roi de Saleme au Prince'
de Caftille ? Croyèz-vous pou-
voir lui procurer une prompte
guérifon ? Obfervez , Sei-
gneur , cette férénité qui fe
répand fur fon vifage à médire
qu'elle confidére ce Draigon >■
fon afpe(5l rappelle fans doute
à fà mémoire quelque événe-
ment , dont les circonftances
lui {ont agréables, & puiiqu el-
le eft encore capable dé quel-
que difcernement , je rendrai fà
tête aufîi (aine que la mienne
avec un Elixir de Soleil , dont
f ai fait l'épreuve en pareil cas
i^ de Ciarmonde, 26T
iur une des Femmes du Mo^'
gol. Vousxièz , Madame , dit-^
il à Cfermohde , qui rioit e»
effet autant de l'entendre par--
1er de la forte que de voir Me-
niade l'écouter fërieufèmentk-
Fourqùoi ne rirois-je pas, lui
répondit la Princefle de ToP
cane ? Puis-je avoir une occa-
fion de rire plus favorable ?
Me permettrez - vous , Mada-
lise > lui' répartit Clamadès , de-
vous demander le fùjet de vos
ris? Votre folie, lui répliqua
Clarmohde , pour mieux abu-
fer Méniade , & c'en eft une
àflcz'réjouiiîànteque de vous
voir vous flatter d'être plus
raifbnnable que moi. Si vous
m'en croyez , continua-t'elle ,
vous raccommoderez votre
iôl Avantures deCtamadès
tête (ans vous ^aibaraâjbr def
ritablir la miepne ^ ^ vous
ferez repaître ce Dragon f«i-
gué , qui a befoin de repren-
dre des forces , avant qwe je k
iQnonte pour aller rejoindre
flion Epoux. En achevant ces?
jàaroles , elle s'appracha du
Dragon y & pendant qu elle
aflTeéioit de le careflèr pouf
aid^r à faire tonsber te Rç>i def
$alerne dans le piég0 qjie lui ;
tendpit le Prince de Caftille y
Méniade faifoit remarquer à
Clamadès la paffîon >^lente
qu'il çroyoit que le Boffî) ayoit
fait naître dans le cœur de cette
•retendue Infepiee. Elle n'ou-
>lie pdint ce Mari,Iui diïbit-il*
^ je ne conçois pas copument
%a. JV^nflre auiïi jiidepj; Savoie
C>* de Oar monde* \ 203
tCphré à une fi belle Per£>nQa
ne tendreflè . qu eUe n'auroît;
5ut - être pas eue pour u»
lomme accompli. L'ainoiu;
ft moins un efïët de la Rai^
ni que du Caprice, Seigneur^
i répondît Clamadès ^ <Sc 1q
sau-Séxe devient d'un goût
bifarre, q^ie le Mérite n eft
efque plus un objet d'atteo-»
m pour lui. Cela eft vrai «
t réplîquoic Méniade 5 mais
cabliflèz cette Malade dans
n bon fens 5 je puis vous af^
rer que l'éclat du Tr^ône ^ oià
veux la placer > n étoiq pis
ut-à-fait avant ù. démence
; qui la détemûnoit à vou-
ir me rendre heureux. Je
JUS parle de la forte, /contî-
toit-jl , pàcce qoe^ pQUf
iô4 Atfântutes de Clama Je s
peu que vous ayez féjoumé
dans mes Etats , vous ne pou-
vez ignorer que f ai deflèân.
de la couronner. Jugez , par
l'excès de fa beauté , de la
grandeur de mon amour pour
èile. Vous avez parcoiM-u h
Monde, ajoûtoit-il > ave2-vouS
vu dans aucune de fes Par-
ties un Sujet qui mérite com-
me elle toute l'afieélion d'un
Souverain ? Je n*ai rien vu de
plus charmant , Seigneur , lui
diCbit Clamadès > s'il y «voit
une Monarchie - Uni verlèlle ,
elle feroit digne d^en porter le
Sceptre. . . . Doucemeant , beau
Ja(eur,interrompitClarmonde
en revenant vers Clamadès}
dites une Houléte avec celui
qui a reçu ma foi , plutôt qtie
\
iT de Clar monde p ^o<
ce Sceptre avec un autre que
Jui. Si vous le coprioiffiez ,
pourfuivit-elle •, peut-être lou-
riez-voiïs en lui un mérite qui
ne Ce trouve point dans les au«
ixes Homm<çS j ^ ii v0us vour
lez me fèjrvif d*]£cuyer dans
mon voyage , vous jugeie;z en
le voyant , fi l'Amour m'a fa-
ciné la vûë , & fi je fuis pré-
yenù^ mal-à-propos en là fa»
veur. J'accepte remploi que
V^EXUS me propofèz , Madame 5
je ys-is préparer mon équipage
pour vous accompagner , $Q
je ne doute point que je ne
(bis bientôt obligé d'admirer
votre choix ^ 4e rendre jpfUr
ce à votre bon goût .,
Cette pj:p.meflfe d'aççom-
pagoej, i'JJicpowë d^i)s,Jpi)
I,
^208 A'Vantures Je Clamaa
âceux de *na belle Ipcor
£^ :fi:le ÇieV we A'enlevo
.ne çbercherois plus à les
:fefver. Ces ientimens ,
: gneui; , lui.répartit Clame
^^pnt fiir'^çioi iine impre
r qui redouble, mon zélé
iQcqwnt 3 & , fi j'en croi
fecret preflèntintient , je t
veraj dans mon Art le mi
Jide h rendre auni iàine
.prit gii'elIepGuvoif l'être 9
•ciue d'arriver à votr^ Coui
. dans peu de tems. . . . Ah ! 1
;^c.iier pp(5leur > interroi
, JViéniade, fi je r^rpxçpenf^
.gMeîei^&m^nt . q^>n, .a
.dVf.pnârque tel- 4e < mes . Q<
.faux qui •éloigne-^'^nefn
rocs ?f Qat^efiÇs x^m^^h
;^udquç.FfôvinqgiàjRijgft. J
F
i^ de Clar monde. 2 09
pire, concevez toute reten-
due de ma reconnoi/îance ,
quand vo|||m'auFez rendu un
fërvice plus important que le
gain d'une Bataille ou Tenlé-
vement d'une Place , puifque
ces avantages ne me font rien
en comparaifbn de la vie que
vous me conferverez en me
^4fant pofleder un Bien que
j'eftim» plus que ma Couron-
ne*
Le Roi de Salerne alloît
en Amant auflî paffionné que
ùtisfait continuer de raconter
au Prince de Caftille à quel
point ce Bien lui étoit pré-
cieux > mais il en fut détourné
par un de {es Officiers , qui
vint lui annoncer l'arrivée d'un
ËEia&ger de confidération > qui
S
310 /fvarttures de Cîamades
demandoic à lui parler. Cla<«
madès voulut le retirer. Non,
lui dit Méniade 4|||ui fentott
crokre ion amitié pour lui è
mefure qu'il (lattoit (on edlpé»
rance fur le rétablinèment de
Clarmonde , vous ne ferez
point de trop id , & vous ap-
prendrez quelques Nouvelles
du dehors qui vous ferott
peut-être plaifir. On ât entrer
l'Etranger. L*air de grandeur,
quoiqu'un peu fîwrouchcavec
lequel il aborda le Roi de Sar
lerne , annonça que ce n'étoit
pas un Homme du coinviDO.
Seigneur , lui dit-it , après l'a-
voir falué, je reriiets entre vos
fnaÎQS une Lettre du £^c de
Tofcàne , & je viens ceclainef
-en foii nom la Fnoceiie Ciat
..b
0" de Clar monde. 211
iponde f^ fille , qu'un de fes
Rayifeur^j, mort dans cette
Vilk^y^a lailTée, & que vous
retenez en Ipconnuë dans vo-
tre Palais , fans autre recom-
mandation auprès de vous que
QçUe'de fa beaujré.; A ce récit,
Çlamadès demeura faifi d'é-
toranement , & loin que cette
JSIouvelle lui fit plaifir, comme
ilavôit crû Méniade , elle le
'"^xx^, dans une confternation-
qui penià le déconcerter. Pen»
dànt cç tems-^là , le Roi de Sa-*
lernQ Ufoit la Lettre du Duc
4e Xofîb^e , & en la lifant , là
joie de i>0 s'être pas trompa
4ans fà eônje61:ure fur l'Origi-
ne de fa çherelpcpnnijë fè ma-
nïieikoït f) hïçti par d'agi^^ables
fotf^ a qii'il . jfe^mbloiç que fa
114 ^V'antures de Clamades
avoueriez - vous alors que
lô Droit (dHpipk^klkté doit
être inviolable cke;; un Roi
magnanime. A cette fiére re-
ponie , le Koi 4^ Salerne re-
çonnoiâadt dans ;cet .Etranger
le Prince Léopatris , (Se fei-
gnant néaninoiQ$ de -ne pas le
reconnoltre : Seigneur , lui dit-
il ^y,ai»our a fes:,privii€ges,&
ipiïfaupuleifte rôfpfijfle qu'en
çertaûji cas. ie I^rpift^iQni^rypus»
me p^rle?. Au £if|)^lu/; > .pour-
{ùiviE-^,.fi Je" 6is.dtt B,pi Bar-
çaba yieoit ç}vpf<^r;,l9\^rio'
ceiTe ClarrHon4@i3 nous; ;le: :re'
çevron^.d.e notr-ef: mieux > &
cous ferons en forte que.foA
Armée n^ ^e^> ristourne p^
mécontepiçe de la: notre. Ce-
O* de ClarmotjJe^ 'si i
yant point moi-même enlevé
(à Maîtrei^ , il m&femble qu a^
vant que de tourner .fès Arme*
contre moi , fbo premier foin
devrait être de la demander à
/on Kaviilèur, & d'eilayier^
dans un Combat particulier ^ à
tirer raifbn de l'injure qull e»
a reçâë par cet enlèvements
Léopatris n auroit pas befoia
de .confeil> Seigneur, lui r^
pondit l'Etranger, fi le, Prince
Clamadès étoit en Caj[lilley
jxiais il n a pas jugé à propos
jdeT y .attendre. II falloit, liû
repartit Méniade , qu'il lui fîc
/çavoiu fon deffein avant qa'if
en partît? peut-être même lui
-auroit-il épargné une partie
do cKomtn. Au refte,i.cpiiii:F
inua-t'il ^' ce Prince neutaclliB
±t6 Avcintur^s deClamades
point ia marche & le bittic
de fes a<ftiôns héroïques a tou-
jours afiez indiqué les Lieux
où on pouvoit le trouver. Il
ne faut pas toujours s'en rap-
porter à la Renommée , Sei-
gneur, lui répliqua l'Etrangerj
elle amplifie fouvent ce qu'elle
raconte , 6c on en rabat quel*
quefois quand on approfondit
•mi qu elle publie. On pourroit
en {çavoir quelque chofe de
précis , lui dit modeftement
Clamadès , qui n'en étoit pas
connu perfbnnellement , fi on
s'informoit de ceux qui vien-
nent de la Grèce de ce qu'il
y faifbit il y a quelques mois.
iQuand j'en partis, continua-
-t'il, il refufoit les marques
^dr'honneur que \çs Gttcs lui
of&oiecc
. iS" de Cîar monde. * il'f
offroient pour les vidloires
qu'il venoit de leur faire reiti*
porter fîir un formidable Ern
nemi. Quoi qu'il en lbit,pour-*
iuivit Méniade, le Prince Léo-i
patris n'ayant pas fùivi à la
trace le Prince Clamadès>»
comme celui-ci fuit le Roi
Cropardo , qu'il croit encore
vivant, s'il dépendoît de mot
de remettre la PrincefTe Clar-
inonde à l'un de ces deux Ri*
vaux , je le ferois en faveur dut
J^rince de Caftille , comme le
plus généreux , & par conf é«
quent comme celui qui mé^
rîteioit mieux de la pofleder.
3Vlais,ajouta-t*il,en portant tour
jours la parole à l'Etranger/ans
Vous iaîre perdre ici un tems
que vous pouvez emj loyer
T
ai8 Avantures Je Clama4h
plus utilement ailleurs, retour-
fiez en Tofcaoe informer le
Duc Carhuaote des diipofi-
tions où vous m'avez trouvé
au fùjet de la Princeilè Clar^'
inonde 5 de mon c6cé, je vais
^'inllruire de mes intentioo5.
Si elles lui font convenables ,
i'épouferai la Princeâè en at*
iendant les Troupes du Roi
Barcaba > & fi elles ne lui con-
viennent point, je ne laiâerù
pas que de la faire Heine , pen*
dant qu il joindra fes Forces à
-celles de ion Allié pour vedi
me châtier d avoir couronoé
ià Fille contre ià volonté.
Après que TEtranger fè &t
retiré : Je renvoyé , dit M4-
niade à Çlamadès, xtn Coih
carrent pea fadsÊut de oia lé*
iSt Je Clarmonde, -2 19
ception > une vivacité , qui lui
eftéçbapée,me la fait recon*
Moltis pour le Prince Lëopa-
: tris $ mais fà conduite à Tégard
: du Prince de Caftille ne me
donnant pas une idée avanta-
geufè de ù. valeur, je n ai point
-Voulu lui marquer que fbn
emportement me découvroic
la Qualité , afin de n'être pas
obligé de le traiter plus no*
jiorablemènt qu il ne le mérî-
-toit; Lia Lettre» qu'il m'a re-
:Éni£e , m'apprend en détail ce
que je ne fçavois que confu*
-ément. Avant que de connoî-
ire par moi-même , continua-»
t'il» qu^ fât £ peu digne de
• la Princeflè de Tofcane , ayaac
.«iil ctire quelle eft extrême-
belle , je plaignois b^
3 lO Avantures de Clamadh
malheureux fort , & je voulois
prefque dii mai au Prince Cla*
madès de la lui avoir enlevée
au moment qu'il fè fiattoit
d'en devenir le Poflèfïèuri
mais je change de fènciment,
& je lui fçais boa gré d'avxjir
emmené cette Princeflê en
Caftille , & encore plus d'à*
voir , en y arrivant 5 donné im-
prudemment ôcdalion au Koi
a Ungarie de me la remettre
entreies mains. Je fiûs^ pour-
fuivit-il , reïolu de gardertoe
précieux Dépôt j les menaces
• du Prince Léopatris n allar"
ment point mon amout 5 la
réclamation- du Duc. GarBU-
ante ne l'intimide pas davan-
tage 5 leurs Ai-mées , tfêjà iiir
me$ Ytom^t^^ » n ea f eiroidi^
\.
ir de CUrmondet aîr
roient aucunement l'ardeur ,
Se pour le làtisfaire à quelque
prix que ce puifle être, tra-
vaillez,SeigneurDo(5leur, tra-
vailbz promptement à mettre
la Princeiiè eh état de prendre
place dans mon Trône. Car-
çuante l'y (cachant a(nie,ajoU'i
ta-t*il , ie trouvera par- là dé-
gagé de (à .promefle envers le
Koi Barcaba > il n'aura plus de
zaifbns alors^ pc^^r armer en
&veur d'un Prince au^el il
ce pourra plus donner â^'ille,
St pacifiant ainû les troubles
qui pourroient altérer la tran-
quUité de mes Sujets, je joiiirai
Êns inquiétude de l'Objet a-
dorable .que le bon Clamadès
prend inutilement la peine de
eher cher où il ne le recontr va
T iij
ail Jvanturts de Clamâmes
pas. J'ai eu rbonneur de vous
le dire , Seigneur » Tm répon-
dit le Prince de Caflille 9 fe^
père rendre en peu de tems
i'efprit de la Princeâè auifi
fàin qu elle lavoit eni arrivant
à votre Cour , & pour épar-
gner au Peuple de Salerne la
crainte àfi Armes de vos En-
nemis liguez , je vai&preflèr
mt.% opérations avec : autant
de diligencçAqueF iîi|a9rois à
les C|^dre moi-même.
Alra-tôtque Clamadèsfiit
ibrti de l'Appartement de Mé»
lïiade , & qu'il fè vit en liberté
de s'entretenir avec Pichonet:
Que penfes-tu, lui demanda-
t*il, de ce qui vient de fe pat
ièr (bus tes yeux ? Deux cho-
ies lui répondit ce fîdelle Con-
fident. La première , que vous
O* Je Clarmonde* a a
avez déjà remis la Prince
de Tofcane en* fbn bon ièns $
la féconde , que vous metcrea
bientôc Léopatris d'accord
avec Méniade , en tranfpox^
tant enCaftilie le Sujet qui eau-*
fe leur différend. Il y en a une
troifiéme , lui répartit Clama"
dès , à laquelle tu ne fais pas
attention , Se fur laquelle en
effet ta Profefllon te difpenfè
4'en feire. As-tu pris garde,con*
cinua-t'il, avec quel rabaifle^
ment Léopatris a parlé de moi
à Méniade f Dans une conjonc*
ture moins favorable pour lui»
jelut aurois appris à mefurer Ces
expredionSy & putfqu il refufè
de conformer fonlangage à ce-
lui de la Renommée, je veux j
pour l'obliger une autre fois à
^^4 ^vanturesJeClamaJfs
en tenir un plus décent , aller
lever Tes douces fur la gloire
que je me iuis acquife. Ah!
Seigneur , s'écria Pichonet , à
quoi voulçz-vous vous expo*
ier ? Si la jaloufie porte Léo*
patrîs à ne pas vous rendre
jullice, de quelle confèquence
vous eil Ion iuffrage ? Celui
du refte du Monde ne vous
fùflit-il pas ? Iriez-vous , par
un éclat hors de faifon , ap-
prendre à Méniade qui vous
êtes ? & la PrincefTe de Tôt
canne vous fçauroit - elle gré
de lavoir laifTée au pouvoir
du Roi de Saleme pour avoic
voulu , par un point d'honneitf
chimérique , faire connoître
au Fils du Roi Barcaba , qu'il
n'aura pas impunément rabail^
^^ é
tr de Clarmonde. a 2 y
Ce leis exploits du Prince de Ça-
ftille ? Seigneur , continua-t'il ,
on die dans mon Païs que les
plus courts emportemens Ibpt
Îqs meilleurs , Se c'en leroic un,
dont vous auriez le loidr dé
vous repentir , fi vous perdiez
le fruit d'une longue & péni-
ble recherche , pour vous être
piqué d'une chofe qu'un Hé-
. ros tel que vous doit mépri-
fer. Il eft vrai , lui dit Clama-
dès, après avoir un peu réflé-
chi , qu'il ne mérite que du
mépris, âc je n'acquérerois pas
. d'honneur à vaincre un Lâche
qui ne s'eft pas mis en devoir
' de me difputer (à Maitreâè.
D'ailleurs , ajoûta-t'il , je con-
çois que je perdrois plus en
perdant la Princeâè Clarmon-
%l6 Avantures de Clamadh
de y que je ne gagnerois ea
poniiTant le Prince Léopatris.
Cette réflexion faite , Clama»
dès rentra dans Ion Auberge,
on ne voulant pas dîner avec
la Compagnie du fbir précé^
dent » il fe fit (eivir dans ià
Chambre , & il y traita Picho-
net comme un Confèiller,
dont les avis fembloient mé*
riter un Iplendide régal.
Pendant que le Prince dô
Çaftille s'entretenoit avec lui
fur la (àtisfaétion qu il auroit
bientôt de rétablir la paix en-
tre Méniade & Léopatris , la
Princeiîê de Tofcane , qui
ïgnoroit ce qui s*étoic palTé *
dans l'Appartement du Roi de
Salerne , n'alpiroit qu au rno-
ment de' (è voir hors de ià
ir de Clar monde. 1T7
puiflànce. Néanmoins, de peur
que les Dames aufquelles ce
Prince en a voit confié la gar-
de , ne s'apperçûlîent que Ion
e^ric écoic en un état plus
oranquille que de coutume , à^
voulant toujours joiier le Per->
- fi>nnage qu'elle joiioit depuis
long-tems , elle leur tenoit des
difcours qui les empêchoient
de i^ti appercevoir , & «n
isi&i\x. même quelques - uns ^
dont les équivoques leur fem-
bloient fi divertilîàntes , qu el--
les en rioient avec tant d'éclat^
que Méniade vint lui-même
pour fçavoir le fiijet de ces
«s extraordinaires. Trouvez-
^vous étrange , lui dit Clar-
inonde , que àos Femmes ,
dont le cerveau n'efl: rempli
ftlS Avantttres Je ClamûSt
que de vapeurs , fè laiiTent
emporter à des laillies extra*
vagantes ? Il y a deux heures
que je les exorciiè Se que je
conjure les Silphes de les laif»
ièr joiiir de leur raifbn , & mes
conjurations excitent ces Ef-
prits aërieûs à les rendre en-
core plus déraifbnnables. Si
vous avez plus de crédit que
moi fur ces mêmes Efprits ,
çontinua-t elle, vous ferez une
action loiiable en l'employant
pour que ces Folles reviennent
en leur bon fens. De nouveax
éclats de rire iè ièroient éle-
vez alors fans la préfènce du
Roi> mais ce Prince ne paroif*
{ànt pas fatisfait de ce qu'on
lui avoit manqué de refpedl^^en
la perfonne de Clarmonde »
<y de Clar monde, 2 ip
ces Dames reprirent un air ië-
rieux , & toutes gardèrent uti
profond filençe. Les voyant
ainfi déconcertées , Clarmon-»
de ie plailoit à joiiir de leur
mortification. Il faut , difoic-
elle à Méhiade , que vous les
aye? enc^hantées h les voilà im»
mobiles conime des Statues.
Que je vous en fuis obligée j
continuoit-elle i inon Dragon
y oys en doit des renaercîmens >
Je. pauvre Animal , qui a be-
{bin de repos , n'a pas fermé
Foeil 'pendant leur tintanjare,
. Iil.peut repofer préfentemeptj
Madame , lui'd t Méniade, en
jla regardant tiift-pient malgré
ion efpérance de la voir bien-
tôt; rétablie , & on fira enforte
4» oç ,;P^i îfiWPJiiprç ion
2 3 û Avantures Je Cfamadh '
fbmmeil. Il auroit bien voulu
lui faire part de k Lettre qu'il
:&voit reçue du Doc de Tof-
cane 5 mais ne croyant pas de-
voir* lui rappeller dans l'état
où elle paroi/Ibit être l^fbu-
•venir dii Prince de CafiiUe,
de peur d'empêcher TefFet des
Remèdes du nouveau Doc-
teur , il remit à lui en patler
après quils auroient opérés.
Que cet Homme, difoit-ilen
(bi-même , employé de tems à
les préparer !
Dans le moment qu'il coîCf
•jnençoit à s'impatienter , Cla-
madès , qui S'étoit occupé
après fbn dîner à compoler
une Liqueur , telle qu elle lui
vint dans l'imagination ,êcz
écrire un Billet ^u il vouloir
(St deCîarmonde. 231
remettre adroitement à Clar-
monde , entra fùivi dé Picho-
nec dans l'Appartement de
Méniade , & ce Prince, en
ayant été averti , revint pour
içavoir s'il apportoit le Médi-
cament qu'il avoit promis. Sei-
gneur , lui dit Clamadès en lui
préfentant une Phiole de Gri-
llai, voilà cet £lixir de Soleil >
ce Tréfor de Propriétés lurna-
turelles. Si la différence dii
Climat , continua-t'il , n'en a
point ^teré la vertu , vous en
connoîtrez bientôt le merveil-
leux , & j efpére que la Prin-
cefïè ne tat dera pas à juger par
elle - même de (on efficacité
4ans les Maladies femblables
à celle dont elle eft attaquée.
<2wand une trentaine de Pé-
a 3 1 Jvantures de Cîamadh
grés , remontra Pichonet , qui
iéparent peut-être notre Zone
de celle du Mogol , auroient
un peu aftoibli la force de cet
Elixir , il n'en doit pas moinj
produire ici fbn efïèt, parce
que les Cerveaux étant très-
compaéles dans cette Partie
de l'Orient , il n*eft pas nécef- 1
faire qu il foit fi raréfié pour
agir fur les nôtres qui font
moins condenfez. D*où l'on
peut vraiiemblablement con-
clure , ajouta- t'il , qu*U aura
toujours une puifiânce aflèz
virtuelle- pour opérer fur la
Piincefïè comme il a fait lur la
Sultane. Si ce Beméde , dit
Méniade à Clamadès , remet
la belle Clarmonde en état de
mê rendre le plus heureux'
Frioce
Cr de Clarmomîe, 233
Prince de la Terre , j'en ai un
autre qui vous rendra l'Homt*
me le plus fortuné de mon
Boyaume , fi vous voulez y
fixer votre féjour. Mais , con«
tinua-t'il, comment ferez-vous
ufàge de cet Ëlixir f La P|p
celle ne {è rend (buvent ni
aux prières ni aux menaces
quand on lui prélènte des Mé-
dicamens 5 elle en a une telle
averfion , que la moindre va-
peur qui en exhale la fait tom-
ber en foibleflè, & on a tou-
jours été contraint d'ufèr de
violence pour lui faire prendre
ceux que l'on croyôit propres
à (k guérifon. Celui - ci , Sei-
gneur , lui répondit Clamadès ,
eft tellement épuré de ce qui
,corrompt le goût des autres ,
V
334 -Âvantures de Clamadts
qu Û n en (bit qu'une odeur
niave , de il contient en lui une
Qualité (Impathique qui porte
le Malade à le prendre avec
quelque forte- de délégation,
j^fbns-en pron:>pcement Tex-
MPence , lui répartit Ménia-
de , & en continuant de loiier
la (ingularité de (on Elixir , il
le mepa dans la Cliambre de
la Princeiîè de Tofbane.
Le calme règnoit dans cette
Chambre, lorfqu ils y entrè-
rent 5 on n*y rioit plus des fo*
lies deTInconnuë, quoiquel'
le eût aflfèélé d'en faire de dif-
férentes efpéces pendant que
Méniade s'entretenoit arec
Clamadès. Ils la trouvèrent
^fè fur un CouHîn auprès de
£on Dragon qu die feignoit
• \
(T de Oarmondt. 13 ^
de flatter pour Tengager à
manger un MaiTe-pain quelle
lui préfèntoiit. Dès qu elle ap*
perçue fon cher Clamadès :
£tes-yous.prêc , lui demanda*
t'elle , pour m'accompagner
dsuis mon voyage ? Oui , Ma?
dame , lui répondit le Prince
de Caftille , & nous partirons^
ajouta- t'il en lut montrant la
Plûole de Criftal > quand vous
aurez DOS de cette Liqueur ,
qui a. la vertu de faire faire
beaucoup de cihemin fàos £0
£ktiguer. Tout de bon ! lui
dit la Prmceâè de Tofcane 1
voyons x^e que dék* Clama-
dès lui préfentant aufG-tôt la
Phiole : Ah I s'écria-c elle en
la débouchant^ quelle agréar.
ble cbofè à ièntir I Elle ett
a ^6 jivantures deClamadh
core plus agréable à boire ,
Madame , lui dit Clamadès)
& vous me remercîrez à votre
arrivée de vous en avoir fait
prendre avant que de partir.
Quelle délicieulè Liqueur!
sécria-t*elle encore après la-
voir goûtée 5 il faut que mon
Dragon en boive une partie j
cela lui donnera du courage,
&. f en embraâèrai plutôt mon
Epoux. Gardez-vous , flizdar
me., lui dit Clamadès , delà
lui faire feulement flairer > ce
^ui vous eft propre lui efl con-
traire , & vous n'en tireriez
plus de fèrvice, Maif , conti-
nua-t'il , fai une Eiîènce qui
lui efl convenable , & quand
■je lui en aurai parfumé les aï-
îes, il fera aufîi frais en arrivant
<ff de Cîar monde, lyf
ou vous voulez aller , que s'il
s'étoic repofè durant quinze
jours. Il ne faut pas non pluf ,
ajouta -t*il , que vous buviez
cette Liqueur d une feule îov& 5
la trop grande quantité vous
/èroit nuifible , & la Doiè ,
pour qu'elle opère efficace-
ment , eft de trois à quatre
goûtes dans un peu d'eau. Ceft
dommage , Im répondit Clar-
monde en le voyant deman-
der un verre , d'en altérer ainfî
la (ùavité 5 il me (èmble que
je la boirois pure fans qu'elle
me causât aucune incommo-i
êèxki Emerveillé de ce qu'il
Voyoit , Méniade s'imaginoit
Jjii'il y avoit effèéHvemenc
dans cette Liqueur une Qua-
fité fimpathiqiie, comme Cla^
a 3 s Avantures de Clamades
madès le lui avoit fait enten-
dre y il commençoit à fe for-
mer des préjugés favorables ,
& il fè fèntoit déjà de la dif-
poiltion à croire que le Méde-
cin , qui Tavoit ramené de la
mort à la vie , n étoit pas d'un
mérite égal à celui de ion pré'
tendu Do6leur. £n prélèntant
à Clarmonde la Potion prépa-
rée , Clamadès prît il bien fes
mefùres > qu'il lui gliiïà dans
la main , fans que perfbnne s'en
apperçût, le Billet qui devoir
rinftnîire du nouveau Perfbn-
nage qu elle avoit à joiier pour
amufer Méniade Se tromper
Çss Surveillantes. Cela efl ex-
cellent , lui dit-elle après avoir
bû > fi vous m'en donnez fou-
vent pendant la route » vous
<f de Clarmonde. 17^
n obligerez pas une Ingrate.
Vous n'en manquerez point ,
Madame , lui répondit Clama-
dès , & je vais chercher TEC»
fence dont je vous ai parlé
pour votre Dragon, Ne tardez
donc pas , lui recommanda
Clarmonde 5 je veux me met-»
tre en marche dans le mo-
ment 5 je naimerois pas à me
trouver de nuit dans la Cam-
pagne. Si mon Remède opère
heureufement , dit le Prince
de Caftille au Roi de Salerne
en fortant de chez la Princeflè
de Tofcane, fon voyage doit
aboutir à un ailbupiâement >
qui fè terminera par un com-
mencement de quiétude dans
iès Sens agitez , & de peur
qu'on ' ne trouble le fbnuneil
I
a 40 Avantures de Clama Jès
qui doit fui vre néceâàirement,
il fèroit bon de recirer d'au-
près d'elle les Dames dont les
bons offices ne lui feront uti*
les que vers le fbir. Sur c6
qu'il ailùra qu'il n'y avoir rien
à craindre en abandonnant la
Princeiïè à fès propres mou-
vemens , Méniade leur dit de
la laiilèr feule jufqu à nouvel
ordre , & é\.QS furent prendre
le repos dont elles, avoieot au-
tant befbin que la feinte In&n-
fée qui les tourmentoit impi-
toyablement.
Il y ayoit alors dans le Ca-
binet du Roi de Saleme un
Minifbre d'Etat, qui attendoic
le retour de ce Prince. Sâ-
gneur , lui dit-il en le voyant 1
entrer accompagné de Cla- 1
Ct* de CI ar monde. 241
madès, je viens de recevoir
un avis important ou frivole i
on voit depuis le point du
jour , m'écrit-on , fe ralîembler
{ur la Frontière des pelotons
de Soldats , qui forment infen-
fiblement un Corps de Trou-
pes y & on ajoute qu'on n'at-
tend qu'un certain Léopatris,
appuyé de quelques-uns de
vos Ennemis, pour entrer à
leur tcte dans votre Royaume,
fi vous refufez de remettre
entre (es mains la fille du Duc
de Tofcane, qu'un infâme Ra-
vifîeur a laifïée entrées vôtres.
Mais ne connoifîànt point ici
de Princefïe étrangère , ajou-
ta-t'il, je ne conçois rien à
l'avis qu'on me donne j mais ,
tel qu'il foit , je vous le com-»
iAi Àvantures Je C iamatîès
munique , Seigneur , pour I
tisfaire aux devoirs de TE
©loi dont voios m'honnor
Ce que vous me raconte
lui répondit Méniade , a <
rapport avec le difcours q
m'a tenu le Prince Léopat
li^-même fur le refus que
lui ai fait' ce matin de rend
au Doc dé Tofcane la Pri
cefiè , que toute incotmi
qu elle m*ait été julqua .<
ep'il m*en ait eu appris loi
gine, j'ai réfolu d'époufer <
con lentement de mes Eta
Le bruit Vêtant répandu qi
je veux la couronner > ce Prî
ce , à qui elle a été proînifè,
(ans doute pris desprécautio
pour me faire changer de v<
lonté 5 mais viendroit-il aY(
<r de Clar monde. 1 43
la Hamme & le fer me la de-
mander ju{ques dans nos mu*,
railles , je ne la lui abandon-
nerois qu après y avoir verfé
la dernière gouce de mon fàng,
Ainfi , continua-t'il , ne négli-»
. geons rien dans cette conjonc**
ture , & prévenons un Rival
amoureux & jaloux en lui
oppofànt une Armée qui rende
vaine fbn entreprifè ,& lui faflè
V perdre lelperance de réullir
dans fbn deflèin. Vous , Sei-^
gneur Do(5leur, dit-il à Clama-'
dès,ayez foin,pendant que j'en-»
voyerai mes ordres à mes Gé-»
âéraux,de voir dans quelques
lieures fi votre Elixir aura pro»
dult ce que vous en efpérez.
Le Prince de Caftille s'é»
tant retiré» le Roi de Salerne
244 A.'Vantures de Clamadh
s'enferma avec fon Miniftre,
te pendant qu il lui failbit ex-
pédier fes Dépêches , la Pritt-
cefle de Tofcane fè trouvant
en liberté de lire le Billet de
Clamadès , elle y apprit cô
qu'elle avoit à faire pour lui
faciliter le moyen de l'enlever
de la Cour de Méniade. Quoi-
que depuis mon enlèvement
aux environs de Séville , difbit-
elle en^ loi-même , j'aye fait
une elpéce de divorce avec
le Sommeil , il faut que nous
nous raccommodions enfèm-
ble , s'il eft poffible 5 quelques
momens de commerce avec
lui m'épargneront une partie
de l'impatience où je fuis de
me voir hors de ces Lieux.
Quand elle fè fut étendue le
l
is^ Je Clar monde, 2^'y
long d'un riche Tapis , la tête
appuyée fur un Gpuflin , elle
eut .durant quelque tems de la
peine à s'aflbupir > l'idée de
. Clanûdès retrouvé la flattoit
il agréablement , quelle ne
pouvoit clore (es belles pau-
pières > cependant , étant obli-
gée, fuivant fbn inilruélion,
de feindre de dormir , elle par-
vint enfin à gagner fur elle çls
fermer les yeux , & s'endor-
mit effectivement avant que
Clamadès fut revenu s'infor-
mer de l'effet de Ton préten-
.du Remède. En rentrant dans
le Palais , une des Dames ,
jcommifes à la garde de la Prin-
cefîè , qui étoit allée obfèrver
ce quelle faifbit , lui apprit
qu'elle repofoit tranquile-
2/^6 Avantttres de ClamaJès
ment. Méniade en fut informé
après qu il eut achevé fes Ex-
E éditions, & ordonné d'aflèm-
1er fon Confèil. Cette heu-
reufeNouvelle fe répand au(5-
tôt parmi les Courtifons, cha-
cun vient en témoigner (a joie
au Roi, qui en reflènt lui-mê-
me ime fi vive, qu'il veut aller
à fon tour voir fà chère Clar-
monde repofèr pour la pre-
mière fois depuis qu'elle eft
en démence. Il entre douce-
ment dans fàCharribre de peur
d'interrompre fon- repos > il
contemple de loin fès char-
mes renaiflàns 5 il s'apperçoit
que (es couleurs, à demi étein-
tes par une longue inibmnie,
reprennent leur premier éclat.
Ah! Seigneur Do(5leur, dit-il
ijr de ChrmonJe. 247
. tout bas à Clamadès , vous
; remporterez la Palme j vous
; convaincrez d'ignorance mes
; ~ plus habiles Médecins. £lle
1, proféré quelques paroles,
âjouta-t*il 5 un Songe agréabl*
j Tôçcupe (ans doute puifqu'il
. n'y entre point d'emportement.
G^ft une preuve évidente.
Seigneur, lui repondit Clama-
dès, que fès Sens comnien-
cent à n^ctre plus dans cette
agitation qui la rendoit com-
me furieufe. Approchons -en
. iin peu pius , lui dit encore
, Méniade j Sc tâchons de dé-
mêler, . . . Qu entens-je !. , . Me
trompai-je?....NulIenient 3 c'eft
le nom de Clamadès qu'elle
articule. Retirons nous,ajouta-
t'il > elle pourroit s'éveiller ,
Xiiij-
a/^S Avantfires de Clamadh
Se ie plaindre de mon incivilité.
Que deviendrai- je , dit-il à
Clamadès, quand il fut à por-
tée de lui parler fans pouvoir
être entendu de Clarmonde;
vous cherchez à rendre mon
bonheur parfait en travaillant à
rétablir lefprit de la Princefle,
& peut-être me rendrez- vous
le plus infortuné des Hom-
mes à force dé vouloir m'en
rendre le plus heureux. Un
Songe ne doit point vous al-
larmerjSeigneurJui dit le Prin-
ce de Caftille 3 ce n eft qu une
îllufîon que produifent quel-
ques vapeurs, & que le réveil
diffipe fans fbuvent qu on s'en
rappelle le fbuvenir.D'aîlleurs,
continua -t'il , vous propofèz .
une Couronne à la Princefîè,
1^^ Clamadès ne peut lui en
<sr Je Clar monde. 249
ofFfir que Teipérance. Cette
différence , pourroit nie flatter^
lui repartit Méniade , fi Clar-
monde n a voit pas pris nait
iance au pied du Trône. Pen-
dant que f ai ignoré iôn ori-
gine, j'ai crû que le mien la
rendroit favorable à mon a-
mour} mais c'eft allez qu'on
puifle y monter , pour n'en
point avoir Tempreilement ,
lorfquune Pafîîon plus puif-
(ante que TAmbition le fait
regarder d'un œil indifférent >
& je crains que Clarmonde
nait l'ame aflèz généreufè
pour ne l'envilàger que com-
me un objet qui ne doit point
balancer les intérêts /de {on
.1 .. • . • , • .
cœur. Soyez moins ingénieux,.
Seigneur, lui répliqua Clama-
à
a y O Avantures de Clamadh
dès,' à vous former des Images
qui n'ont peut-être pas de rap-
port avec le difcernement de
laPrincefîè. EUeput autrefois,
ajoûta-t'il , avoir du panchant
pour le Prince de Caftillej
mais elle peut en avoir préfen-
tement pour le Roi de Saler-
ne , & une injufte préférence
fait rarement rougir le Mérite
couronné.
Cette conversation fut in-
terrompue par un Courrier >
qui venoit, en paflant fbn che-
min , avertir Méniade que dif-
férons Corps d'Armée péné-
troientpar divers endroits dans
fbn Royaume fans qu'aucunes
Troupes fè préfèntaflênt pour
s'oppofèr à cette incurfion.Si
vous n'en faites marcher furie
<ir de Clar momie. 251
:hamp. Seigneur, lui dit -il ,
^'Ennemi vous vifîtera demain
dans votre Capitale. Mes or-
dres (ont donnez pour l'en
dilpenfer , lui répondit Mé^
nîade } cependant je vous (îiis
obligé de votre zèle , Si je
vous prie que ce Diamant, en
tirant celui qu il avoit au doigta
Vous en marque mareconnoit
(ance. Je fuis né parmi un Peu-
ple , Seigneur , lui répartit lie
Courrier, que Tefpoir des ré- -
çompénfes qe fait point agir,à
fi je fuis aflèz heureux pour ren-
contrer le Prince que je vais
chercher , vous connoîtrez
qu il (ert fans intérêt fes pareih
quan on les oppreflè. Je croy-
bis même ajouta - t'il , en ap-
prendre desNouvelIes dans vo-
2<2 Avantures de Clamâmes
tre Courjmais le nom de Cla-
madès n'y eft connu que paries
exploits. Vous étesCaftillan,lui
démanda Méniade ? Oiit , Sei-
gneur, lui répondit le Cour-
rier, & le Roi Marcadice étant
mort de fàififlèment en voyant
revenir en Caftille,{àns le Prin-
ce fbn fils , les Gens qu il lui
avoit donnez pour l'accompa-
gner dans (es voyages , je vais •
le chercher du côté de la Gré-
ce , où nous avons appris qu'il
étoic il y a quelques mois , afin
de le ramener prendre poflèf *
iGon de fbn Royaume. A ce
récit, Clamadès penlà tomber
en foiblefle 5 néanmoins il prit
afièz d'empire fur là douleur
pour ne point faire paroîtrc
îiir fbn viîàge le trouble qu el-
iS" de Clarmonde. 2 j* 3
excicoic dans ion ame > ôc
jrant bien qu il n'étoit point
:onnu par le Courrier , il ie
itenta d'écouter (es répon-
aux queftions de Méniade
s fe mêler de lui en faire au^
le. Clamadès , lui deman-
it ce Monarque , eft un Prin-
jeune & bienfait ? On le die
omme le plus accompli de
ite la Caftille , Seigneur , lui
)ondoit le Courrier 5 mais
mme mesEmplois à laGuer-
m'ont toujours éloigné de
Cour y je n'ai jamais eu la
isfaélion de le voir 5 aulE ne
us en fais-je ce rapport avan-
;eux que fur la foi de ceux
i le connoiflent , & je fuis
rfuadé que Tadulation n'a
int de part à ce qu on. lui
2 5*4 Avantures de Clamaâh
attribue de perfç<5î:ions , puif-
que la Princeflè deTofcane, la
première Beauté du Monde,
en a étéfiéperdûmentéprifè,
qu elle a confenti de le iiiivre
en Caftiile , d'où le perfide
Roi Cropardo l'ayant enlevée,
Ta rendue la caufè innocente
du défèfpoir de ce jeune Prin-
ce , de la mort du Roi Mar-
cadite,^& 6&s inquiétudes de
la Reine Do6live , qui ne fbu-
tient qu'avec peine le poids Ju
Gouvernement de l'Etat. Au
refte. Seigneur , ajouta-t'il , fi
j'ai le bonheur de trouver mon
pouveau Maître, vous jugerez
vous-même fij'éxagéreiur fon
compte , parce que je ne lui
aurai pas plutôt appris que
plufieurs Conf édérez vous ac^
ir de Clar monde. ' 2<^
[uent à la fois , que fon
ixxï magnanime le preflera
iccourir à votre fecours, &
s tiennent contre vous juC-
'à ce qu'il puifle vous offrir
1 épée,je crois qu illes mène*
comme il fit pour fbn coup
îflài cinq Monarques liguez
femble pour envahir là Caf-
le , lefquels,- après une Ba-
lle fanglante , 6ù je ne me
)uvai malheureufèment pas ,
sjardérent comme une grâce
liberté qu il leur donna de
retirer avec une poignée de
onde qui leur reftoit de cent
ille Hommes qu ils avoient
lenez avec eux , & ce fèroic
le {àtisfa(5lion pour moi , Sei-.
leur , fi le bruit dune vie*
'ire complète fur vos Enne-
2^6 Avantures de Clama Jès
mis annonçoit fôn retour à une
Mère vivement touchée de
Tabience d'un Fils qu^elle ai-
me tendrement/Allez , géné-
reux Guerrier , lui dit le Roi
de Salerne en lui donnant fà
main à baifer , aile? chercher
un Prince que vous touverez
bientôt , fi vous vous laiflez
conduire par la Renommée 3
mais quand vous l'aurez trou-
vé , remenez-le promptement
en Caftille , parce que je ne
voudrois point expofer aux
événemens dts Combats un
jeune Roi , qui doit plutôt lon-
ger à prendre les Rênes du
gouvernement de Ion Etat,
qu'à donner occafion aux A m-
bitieux de s'en laifir, & peut-
être de s'en emparer quand ils
fe
<?* de Clarmonde. 257
(è feroient rendus aflèz puif-
fans pour lui refufèr l'encrée
dans (on Royaume.
Hé bien ! Seigneur Doc-
teur , dit Méniade à Clamadès
après que le Courrier fè fut
retiré , fi une injufte préféren-
ce , comme vous me le difiez il
n y* a qu un moment , fait rare-
ment rougir le Mérite couron-
, né , de quoi pourrois-je raifbn-
nablement me flatter , mon
Rival pouvant comme moi
offrir une Couronne à la Prin-
ceflè de Tofcane , qui , fur le
rapport du CaftiUan , s*éprit fi
Bien des perfeéHons de fon
Maître, quelle quitta le Pa-
lais de fon Père pour le fui-
vre,quoique promife au Prince
Léopatri^ , en qui nous avons
Y
2^ s Avantures deClatnadh
remarqué une aflèz belle phi-
fionomie Se une repréfèntation
ailèz majefhieufe pour ne de-
voir pas en être méprifë ? Vo-
tre modeftie , Seigneur ; lui ré-
pondit Clamadès , vous fei"-
me les yeux fur la différence
cîe votre mérite à celui da
Prince Léopatris , & s'il m'é-
toit permis d'expofèr libre-
ment mon lèntiment (ùr cette
différence , je dirois volontiers
que Clàrmonde vous auroit
préféré à Léopatris , fi elle
vous avoit connu avant Cla-
madès , & que revienuë en Ton
bon fens elle préférera à fon
tour le Roi de Salerne au
Prince de Caltille , dont elle
•doit ignorer le changement de
fortune jufqu à ctf qu'elle fè
ib" de QarMônde. H^p
bit mife , eir vous engageant
à foi , dans le cas de ne pas
.mbitiohner fa Couronne. Je
n'y (èrois mal pris , lui répon*
lit Méniade , fi y pour cacher
la Princefle ce changement
le fortune, j'avoîs conientï que
5 Caftillân eût déterminé Cla-
ladès à venir me fècourir } ce
ouveau Monarque informé
u motif qui porte le Prince
iéopatris à meËike la guerre>
2 fèroit gardé de combattre
our faire pancher la yi(5toi-
ï dû côté de (es Hivàux »
?n véritable intérêt étant de
î$ laîfïêr fe déittiirelnn par
autre, & lia Princefle de ToC-
aine , alors, rétablie par vos
>ihs , le {cachant dans m«
lour avant que dé m'avoii
200 Avàntures de Clamadh
donné fà mâin> n'auroit pas
manqué de mettre Léppatris
d'accord avec moi en lè don-
nant à Clamadès. Mais , Sei- .
gneur , lui répliqua le préten-
du Médecin, la Prince£^, gar-
dée dans votre Palais, n'auroit
pu décider de fbn fort contre
votre volonté , & le pire qui
fer oit arrivé de la venue de
Clamadès dans vos Etats,
ç auroit été , après vous avoir
aidé à en chaiTer votre Enne-
mi, de vous propoéèr enfuite,
comme Roi , un combat Çat-
ffulier, en convenant avec vous
que Clarmonde feroit le prix
du Vainqueur , ou peytrêtre....
Elle eft en mon pouvoir , Sei^
gneiu- PocSèeur , interrompit
I^éniade > le fort des Armes
<Sf de Clarm'onde. 26 1
èft journalier , & il eft telle-
ment de ma prudence de ne
point expofer mon bonheur
à £bn caprice ^ que je cou-
ronne la Princeflè avant qu-
elle apprenne que Léopatris
s'avance à la tête des Troupes
du Duc Carnuante ou de fes
Alliez^ & que Clanpadès eft
en état de monter fur le Trô-
ne de Marcadite. Mon Confèil
doit êtreaflemblé,ajouta-t'îl>
pendant que j'y délibérerai lur
ce que j'ai à faire pour répri-
mer laudaçe d'un Rival, v oy ez
laPrinccïîe àibn réveil, & em-
ployez pour (à conyalefcence
tout ce que votre Art pourra
vous fuggérer. ,\:ii
Clamadès avoit eflùyé une
rigoureufè contrainte durant
262 Avantùres de'CJamadh
cet entretien avec Méniade s
Ion amotuf pour Clarmonde
pou voit feul le contraindre à
difUmuler le trouble où Tavoit
jette la Nouvelle de la mort du
Koi fbn père , qu'il apprenoit
avoir caufée lui-même , en ne
revenant pas à fà Cour avec
les Gens qu'il lui avoit donnez
pour Taccompagnier dans la
recherche de la Princefîè de
Tofcane. Quel reproche n'ai-
je^oint à me faire , difbit-il à
Pichonet , d'avoir été aflez
imprudent pour ne pas pré-
voir qu'en me féparânt de mes
Gardes àyeniiè,'ils ne rnan-
queroient pas d'allarmer un fi
bon Prince en entrknt dans Se-
ville iàhs pouvoir lui rendre
compte de ce que je fèrois
<S de Clar monde. 26^
' devenu ? & dans quel deief^
poir n ai-je point précipité la
Reine en lui faifant perdre un
Epoux quelle avoit préféré à
tant de Rois qui lui en avoîent
difputé le cœur ? Elle ne fur-
vivra point à (a perte > elle aura
réuni fes cendres aux fîennes
avant mon retour en Caftille ,
&; ma tendrelîè pour lun Sc
pour Tautre me reprochera
toujours que mon imprudence
leur aura enfoncé le poignard
dans le (ein. 3e-prenois part à
votre douloureufe fituàtîon;^
Seigneur, lui répondoit Picho-
net , & faurôis fouhaité que
Méniade ne vous eût pas obli-
gé fi long-tems à retenir des
larmes que je voyois prêtes à
couler. Vous ne devez point ,
•26^ A vantures de Clama Jès
ajouta-t'il, vous amufèr à en
répandre dans ces Lieux 5 il
faut aller faire ceflèr celles de
la Reine votre mère , & fi vous
ne pouvez vous réfoudre à
partir fans la Prinçelîè , pro
fîtez de la confiifion qui pourra
régner ici à l'approche de Léo-
patris, Se fuyez avec elle dans
le tems que Méniade (èra plus
occupé de (à deflfenlè que de
fon amour. Les Femmes, corn-
miles à veiller fur Claroionde,
lui répartit Clamadès , ren-
dront cette fiiite difficile , &
il n'eft pas en mon pouvoir de
m'aflûrer d'elles comme des
Filles que Durbans m'aida à
garantir du dernier fupplice.
Cependant , continua - t'il , il
faudra faire enforte de fiirpren-
dre
O* de Cîarmonde, 26 f
SiQ leur vigilance 5 heureufè-
inent Méniade me permet de
.' vifîter librement la Princefîè.
Si cette liberté peut favorifèr
. mon deflèin , j'irai prompte^
jnent donner à ma Mère & a
^ jmon Peuple la fatisfa<5lion de
■ me revoir , & j'accorderai mes
: Rivaux en enlevant avec moï
; le Sujet qui caufe leur divi-
: fion. Ce qui me furprerid d'au--
: tant plus , mon cher Pichonèt ,
c'eft que fçachantrun& l'autre
que la PrinceiTe m'a aflez efti-
. jné pour me fuivre.en Caflil-
. le , ils paflènt fur cet Evéne-
inent , & veulent , làns àue
leur délicatelTe en prenne l'ai- ■
larme , facrifîer des milliers
d'Hommes & peut-être le là-
crifier Eux-mêmes pour la poC
i66 Avantttres de Clamants
féder. Us regardent cette dé-
marche de la Princeflè , lia
obferva Pichonet , comme
l'effet de la violence que Car-
nuante faifoic à fbn inclina*
don , & la fource de fon iàï\g
leur répond de^ fà vertu. En-
trons cnez ma belle Clarmon-
de, lui dit Clamadès,^ voyons
fi elle repofe encore , ou , fi
étant évefllée, elle penfè à moi
comme elle y fongeoit durant
■fon fommeil.
En fè préfènfant à la porte
de (à Chambre , une <\ts Fem-
mes , qui en gardoit Tentrée,
lui fit figne d'avancer , & lui
dit que fa Malade paroiiToit
plus tranquille depuis qu elle
avoit dormi. Clamadès eut
9k>ï$ occafion de s'entretenir
iS" de C^ffftonde. i6y
quelque tems avec la Prin-
cefle , fès Surveillantes n ayanç
_ été averties de £è rendre au-
près d'elle qu après qu'il eut çu
le loifir de lui apprendre ce
qui (è paflbit entre Méniade
& Léopatris , & ce qui pou-
voit £è paiîèr à Séville contre
' fès intérêts. Il nous efl: impor-
' tant , lui di{bit-il , de nous ren-«
<dre au plutôt en Caftille j les
Grands peuvent y profiter de
jmon abfènce pour accroître
-leur autorité j la Régence, d'un
Royaume entre les mains d'u-
, ne Reine , que fà douleur rend
- comme infènfible à l'jidminii^
. tration des Affaires , donne
carrière à une ambition , que
je fuis obligé de contenir dans
des bornes légitimes , & \t
S.6S jivantures de Clamâmes i
Jufticè conftituant refîènce de I
la Royauté , il eft de mon de- 1
voir d'aller écarter la Faveur
de lès Tribunaux , & je répon-
drois mal aux defïèins de la
Providence , fi, en montantau j
Trône où elle m'appelle , je 1
ne faifois de cette Vertu la j
régie de mes a<?tions , & ne
Tenvifagcois comme la bafe
fur laquelle je dois appuyer
mon Gouvernement. Outre
ces motifs prefïàns, continuoit-
îl , il y eh a d'autres, belle Clar-
monde , qui ne mépre/îentpas
moins de. vous enlever de ce
Palais , comme je vous enle-
vai du Château de Vocre Père.
Léopatris peut contraindre
Méniade à vous remettre entre
{es mains 5 Méniade peut for-
\(^ Je Clar monde. l6^
ccr Léopatris à fe retirer de
fa Frontière 3 Tun de ces deux
Evénemens détermine égale-
ment rnon malheur , & je ne
pourrois l'attribuer qu à moii
imprudence > fi je babnçois à
malîurer de vous avant que
la Vic^loire fe déclare pour
Tun ou pour Tautre de mes
Goncurrens. Rien ne peut me
flatter plus agréablement, Sei-
gneur , lui répondoit la Prin-
celle de Tofcane , que Telpé-
rance d unir ma deftinée à la
vôtre r le pénible Perfonnage
que j'fai fait jufqu a préfenc^
pour ne pas vous manquer de
foi , vous découvre aflez le
fepd de. monJXOQ pour que
\^04îs fojî^e?; afcç que je vous
fiiYjfai-av۔C: -jpfe qaanki notre
Z iij
orjo Avantures de Clamadh
évafion pourra s'entreprendre
fans vous expofèr à aucun
danger. Mais , continuoit-elle,
ne pouvant faire ufàge de notre
Dragon , étant obfédéepar des
Femmes qui ne me quittent
point , quels puiflàns Ennemis
n auriez-vous pas à redouter,
fi l'un ou l'autre de vos Ri-
vaux nous (urprenoit dans no*
tre fuite ?Sans armes, ajoûtoit*
elle , de quel fecours vous fe-
roit votre courage contre un
Prince, qui , jaloux de l'em*
pire que vous avez iùr mon
cœur>vt)usièroit attaqueravec
.tant davantage, que toute vo-
tre valeur ne vous iàuveroit
jSas de Aïille Alfàillans qui vous
inviefti'roient èo-ut - à - la foi*-,
& que dèvîéndirois-jë ',• telas !
O" de Clar monde. HJX
tti voyant ce qui m'eft plus
. précieux que ma propre vi«
: tomber fous les coups du Bar-
; bare qui l'immoleroit à ion.
■ refïèntiment ? J'avoue , lui ré-»
: partoit Clamadès , qu'environ-
né de plufieurs Aflàillans , j^.
fùccomberois fous le nombre,
le Courage devenant inutile oii
les Forces le trouvent inégalesf
mais la véritable valeur n étanc
pomt téméraire , mon dellèin ,
en vous enlevant de ces Lieux,
. n eft pas de courir le rifque de
vous perdre en me perdanç
moi-même , & quelques lur-
veillantes que Ibient les Fem-
mes que Méniade à miles au-
près de vous , je compte en.
éloigner tellement celles, dont»
l'exaélitude à fuivre Tes ordre»
Z iiij
ay^ J^vantures àe ClamaSs
me deviendroir Incommo-'
de , que le refte , au lieu de
s'oppofèr à mon projet , en
preflera réxécution, en croïant
remplir fon devoir. Ces me-
mes Femmes entrant alors
dans la Chambre de Clarmon-
de , Clamadès n'acheva pas de
lui apprendre les'moyens âiont
il prétendoit fe fervir pour les
écarter d'auprès de fa perfon-
ne 5 il fe contenta de lui re-
commander de fuivre ce qu'il
lui avoît marqué dans fbn
Billet* Elle continua donc,
en voyant cts Femmes s'em-
prefTer à s'informer de Té-
tât de fa fanté , à paroître
dans le même dérèglement
d'elprit qu'auparavant , avec
cette différence néanmoins ^
<St dé Cïarmonde. , 273'
qu'elle fe montroit plus ac^
çeffible quelle naffècfloit de
Têtre avant que d avoir pris
de TElixir de Soleil. Toutes
félicitèrent le prétendu Méde-
cin fur un charfgement fi peu
elpéré 5 elles en étoient fi fur-
priies , que dans le premier
épanchement dé leur joie, les
unes amenoient les autres au
point àt (q perfuader que le
Remède feroic fon entier effet
en moins de quatre jours , Sc
elles en propofoient la gageu-
je dans le Palais à ceux des
Officiers du Roi qui n avoienr
pas la même crédulité quel-
les , quoiqu'ils euflènt lé même'
défir de voir la guérifbn de la^
Malade , qu^ils connoifloièrit-
pour la Princeilè de To£caûô^
a 74 -Avantures de Cîamadh
depuis un moment que Tin-
vafion de Léopatris avoit obli-
ge Méniade à déclarer dans
foa Confeil que le Duc Car-
nuante la reclamoit pour la
donner en mariage à ce Prin-
ce.
Le Roi de Salerné vint à fbn
tour marquer à Ion Médecin
combien il lui étoit obligé de
fon zèle & delà capacité,& lui
recommanda, ainfi qu'aux Da-
ines qui obfèrvoient la Prin-
ceflè , de ne point lui appren-
dre que Léopatris la deman-,
doit au nom du Duc de Tos-
cane, depeur que cette Nou-
velle, venant peut-être à eau-»
fer en elle qvielquè revolutiofi ,
TElixir ne rallentît fon efièt,
Qu qiie j& propriété ne .pcrdk;
<r Je Clar monde, 2J^
même quelque chofè de ia
vertu. Mon cher Doâeur,
dit-il enfuite à Clamàdès , c'efl
avec jufte raifon que je chéris
tendrement mes Sujets. Si vous
aviez été préfènt lorfque j'ai
communiqué à mon Confèil
la Lettre du Duc Carnuante,
vous auriez été charmé de
voir à quel point ont paru
(àtisfàits ceux que jY avoij
feit appeller. Oiii, Seigneur,
m*ont-ils dit tous d'une voix^
TOUS aimez la Princefîè 3 elle
a- écouté vos vœux avant fà
Démence j elle ne les rejettera '
pas après fbn Rétabliiîèment y
vous la couronnerez dans Sa-
lerne , & nous jurons par le
fang cj^i coulé dans nos vei-
lles que Léopâdris ne troublera :
:l^6 j4vantures de Clamadh
point la Cérémonie de fon-
Couronnement. Ce ferment,
Seigneur , lui répondit Clama-
àhs , ne favorife pas les pré-
tentions du fils du Roi Bar-
caba. Non , lui repartit Mé-
niade , & fur les refolutions
que nous avons prifes , chacun
va fè rendre à la tête des Trou-
pes qu'il doit commander.
Deux de mes Capitaines (eu-
lement , que leur grand âge
difpenfe de monter à Cheval,
reftent ici pour garder la Vim^
celîè : Puifque nous ùe ppu^
vons plus vous fèrvir avec nos
épées , Seigneur;, m'ont-ils dit,
du moins vous ferons -nous
utiles d'une autrç manière > la-
Rufè eft d'ufàgç daps 1^. Ouer-
re>:& noufiierptw eq fo^tç que
irâe Clar monde. ; 277
yotre Ennemi n'en uiè pas
pour tirer dé vos mains l'Ob-
jet qui lui tient fi fort à cœur.
Pour cett« effet , ajouta Ménia-
- dè,ils vont éta^ir desÇprps-tJe
Garde au tour de l'Apparte-
ment qu'habiçe la divinç Clar-
monde 5 ils ne iè repplèront
: que fur euxrmêmes^d^ la fi-
reté de la peribnne, & vous
continurez à la médicamenter
-fans craindre que Léppatris
: vienne, vous interrpmpfe^ I^qs
'me{ufes^,fi fagement prifès
jpoiir le Roi de Salerne , ro'm-
poient celles du Prince de
Caftille 5 il n'en, ^coutpif le
. récit qu'avec déplaifir, Cepen-
dant le diffimulant à Méniade :
Seigneur, lui dit-il , l'EtabliP-
fèment de ces Çorps-de-Qar-
"ens armez I..; ^"^ <'«
•«mettre en Jr.^ *^°"%DeDt
«Wgue^o^BS™ "^
r^ <*- 2^ï^i * '■^■
fi «contraire au poWfi'^'' ^
* Vous record ' r'Snenr,
ilt de Cîarmonde. 270
- une moindre quantité fùffiroit
pour fon (èrvice. N'y en iaif-
Jkz que ce que vous jugerez
à propos , lui dit Méniade,&
j'ordonnerai de placer les
Gorps-derGarde dans des en*
<irQics où elle ne pourra les
appercevoir. Occupé d'Affai-
res importantes , ajouta -t'il ,
- aufquelles je dois donner mes
loins au dehors , je ne puis
voir par degrés le progrès de
vos opérations j je m'en repo-
serai fur votre fçavoir pendant
mon^bfence , & j'elpére cou-
ronner bientôt ma Princeflè
: fur un Champ de Bataille à
la vûë de mon Rival , s'il eft
aiTez brave pour affifter à ce
Speélacle.
Quelque flateufes que fui^
ji8o Atkmtttres di Clamâmes
fent les elpérances que le Prio'
ce de Caftille donna dans ce
moment au Koi de Saleme»
il n avoit pas intention de coû-
. cribuer au Couronnement, de
la Princeflè de Tolcane dans
le fens que ce Monarque l'en-
tendoit. Cependant le zèle de
ces vieux Capitaines , qui s'é*
toient chargez de garder Clar-
mondç , lui donnoit de Tiil*
• quiétude , & Ion embarras de-
venoit plus grand chaque fois
;que Pichonet lui rendoit
compte des Poftes qu ils fai-
; fbient occuper par leurs Sol-
dats. Ces précautions , lui âx-
. {bit Clamadès , dérangent le
plan de notre évafionj j'aurai de
la peine à lurmonter cet oblla-
cle imprévu y néanmoins il ne
- faut
,:(T diClarmonde. aSi
Ëiut pas perdre courage y les
Sentinelles , pe font pas tou-
îqmi. fi ,Yigilai^cs qu'on, ne
puiilè les: .furpreiîdre. Puifque
nous en ayons la liberté^ con-
tinua- t'il,, conunençons par
remercier de leurs foins celles
des Danses, doiit la jeuneiîè
trop aéVivef nous eft fulpedte,
& ne fouHfrons • auprès de la;
- Çrincefle; que. ces Douègnes
i(ar;aLnnéeS;9.(^ue i3.ousf' endors
nfifOfS^^and il en fera tem&
. Après qi^oi, âjouta-t'il , nous
eflàyerqjûs. à fa^fe comprendre -
arM^i?îlSÎ f^ei^cette Sol4a-;
ti^^u^iûîecçfit jplus utiîe aux'
pbrçes 4? Çalerne qu'aux, en^
virons 4e tfon Palais. Comme
il sjejitçetenoit de la forte avec. "
Pichonèt a une rumeur s'<éleva
Aa
^^4 ^'^^f^tures de Clamadès
laiflbit à peine appercevoii
l'Etoile du. Jour , qu'on appril
que. Ifi Roi de Salerne , avec h
Cavalerie que ièsGénéraux lui
avoient amenée àrembouchu-
xe d un Défilé que dévoie paf
ïèr TArmée ennemie , y avoii
attendu Léopatris>& lui avoit
«défait à la faveur des ténèbres
une partie de fon Avant-Gar-
de, le refte n'ayant ofë avan-
cer dans la Plaine, étant har'
celé par . quelques pelotons
d'InËinterie , qui l'aceabloieBl
de traits & de pierres de def
' lus des hauteurs où on les
avoir embufquez au commen-
cement de la nuit.LaNouvdk
de ce premier avantage raflii-
ra le Peuple de Salerne , & .
comme Tavoit prévu Picba
<îf ie Clarmmie. £9f
et , le BourgecMs rentra dans
1 maifbn Se te Soldat dans
3 Pofte qu il occupoit avant>
jilerte qu'on avoît donnée-
î fbir précédent > ce qui fic
éprendre à ' Clamadès Tefpé-
ance de réuflîr dans ce qu'il
voit projecté:^-
Le Roi Méniade , inquiet
le la (ànté de Clarmonde, Sc
oulant voir par lui-même ce
u'opéroit de nouveaiti'f Elîxir
e ion Médecin., donna Ssàt'
»rdres aux Généraux de fbn
Vrmée , que grôiliilbient à
out moment tes Troupes qui
y rendoient de différeios
Quartiers , Se rentra dans Sa>
erne aux acclamations du Peu. '
de , qui le fuivit jufqu'à ion
^«^aiS|» en rendant grâces au
i^S6 AvaMures de damaJès
Ciel de l'avoir garanti du pé*
ril. U n eut pas plàtôt mis pied
^teçre ^ qu auiieii de prendre
\q rafraichiflèmeiK; donc il a^
Voit befoin, il paâà dans l'Ap/
pàrtement de la Princeâe de
Tplcane,:0]9 trouvant Clama-;
dès , qui ne s'en çloignoit guet;
re$: : Hé Ken j <?her P^xSleur,
M dit-il , faites- vous toûjcuFf
des merveilles > & me ^reo'
dre^-vous tiçntot ma Clar*
monde dans l'état, que je h
fpuhaite ? Je la trouve mieux
préfentemeait , Seigneur, lui
répondit Clàmadès , qu'elle
Aétoit vers le point du Jour?
un concours de Gens de guer-
re lui a fait pafler une mau-
vaife nuit , & je ne nie flat-
tçrois point de la guérir > ù elle
Itoît fbuvenc expofée à de
pareilles inquiétudes» Ce qui
txi'a néanmoins paru d'un heu-!>
reux' préfâge , continus- t'il »
c'eft la diftinétion qu elle a
[emblé faire par (on étonne^
ment d'une rumeuri tumul*
lueufè à uii bruit ordinaire y
& j'infère- de-Ià qae fà guéri-
£>n fèroit non-fèiâement ailù«
xée, mais prochaine, s'il étoic
poffible de lui procurer un
repô^ qui ne fèt aucunement
iroublé. II faut tâcher de lui
procurer ce repos , lui répar-
tit Méniade, & je ne crois pas
qùè Léopatris revienne en
troubler la tranquilité. Pen-
dant cet entretien, la Princefle
de Tofcane , qui feignoit de
oV pas faire attention , avolt
"ifSS j4vànturer de Ctamadh
la tête panchée fur fbn Dra<
gon , Se fèmbloit réfléchir fui
quelque ! chofe d'intéreiTaDC
Peut'Onvifàns ipaiyilité, Ma*
dame 4 lui dît Méiiiade ^ voiù
demander lé iujet de vas ter
flexions ? : Il m'a tpXPmis de
m'aimet cou jours, ho répcjoéc
Clamïonde. en. 'le! ; regàrdânC
fixement y âc s^il me tient &
prome/Iê, je ferai: une grande
Reine. J aurai de 'riçlies Equi-
pages,. contmiidit-'QUe- en dé-
tournant enfuite l'el yôùx &
comme parlant en {bi-même>
je me promènerai dans de
magnifiques Jardins > mes Ha-
l>its & 'mes Atours feront fu-
perbes j & brillante comme
un Aftre dans mon Trône , a-
joutoit-elle en adreflànt la pa-
role
KT de (^îarmonde. 2 Sçf
rôle à fon Dragon , tu m y
feras (ans ceflè des carefîes, &
tu feras de mes Favoris celui
que je chérirai le plus , & à qui
je donnerai davantage de Bon-^
bons , fi tu m eft fideile com-
me tu me Tas promis. Si elle ne
me reconnoît pas encore , die
Méniade à Clamadès , tranf^
forte d'une joie qu'on ne içau-
roit bien exprimer , du moins
elle commence à iè relîouve-
iîir que je lui ai promis mon
cœur & ma Couronne. Ah !
mon cher Doéleur , continua-
t'il , en embraflànt Clamadès ,
(ans craindre de dégrader la
Dignité Royale. Que je vais
vous être redevable ! & que
TAmour, de concert avec la
Gloire, vont enfemble enflam-r
Bb
apo Avanturts de Clama&s
mer mon courage pour chalTes
de mes Etats un Riv-al que je
iens me devenir plus <odieui
à mefure que vous rauLmez en
moi refpérance de pofl^der ce
•que j'adore ! Que je m*ea re-
tourne iàtisfkit à mon Armée !
L'allégreiTe y brillera dans mes
yeux , pourfuivit-il > elle y an-
noncera la Supériorité de votre
Sçavoir & la délice de I'Eb-
nemi qui s'oppofe à mon boiv
heur. Je voiw confie ma Prin-
cefîè, ajoûta-t*il en le quittant)
éloignez d'auprès d'elle les
Objets qui pourroient vous
être nuifibles , & me dépêchez
autarit de Courriers que vous
obierverez de dégrés d'avan-
cement dans ià cO:îvale{cence.
Brûlaiit du déCr de joiiii
* if 4e Cîarmonde. apt
de la confùiion de Léopatris.,
qu'il avoit contraint de repaP
ièr le Défilé , dont nous avons
parlé , le Roi de Salerne re-
j[nonta à Cheval , & reprit le
chemin de ion Camp. Il n'en
étoit pas éloigné lorfqu'il ap«
prit que le Fils du Roi Barca-
<ba , ayant au point du jour dé"
Jogé de leurs Poftes les pelo-
tons d'Infanterie qui l'avoienc
harcelé durant l'oblcurité , dé-
cendoit les Hauteurs en bonne
contenance , Se que la jeun^
Noblefle de (à fuite elcarmou-
choit déjà dans la Plaine avec
ceux de fes Officiers qui
croy oient devoir réprimer £bà
audace. Continuant fà route,
il apperçut de deflus une émi-
nence que les deux Armées
Bbii
2pa Avantitref Je Clamadès
en venoient aux mains , &
comme il obfervoit de cet
endroit l'ordre de la Bataille ,
il vit que l'Aile - gauche de
l'Ennemi commençoit à é-
branler (a Droite. 11 y court
en diligence 5 l'appuie d'un
Détachement du Corps -de-
Réferve $ vole enfuite à fa
Gauche , qui avoit de ravâu*
tage fur la Droite Ennemie,
& revient auffi-tôt Ibutenir
{on Centre , que Léopatris eii-
fonçoit avec l'élite de fa. Ca-
valerie. Ces deux Rivaux fe
reconnoiflent à léclat de leurs
Armures j les yeux éteince-
ïans de colère , ils cherchent
à fè joindre dans la mêlée.
Emportez par la jalouCe qui les
déchire , ils fè font jour au tra-
t^ de Clar inonde, ip 5
vers des Gardes qui les envi-
ronnent , s'atteignent , fe preP
£ent,, le portent des coups ter-
ribles. Chaque Parti , voyant
{on Chef en danger , veut le
garantir du péril > les Géné-
raux abandonnent le com-
mandement pour les fecou^
rîr 5 les Subalternes combat-»
tent pèle - mêle en defbr--
dre 5 le (ang inonde la Cam-
pagne , & le carnage ne celle
que parce que ces deux fiers
Ennemis , n étant plus maîtres
^ d'aflbuvir leur fureur , font
fbnner la retraite pour retirer
d'entre les Morts , ceux âiQt
Mourans qu'on pouvoit en-
core rappeller à la vie.
Pendant que les choies (è
paflbient de la forte entre Mé-
Bb iij
V
2C)6 Avantures Je Clamades
récompenfer du (ervice que
tii m'as rendu en me condui*
lant à la Cour du Roi de Sa-
leme. Après quoi , chargeant
les deux Douègnes de Cora-
mifîîons différentes , il s^n dé-
baralîà pour le tems dont il
avoir beioin 3 traîna le Dragon
lur la Terrafle , qui étoit de
plein pied à TAppartement de
Clarmonde , & s'y étant placé
tout armé avec cette PrlnceC-
fe , il s'éleva dans l'Air , au
grand étonnement du Peuple
de Salerne^qui^e voyant paflèr
au-delîùs de la Ville , le prit
pour un Phénomène , Ôc tira
de (on apparition des conCé*
quences favorables à fbn Sou-
verain. Quand il fut à moitié
chemin de la moyenne Ré-
Û* Je ClartMnâe, ip7
glôn > il baiflà Içs yeux vers la
Terre pour découvrir les Ar-
mées de Méniade & de Léo*
patris. Après avoir regardé
inutilement de tous côtés , il
apperçut enfin près d'une Co-
line comme une elpéce de
Fourmilliére.Cè ne font point-
là à^s Fourmis , dit-il à la Prin-
celîe en confidérant attenti-
vement ce qu'il appercevoit >
l'élévation où nous (bmmes
me fait prendre des Hommes
pour d^s Infeéles , & la di-
verfîté de couleurs que je dis-
tingue , me confirme que ce
font les deux Camps que je
cherche. Il tourna aulîl-tôt la
Cheville qui faifoit décendre
le Dragon , & le dirigeant
obliquemenc vers l'endroit ou
a 9^ Jvantnref^eCfamadh
il lesdécouvroit, H-remarqua,
rorfqrr'il s'cn-fut approché d*ai-
fez près , quelles deux Armées
étorent en préience , & crut
qa ettes alloienc recofnmencer
à fe charger. Quoiqxie ion
JDi^agon fencfît VAvc d'one ex-
trême viteflc , ïl n'arrivoit
point encore aflëz tôt à ion
gré poiir pouvoir empêcher
ce Choc j mais , dès qu il fut
à portée de mieux diftinguer
la difpofition des choies , il
obferva que ces Troupes en-
nemies n'étoient Ibus les ar-
mes que comme Speélatrices
du Combat fingulier que Mé-
niade avoit propofé à Léopa-
trispour épargner le làng de
ceux qui n*avoient point inté-
rêt à leur différend , ÔL cp&
O" de Oarmonde. app
les deux Guerriers entroienc
déjà dans le Champ où le
courage devoit décider de
leur fortune. Arrêtez , Princes,
leur cria-t'il , fùfpendez votre
couroux , de n'attendez poinc
àQS mains de la Vi<5loire le
prix de votre valeur. Au fou
de cette voix , ils éiévérent
les yeux vers le Ciel ,* & fur*
pris du prodige qu'ils voioient,
ils ne fçavoient que penfen
Que votre furprife, leur dit-il,
Ceflc arnfi que votre fureur >
vous ne voulez combattre que
pour la pofléffion de la Prin-*
ceflê de Tofcane 5 elle vouj
difpenfe de ce Combat j offrez
ailleurs vos Sceptres de vos
Eippires j contente de la Cou-
ronne de Camille > Clamadès,
300 Avantures Je Clama Jès
our vous accorder enfc
i
le y va la lui mettre fur la tête,
& vous invite à fon Couroit-I
nement , (i vous voulez prei
dre part aux plaifirs qui fui-
vront cette Cérémonie. A
peine ces deux Princes oiii-
rent ces dernières paroles 1
parce qjje le Dragon s'élevoit
dans r Air au moment que Clar ]
madès commençoit à les pro-
férer. Ils en entendirent cepen»
dant aflèz pour comprendre
que le Ravifleur de Clarmon*
de, quils reconnurent alors,
mais trop tard , pour le Princô' '
de Caftille, ajoûtoit la raillerie
à l'outrage , & tournant tout- ^
à- coup leur rage contre lui,
ils le chargèrent des impréca-
tiohs les plus CjBiribles , & ne lui
ir de Ctar monde. 5 o r
turoient pas lailTé faire paifî-
dement là route , s'ils avoient
îu chacun un Dragon pour les
înlever jufqu'à ce qu ils eut
[ent pu Tatteindre. Enfin , de-
enus plus tranquilles, & con-
loiflant que leur mal étoit fans
iméde : Nous n'avons plus
[ien à démêler éniemble , dit
.éopatris à Méniade 5 nous en
>mmes pour le iang que nous
ivons répandu , & pour n'en
LS verfer inutilement de plus
irécieux , je crois que nous
levons congédier nos Armées,
f& faire enfbrte d'oublier une
Ingrate , qui ne mérite pas le
fbuvenir de deux Amans aufîî
tendres que nous. Cell mon
ientiment , lui répondit Mé-
niade, & je m eftime heureux
aoa /vantur^fdeClamaàh
de n'avoir pu placer fur au»
Trône une PrioceOîb dont le
cœur n'aurok point été à mol
La paix ainfi rétablie entre ces
deux Rivaux y Léopatris fortit
des Etats de Méniade » & ce
Monarque revint à Salerne,
où il fut longHcems fans fè coo-
fbler d'avoir éti la dupe de
(on prétendu Médecin , jurant
fblemnellement dé ne plus
contramdre les Voyageurs é-
trangers , qui entreroient dans
Xbn Royaume y de venir à fa
Cour lui apprendre ce qui fè
pailôit dans des Y&is oh. Ql do*
mination étoic inconnue.
Pendant que ces Kivaux iè
réconcilioient , ne pouvant
^ire mieux , Clamadès par^
couroit &:aïement les vaAes eP
ttM Ciarmomie» 303
paces de l'Air avec la précau-
tion de ne point htïguQï fk
4^;iéxe Clarmondc,^ il décen-*
-«dok de tems entems, pouiia
Jaire re^oièr, dans les endioits
.les plus ioUcaires -qu'il pouvoic
découvrir , où ûs fè jeâraichiP
foienc au bord de quel^pe
^uiifièau , &; & raconcoient
-leurs Avancures Se les peines
• qu'ils avoient iouiïertes depuis
-que Cropardo les avoit f épa-
tez Tun de l'autre, il le trouva
biecKÔt proche du Bofquec
d'où >ce BoâJu la luiavok en-
levée y mais il n'y encra pas de
peur de quelque dilgrace nou-
velle , & voulut mettre pied à
terre dans l'enceinte même de
Séville. Un Sentinelle , qui
étoit au haut d'une Tour pous
304 Avanttires Je Clamaites
obferver ce qui 'monroit ou
décendoic le long du Canal
du Guadalquivir , reconnut
dans l'Air le Dragon venant
vers la Ville en s'abaiflànt in-
fenfiblement. Ceft fans doute
le Prince Clamadès qui re-
vient , dit-il en foi-même , &
contre les Régies de la Difci-
pline Militaire , il fort de fa
Guérite & court apprendre à
la Reine Do(5live l'arrivée du
nouveau Roi. CetteMére af-
fligée fut fi faifie de joie au
récit de ce Soldat , qu elle de-
meura (ans mouvement durant
quelque tems. Quand elle eut
repris fes lens : Quoi , difoit-
elle , je vais revoir mon Fils ! ce
cher Fils, dont la perte préten-
due m'a coûté tant de larmes !
Je
& de Clarmonde. 305
Je vais le revoir ce Fils, bien
aimé , qui peut feul me confo-.
1er de la mort de mon Epoux !
Helas ! ajoûta-t'elle , en pouf^
(ànt un profond fbupir , enco-
re s'il ramenoit fa Princeiîe >
il ne retourneroit point cher-
cher fon Ravifleur Se f aurois
la fatisfa(5lion de le voir tran-
quille dans là Cour ! Elle n eut
pas le loifir de s'abandonner à
îbn inquiétude 5 Clamadès dé-
cendit auffirôt avec Clarmon-
de dans le Jardin de fon Palais,
& comme il fe piÉJ)aroit à y
conduire cette Princefïe , la
Reine , qui Tavoit apperçu
mettre pied à terre , vint au-
devant de lui d'un pas chauj
celant , fe (butenant à peine
fur les bras de deux Ecuyers,
Ce
3 0^ Avantures Je^ Clama/es
tant fon {àififlement Tavoit af-
foiblie. Je vous revois , mon
Fils , lui dit - elle en l'embraf-
fànt. . . . Elle n'eut pas la force
de parler davantage 5 fà voix
s'éteignit dans ce doux trant
port , qui la rendit immobilci
& , pendant un allez lone et
pace de tems , les larmes , dont
elle baignoit le front de ce
Prince , exprimèrent mieu3t
que des paroles les tendres
mouvemens de fon ame. En-
fin, reven\jë à elle-même : Par-
don , MadSne , reprît-elle , en
s adrefîànt à Clarmonde, qu u-
ne phifionomie haute & ma-
jellueufè lui annonçoit pour la
Princeflè de Tofoane , la Na-
ture , plus forte que le Devoir,
m'a tait commettre une incivi-
€T de Clamôndeé 307
lité 5 perdez -en le fdiivenir
dans mes cmbraflèniens. Per-
dez plutôt dans leis siiens , Ma-
dame , lui dit Clarmonde en-
core entre fes bras , la mé-
moiife des peines que je vous
ar caufëes pour avoir moins
écouté mon- devoir que mon
inclination. J'en rends grâces
à l'Etoile dé mon Fils, Mada-
me , lui répondit DG<5live , &
pour l'aider à fupporter le
poids de fâ Couronne , il n©
pou voit choifir une Princefîê
qui en fût plus digne que vous*.
'Trou vez-voiîs , Madame , de-
manda Clamadèsà la Reine,
que ma divine Clarmonde
porte dans fes yeux l'cxcufo
de ma condufte envers- le Du»
Carnuante ? Nous l'appaîf©^
Çcii
aoS AvantUres de Clanui&s
rons , mon Fils , lui répondit
Docflive 5 votre alliance ne le
deshonnore point. Quand
vous aurez couronné la Prin-
ceflè , il ne lui fçaura pas mau-
vais gré de lui avoir denné
pour Gendre un Roi qui peut
le faire refpedler de fès Eîine-
mis. Comme Clamadès don-
xioit la main droite à Do(5tive
& la gauche à Clarmonde
pour les conduire au Palais,
les Princellès , (es Sœurs , en
Jlbitoient avec empreflèment
pour venir lui témoigner leur
latisfaélion de Ion. retour. A-
près dts épanchemens réci-
proques de tendreflè, elles fé-
licitèrent la Princeflè cte Tof-
cane fur'fon arrivée dans une
Cour où elle étoit ardemment
ir de Clarmonie. 309
défîrée & la prièrent de leur
accorder une part dans (on
amitié. Des complimens ref>
pe6li& (è fàifoient en marchant
vers le Palais , & quand on
fut entré dans l'Appartement
de la Reine , les Dames & les
Seigneurs vinrent fàluer leur
nouveau Roi 3 les uns Sç, les
antres, fi'appez de la beauté de
Clarmonde , oublioient pref»
que le ipotif qui les amenoic
dans cet Appartement > &
Clamadès pienoit plus de plai*
fir à les voir confondre leurs
regards fîir fa PrinceOe , qu il
ne fè i^ntoit flatté de les voir
bientôt à (es pieds le recon-
Doître pour leur Souverain.
Après que Clamadès eut
re^u tous les hommages de (à
3 10 Avantures de Clamade
Cour , fon premier foin
d'envoyer au Duc de To
ne des Ambaflâdeurs pour
former de fon retour en
ftille a'vec la PrincejSe C
monde , quoique perfi
qu'il en avoit été mfêruic
le Prince Léopatris. Don
vare Mendez , Cîicf de c
Ambaflâde j était chargé
Itri- demander fon conlè
rtiènt pour le mariage d
Princeffe^ BicyScftCsi
ante le-donnoît de bonne \
ce, il àroit ordre de Finv
à hohnorer de fe préïenci
célébration qui s'en feroit c
le tetïis qu rllui plairoit d'il
quer. Ges Ambaflâdeurs s'
barquérent aufît-tôt fur
VaiÔèaux Napolitains , p
- iS" de Clarmonde^ ^tt
nettre à la voile pourTIta-
, 8c comme fi les Vents euf-
it été d*ii1telligence avec
Imour pouf avancer le bon-
ur de Clamadès , ils fouffé- ■
it fi favorablement durant
traverfée d«- h Méditer-
lée , que ces Vaifïèux moiiil-
ent le dnquféme jour dans
Kade de Livourne. Le Duc
Tofcane étoit alors danjf
cte Vilfô^i revenant d ac-
mpagner jufqtfà fes Gafé-
> le Prince Léopacrîs, qiû
n retoprnoit auprès du Rof
ircaba fon père , oublier
ns les bras de quelque nou-
1 Objet la PrincelFe qui Ta-
►it fi cruelleiftent outragé,
îs Ambaflâdeurs de Clama-
s ayant appris en débarquant
312 Âvantures de Clama&t
que le Duc Carnuante étok
dans Livourne , ils lui firent
demander audience au nom
du Roi leur Maître. Jamais fui-
prife ne fut plus agréable pour
le Duc deTolcane. Il avoitef-
feélivement appris par Léo-
patris que Clamadès avoit re-
tiré là fille àts mains de Mé-
niade. Cette nouvelle ne Im
avoit point déplu,perfùadé que
ce Prince , éperd^^ment amou-
reux , étant devenu par la mort
de Marcadite libre de fuivre
fon penchant pour Clarmon-
de , repareroit le tort qu'il lui
avoit fait par fon enlèvement.
Flatté de cette eipérance , il
accorda (ur le champ l'audi-
ence qu'on lui demandoit.
Don Alvare n'eut pas plutôt
expofé
<f :âe ClàYinondè. 313
expofé le motif de (à Com-
mmion ^ que le changement
lùbit d'un frorit févére en uii
air plus, ferein témoigna que
ce Prince écoutoit volontiers
la propofition du Roi de Ga-
fiiile, & qu'il rejcevoit fei
excufes fllr la conduite iiyé*
guliére que fon amour délefr»
péré lui avoit fait tenir à foii
égard. Quand ce Miniftre eut
achevé de parler : J'accepte ,
iui dit Carnuante, fans le re-
mettre à un autre jour pour
îui donner fà réponfe , ce que
me propofe le Roi votre M^-
tre , & pour lui marquer que
fbn alliance m'eft agréable,
je Vais lui envoyer par un Ex-
près le Conièntenfient qu'il dé-
iire. Don Afvàre , trouvant ee
Dd
Couronnement dS^^ '^'■
*^/'»MnteM^^''*''"idï
de deux AmL " • ^ "^é
Sentiment. VEy2^ ^^ '^ '
«<" de Caftffle fe"g>«?'
""="9" 'iJ den,a4,>7'^«''^
«adroi
is* de Clarmonde, 3 1 C
à Se ville pour l'abfoudre , lui
diibit-il en badinant dans fà
Dépêche , des mauvais mq-
-mensqu il lui avoit fait paflèr.
Il retint quelques jours à fà
Cour Don Alvare & fès Col-
lègues , où il les régala Splen-
didement , après quoi il les
renvoya chargez de préfens ,
dont la richellè marquoit le
cas qu'il faifbit de l'alliance
d'un Prince tel que le Roi de
CaûiUe.
A uffi-tôt que Clamadès eqt
reçivrExprès de Carnuante.,
il dépêcha aux Rois Mélican-
dre ôc Bardicante , auxquels
deux de fès Sœurs étoient pro-
mifès , & au Roi Méniade , à
qui il déftinoit la troiliéme,
des.Couriers pour les inviter
Ddij
3 1 5 Avamiires de Clamades
aufîî à venir à (a Cour dans
le tems que de voit y arriver
le Duc de Tofcane. Ces trois
Princes s'y rendirent en A-
lîians emprefïèz , avec cette
différencie cependant que les
deux Rois Affricains étoient
affurez d epoufer les Prîncefles
qu ils aimoient, & que le Roi
de Salerne étoit perfuadé qu'il
n'auroit pas le même avantar
ge. Néanmoins il avoit gagné
l'ur lui de faire le voyage de
' Caftille • pour joiiir du trifte
*plaifir de voir encore une fois
rObjet qui f avoit fi fort char-
mé. Où m*entraîne mon foi-
ble cœur, diioit- il quelque-
fois en foi-mêmè en failant fa
route ? Ai- je oublié laiiiper-
cherie de Clamadès ? Ai - je
^ de Clarmonde. 317
oublié l'invitation outrageante
qu'il me fît à la tace de mon Ar-*
lîiée en enlevant fa proie dans
les Airs ? Vais -je me donner
en {peélacle à fes Courtifàns ?
Vais-je me fendre la fable des
Rois qui ie trouveront à fà
Couri* Après diverfes réfle-
xions , toutes oppofées les
unes aux autres , tantôt il re-
toùrnoit (ùr fes pas^tantôt il re-
prenoît fpn premier chemin.
N'importe , difoit-il encore *
alors , je ne fçaurois payer trop
chèrement la fàtisfadlion de
revoir la Cruelle. Le barbare
Clamadès veut que j'orne fbn
triomphe 5 preflbns-nqus d en
rehaufler la gloire par notre
confufîon-De femblaoles réfle-
xions ramenèrent infenfible--
Ddiij
318^ Avantures de Clam a de s
ment à Se ville, où le Roi de
Caftille le reçut avec de gran-
des marques de diftindlion.
Vous avez llijet de vous plain-
dre de moi ^Seigneur , lui dit-
il y quand il fut f eul avec lui
dans l'Appartement qu il lui
avoit deltiné , & je regarde-
rois moi-même vos plaintes
comme légitimes , fi je vous
avois ravi un Bien qui ne
m'^ût pas appartenu. J*ai vou-
lu quelquefois vous en excu-
fèr , Seigneur , lui répondit
;Méniade 5 je me fiiis fbuvent
rappelle votre attachement
pour l'a Brincefle avant quelle
arrivât' à Salerne 5 je me fuis
même repréfenté vos foins
pour rejoindre fbn Ravilïèur ,
& malgré ces dilpolîtions à
' ir âè Clarmondè. 3 1 ^
erbuver votre procédé fupor-^
table, mon^aaiour, fourd aux
Gonfeili de ma raiibn , n a pu
eonfentir à- le juftifier. Le
Tems> plus- piuiTant que TA:^
mouT , lui répartit Clamadès ,
vous- fera penfer favorable-
ment (ur ma coaduite, & alors.
Seigneur y jugeant fans préoc-
cupation de la violence de ma
paflîon par l'excès (Je la vôtre ,
vous ne me condarîinerez pas
d'avoir employé l'artifice pour
pafler d'un état déplorable à
une fituation plus heureulë* •
Mais, Seigneur, continua-til',
je n'enufe point «1 -Rival ja-
loux > jô'ne vous ai point déro-
be ma Glavmonde pour vous
priver de la revoir 5 je vous
conduirai chez elle quand
Ddiiij
31.0 Ar)anturesJe Oamades
vous vous ferez remis de la
fatigue de votre voyage , &
vous la trouverez , coinme je
vous, le promis chez vous ,
aufli laine d'efprit qu'elle Té-
toit avant que Cropardo la
tranlportât à votre Cour. J'en
fuis perfuadé , Seigneur , lui
répliqua Méniade > mais m'a-
yant furprisunefois, je ne dois
point m'en rapporter à vous,
Se j'en jugerai; préfentement
par moi-même , fi vous voulez
bien me le perméttrje. Clama-
dès le conduifit à l'Apparte-
ment de Clarmonde. Cette
Princeflè , qui s'entretenoit
alors avec la Princeflè Maxi-
me , la plus jeune ^ la plus
belle des Sœurs du Roi de
Caftille /lui iit^un accueil di-
^ de Chrmondt. 3 il
gne 4'un Monarque auffi ma-*
gnaûime & aufïî généreux que
Ixii. D auffi loin qu il apperçut
Clarmonde ^ il fentit dans fbn
cœur la même émotion qu il
avait fentie lorfqu'il lavoîc
vue pour la première fois*
Madame, lui dit- il après l'a-
voir faluée , votre Médecin
m aflure qu il vous à rétablie
de votre démence > la préfé-
rence que vous lui ayez don-
née fur moi m'en avoit afîuré
par avance , & 1 amour pror-
pre ne m'aveugle point afîezs
pour que je n enviiage pas vo-
tre choix comme un effet qui
a f>our caule le mouvement
d'un efprit bien réglé. Il ne
fklloit pas m'oins que fon fça-
voir y Seigneur ^ lui répondit
522 Aifantures.^Ctamadh
Çlarmionde, poiour me remettre
du.defordre où m^avoit jettée
potre fëparation» Ce n'cft pas ,
eontinua-t'ellô ,; qu-au milieu
jiu trouble dDnt..?étx>is agitée
dans votre Palaiis, je ne cônfer^
vafle aflez de jugement pour
donner à. ma Jfecopnoiifknce
une étendue proportionnée
aux grâces que vous me prépa-
riez 5 mais , ne pouvant aller
- au-delà de cette reconnoiJlàn-
ce > je me contentôis de lou-
haiter que vous fuffiez plus
heureux à lavcnir dans le
choix du Sujet que vous hon^
noieriez dé votre atïeélion- Si
j 'avois pénétré 'd ahs> le fond de
. votre aifié , Madame , lui ré-
partit Méniade i;au lieu de
iaiffer-mQa.aaiaur s'accroître
t!r de Clarmônie. 313
par l'eipérance , j*aurois faic
revenir de la Grèce celui qui
pouvoir vous rendre le repos
dont vous m'avez privé par
votre filence. On pourra vous-
k; rendre ce repos, Seigneur,
lui répliqua Clamiondei l'A-
mour mécontent ne fe pique
pas de confiance > un Objet ,
plus aimable que le premier,
le tire bientôt de {à mauvaiiè
humeur. Hé ! où le trouver cet
. Objet plus aimable. Madame,'
lui demanda Méniade ? Dans
cette Cour, lui répopdit Clar-
monde , & pour pw que vous
daigniez en faire l'ornemenc
pendant quelques jours , votre
premier fbupîr nous apportera
bientôt la Nouvelle delà ju£-
teflfe de ma CQojeflure. Péiitr
324 Avant fires Je Clamaies
çtre, dit Clamadès^que j aurois
moins de peine alors à me
réconcilier avec le Roi de Sa-
«
krne > cette compenfàtion lui
pteroit tout fujet de plamte '
contre moi. EUe.eJft difficile
à faire , Seigneur , lui répondit
Méniade , Se la plus parfaite
Beauté de votre Cour ne s of-
fenierâ point quand je ne Ïq(-
timerai pas un Dédommage-
ment équivalent de .ce que
vous m'avez enlevé. En par-
lant de la forte , ce Prince jet-
toit par hazard les yeux /îir la
Princefle Maxime , qu'il ne
çonnoilîbit pas encore pour la
Sœur du Roi . de Caftille >
mais il étoit trop plein de fa
paffion pour s'appercevoir
qu elle n étoit pas moins belle
ist de Clarmonde. 3 2 y
que la Princeflè de Tofcane.
Le Roi Clamadès avoic eu
ùs rai&ns pour ne pas.apr
prendre au Kx>i Méniade que
la Princeflè Maxime lui appar-
tenoic j il vôuloit.voir., li dans
le' reproché que ce Monarque
lui ' feroit d'une, pareille à^^
niulation , il n entreroit; point
quelque chofe qui découvrir
roit en ion cœur une diipoft-
tion à le laifler touçljer pa,r leç
charmes de cette Princeflè. Jl
avoic deflèin de la lui donner
en mariage pour le coQlbIjei:
de la perte de Glty:nionde,ék
cétoic dans cette vue qu'illV
voit invité à fe rendre à là
Cour. En iè promenant lelen^
demain avec lui dans ion Parc;
Seigneur , lui dit-il pour l'er^
328 A'Vantures de Clamadh
que je penfè au fujet de la Prin-
céireMaxime,ajoûta-tU,jevous
avouerai franchement qu'après
la Princeflè Clarmonde, je n'ai
rien vu de plus beau ni de plus
touchant , & fi vous me parlez
ici plus fincéreinenc que vous
nie faifiesià Saleme, je conviea<
drai qu en m'accordant cette
princeflè , je m'accoutumerai
à écarter ces idées > toujours re-
naiflàntes , qui m'empêchent
d'oublier mon prénciier amour.
Je vous l'accorde. Seigneur,
iui répartit Clamadès, & c ell
pour vous donner cette ^e^éce
de Dédommagement >qùe je
vous ai invité au Couronne-
ment de la Princeflè deTof-
carie. Pendant que le Koi Me-
niade le remercioit de . là gé-
nérofité ,
Cr de Clarmoncle. 3 29
lîérofité , Pichonet , qui venoit '
d'arriver à Séville , entra dans
le Parc pour rendre compte
au Roi Clamadès de la Corn-
miffion dont il Tavoit chargé
à Salerne 5 mais appercevant le
Roi Méniade avec lui , il fît
quelques pas en arriére 5 & fè
figurant que ce Prince étoin
venu en Çaflille demander
raifbn de renléyement de Clar^
monde, y ayant part lui-même,
il fe rétif oit à bas bruit , lorf^
que Clamadès , obfervant fbn
embarras ,.lui- fît figne de ne
rien appréhender, de de venir
cmbrafîer les genoux d'un Roi ^
qui ne .lui vouloit point de
mal. Voilà donc le T'Lmoin
de vjDS merveilles opérées dans
l'Arabie , dit Méniade à Cla-
Ee
,33^ Avantures de Clamaâh
madès en empêchant Picho-
net de fe profterner à fes
pieds ? Sans fès confeils,
Seigneur , lui répondit Cla-
madès , je fèrois encore errant
dans le Monde 5 ma Clarmon-
de feroit encore dans l'acca-
blement , & la Princefîè Ma-
xime ne fèroit pas fur le point
de devenir Reine de Salerne.
C'eft aufli par cette confidéra*
tion , répartit Méniade , que je
n'ai' point de rancune contre
lui , & que je lui pardonne fon
menfonge. Ma conduite étoit
innocente , Seigneur , lui dit
Pichonet,qui conçut bien qu'il
n'y avoit point dé reflèntiment
à craindre , & je croyois vous
rendre fervice en aidant mon
Maître à vous débarraflèr d'une
isr Je Clafinôndey 3 3 T
PrinGefle> qui leroit demeurée
toute fe^ vio infenlée / s'il ne
Tavoit ramenée en Caftille re-
trouver Telprit qu elle y avoit
' perdu. Seigneur , continua- 1' il>
ien adreflant ià parole an Roi
dlamadès , Diirbans^ aufîî fiir-
pris que charmé de ce que je
lui ai appris, vient vous mar-
quer fa joie (ur votre avéne<-
ment à la Couronne, & vous
amène , comme vous Tayez
louhaité , Floréte , Gayéte &
Liad'3S>quiont'pâru très-joyeu-
(es en apprenant' que ce fut
vous qui lés délivrâtes avec.
lui du fupplice que Carnu-
an te avoit ordonné pour les
punir d'une fautecqu'elles n'ont
commife , nous ont -elles
dit, que par condécendance^
Ee \\
3 3 2 Avanturei de Clamadh
pour fà fille & pour vous. Con«
tcnt de cette Nouvelle , le^oi
de Caftille amufà durant le
refte de la promenade le Roi
de Salerne du récit de TAvan-
ture qui lui étoit arrivée dans
le Château de Burbans , & lui
raconta comment il s'étoit aP
■ ■
fccié avec ce Cavalier pour
fbutenir Tinnocence d&s trois
Filles , qu il lui avoit deman-
dées, pour ne pas laifler (ans
recompenfe le fervice qu elles
lui àvoient rendu en le favo-
. rifant dans rerilévement de la
. Princeflè de Tofcane,
Pendant que Clamadèss^oc-
cupoit à procurer du plaifir à
fes nouveaux Hôtes ^ DcxSlive
prenoit le Cen à ordonner les
' préparatifs de foa mariage >
<r àe ClarmonJe. 335
dont elle vouloir que la pom-
pe répondît à fa Dignité , êc
les Princeflès , (es Sœurs , va-
rioient chaque jour les Diver-
tiflèmens de la Princelle de
Tofcane. On n'a voit point en-f
core vu la Cour de Séville fi
enjouée ni fi brillante- Le Duc
Carnuante en rehaufla la (plen.
dcur par la magnificence aVec
laquelle il y parut. En le rece-
vant à quelques lieues de la
Ville , Clamadès , après les
premiers Complimens , vou-
lant le prier de lui pardonner
ce que fbn amour pour la Prin-
cefle (a fille lui avoit fait en-
treprendre : Je ne viens point
en Caftille, lui dit Carnuante,
pour me (buvenir de ce qui
s eft pafiTé en Tofcane > f en
334 A'oanturts de Clamants
perdis la mémoire le jour mê-
meque jereçus Vos Ambaflfa-
deurs,& je n'apporte ici que de
la gayeté: pour vous marquer
combien jemé trouiçe honno^
ré de l'alliance que je. vais faire
avec vous. Les Grands du
Royaume environnoient ces
deux Princes y toutes la .NiD^
bluffe à Cheval l!àccompa-
gnbit ' dans le chemin ^ qui é-
toit bordé: de Ghaifs? remplis
éQs Beautés lèspluj piquantes
de la Gour, iSslaBôurgeoilie
fous les anneS'le: reçut à là
le con-
du Pa-
lais, où la ileine l'attendoit
avec la bdlerClarmonde , les
Prince/les feis£lles> & les Rois
^ui dévoient en devenir les
O* de Oarmonde. 33^^
Epoux. On n'avoit point en-
core vu de réception plus ma-
jeftueufe ni plus auguHeiFa^
légreiîe brilloit dans tous les
yeux 5 les cœurs fe fentoient
foulagez de* peines d'une lon-
gue attente 3 jufqu au'Duc Car-
nuante , qui , en confidérant la
fraîcheur Se l'embonpoint dé
la Reine , Vavila d'être fâché
de n'avoir pas fait une autre
diligence pour joiiir plutôt du
plaifir de la voir. Clatttttdès
s'apperçut de ce mouvenient
intérieur* Quand il fè trouva
feul avec lui : Vous me par-
liez tantôt avec diffimulatioo.
Seigneur , lui dit-il 5 vdus rïie
difiez que vous ne veniez point
en Caftille pour vous louve-
nir de ce qui s'étoit pafli
338 Avantures de ClamaJtts
rÀmour. Cette promeiTe du
Roi de Caftille fit reprendre
au Duc de Tofcane cette fé-
rénité que le nouveau trou-.
ble de (on ame avoit comme
enveloppée dans un nuage ,
& il parut le refte de la fôirée
audi gai que les autres Frin-
:ces du Cercle qui avoient por-
té la Couronne trente années
moins que lui.
Pour fèryir le Duc de To(-
cane {ans in^rrompre \çs pré-
paratifs de ion mariage avec
Ciarmoiide, don; la célébra-
tion étoit indiqi^é^ à. quelques
jours de-là ) ^S^\ dp Ç^Wp
remit au lendanain>4e cette
Cérémonie à «njtretenû JP^c-
tive des;{èn4(ij)^s d«>,ÇacpU'
aoté. Ce; fetir ^-..(l^^^t^'t
4
H
iT de Clartnonde. 339
arrivé, Clamadès épouià Clar-
monde , & ils furent couron-
nez l'un & lautre dans le mê-
me tems. Je ne ferai point la
defcription de cette Cérémo-
nie 5 je me contenterai de dire
que la Reine n avoit rien épar-
gné pour la rendre fuperbe >
qu'il ièmbloit qu elle avoit
' rafîemblé toutes les Pierreries
de rOrient pour en parer la
nouvelle Epoufe & les Prin-
celles fes filles , & que toute
la Cour s'étoit furpaflee ea
magnificence pour célébrer
rheureux inftant qui terminoit
les courfes & les travaux d'un
Roi, dont Tablènce leur avoit
coûté tant de (bucis & tant
d'inquiétude. Les Fêtes les
plus galantes & les mieux ima<
Ffij
3 04 -^ vantures dt Ciamadh
ginées (uivirent le Couronne-
ment des nouveaux Epoux,
& Clamadès prit le tems que
Do(5live étoit le plus en joie
pour sacquiter de ce qu'il
avoit promis à Carnuante. h
vous remettant le Sceptre,
mon Fils,lui dit Doélive aprèj
l'avoir entendu , je me fuis ren-
due votre première Sujette}
quelque diftance qu'il y ait
d'une Reine de CaftiUe à un
Duc de Tolcane, s'il faut un
peu décendre , je réglerai ma
volonté fur la vôtre , & je fera
toujours contente de mon fort,
puil'que je vous I^iflèrai dans
le Trône où vos périls m'a-
yoient fait défèfperer de vous
voir aflls. Impatient d'infor-
mef Carnuante de l'IiQureulè
-c. €T (te Clarmonde. 341
-r:; dîfpofîtionoùfetrouvoitDoc-
zz tive, Clamàdès fut le vifiter
^j; pour Fen inftruire 3 les conven-
^5 tions fe réglèrent , le mariage
,r fut conclut, & en un même
- jour le Duc de Tofcane épou-
V la la Reine Douairière de Ca{^
tille , le Roi de Barbarie la
PrincefTe Hélior,le Roi d'A-
morafte la Princefîe Soliadife,
& le Roi de Salerne la Prin-
celle Maxime.
Durbans , qui avoit faic
prendre les devants à Picho-
net pour annoncer au Roi Cla-
màdès qu'il lui amenoit les
trois Perîbnnes qu il avoit de-
mandées , arriva à Séville dans
le tems qu on recommençoit
àcs RéjoiiiflTances au fujet de
ces quatre mariages. Charmé
Ff iij
34^ Avantures de Clamad)s
de revoir un (î brave Cheva-
lier , Clamadès le reçut avec
de grandes marques d eftime,
& comme il avoit entretenu
la jeune Reine de fes grandes
allions , il le conduilît à fon
Apppartement , & en le lui
prélèntanç : Madame , lui dit-
il, voilà le .Libérateur de nos
bonnes Amies > elles périf-
foient (ans (on fecours , aucun
Chevalier dans la Tofcane ne
voulant dçffendre . leur inno-
cence. La jeune Reine fît à
Durbans une réception favo-
rable : Je ne puis vous expri-
mer. Seigneur , lui dit -elle,
combien je (îiis reconnoifïànte
de vos bons offices envers des
Filles que j ainie , ôc je ne îçau-
rois allez loiier. la générofîté
Cr ck Clarmonde. 343
avec laquelle vous avez eritte-*
pris pour elles un Combat,
que le Duc, mon père , regar^
doit lui-même comme inégal.
Je ne devois pas prendre gar-*
de à Tinégalité du nombre >
Madame , lui répondit Dur-*
bans 3 je venois de prendre le-^
çon d un Maître , dit-il en re-
gardant Clamadès , qui m'a-
voit enfeigné à nen pas faire
beaucoup de cas- Auffi, Ma-
dame 5 ajouta-t'il , depuis mort
inftruélion , f ai conçu pour ce
Maître une vénéfttion fi pro-*
fonde , & je prèns un intérêt
fi fincére à ce qui le touche ,
que je ne puis me fçavoir trop
de gré de lui avoir prêté pout
Conduéleur , en f brtant dé
notre Combat contre les Toi^
Ffiiij
3 2^4 Avantures de Clamades
cans , un Homme ajfîez bien in-
fpir é pour le conduire àSalerne
plutôt que dans une autreVille
où* il nauroit point entendu
parler de vous. La Reine Clar-
monde n entendit qu'une par-
tie de ce que lui racontoit Diir-
bans , parce que le Roi Cla^
madès , en lui parlant de ce
Cavalier , né lui avoit point
dit qu il lavoit vaincu, avec
Serrans en combattant contre
eux deux enfemble devant le
Château de Mont-étroit ,. &
n attachant Sk réflexion que
fur le prêt de ConduSieur qu il
avoit fait : Je conçois main-
tenant , lui dit-elle , que vous
êtes mon Libérateur comme
celui de mes trois Femmes y car
quoique vous ne (ongeaffiez
(T dt Oarmondei 34^.
pas à moi au moment que
vous donnâtes un Guide à
mon cher Ciamadès , je ne
laifîe pas de penfèr que le Ciel.
s'eft fervi de vous pour mè
retirer des mains de Méniade,
& me rendre la liberté ^ que
ce Prince ne m'auroit point
rendue , fi une Puilîance ïupé-
rieure à la fienne n'eut daigné
me (ecourir. Je Tai quelque-
fois penlé comme vous, Ma-
dame , dit Ciamadès à CTar-
monde , parce qu en arrivant
au château de Mont -étroit, ,
& m'amulànt à en cbnfidérer
la beauté , je me mis dans Telr
prit que la fin de mes peines
y prendroit fon commence-
ment , & ce qui m eft arrivé
depuis p tant en Toicane qu'à
3 4^ Avantùres de Clamades
Saleme , a jiiftifie ce preflèn-
timent. Convenez-donc avec
moi , lui répondit Cfarmonde,
que fi ce généreux Chevalier
nous a rendus libres Tun &
Tautre, vous, des chagrins que
vous caufoit la perfidie de
Cropardo', moi, de la con-»
trainte où me tenbit la pal-»
fion de Méniade , il doit
laifier à notre reconnoiflance
la liberté d'agir comme il lui
plaira avant qu il sen retour-
ne en Italie. N agit-elle pas
dès à préfent, cette reconnoit
iànce , Madame , lui répondit
-Durbans , & ne s'étend t-elle
pas au de-là de ce que f au-
rois ofé Tefpérer en m'appre-
nant que ce que f ai fait vous
cft agréable. Nous examine-
i!t de Clar monde. 3 47
rons cela , lui répartit Clar-
monde , après que vous aurez
pris part aux plailîrs quifuc-
cédent à nos peines.
' Ces Réjoiiiflances durèrent
long-tems j chaque jour four-
niffoit Toccafiori d'en prolon-
ger le cours. Elles ne finirent
que parce que les Princes,
pour qui la Cour de SéviUe
fembloit vouloir les perpé-
tuer y jugeant que leur préfen-
ce dei^enoit néceflaire dans
leurs Etats , prièrent le Roi
de Caftille de trouver bon
qu'ils sy en retournaflent. Cla-
madès , qui fçavoit combien
il importe à un Souverain dV
voir Tœil fiir la conduite des
* ê
Miniftres auTquels il eft £bu-
venc obligé de confier une
34^ Avantures Je Clama Jès
partie du Gouvernement donc
Dieu le charge lui-même , fe
rendit à leurs prières , & les
laifla partir avec leurs Epou-
fès, que Glarmonde combla
de prélens, ainfi que Durbans,
qui demanda la permifîîon
d'accompagner le Duc Carnu-
ante jufqu en Toicane* Cette
généreuie :Reine maria enfuite
avantageufement Florét-e , Ga-
yéte & Liades , & le Roi Cla-
madès anoblit & enrichit Pi-
chonet^qui tint toujours auprès
de ce Monarque reconnnoit
fant une place entre fes Favoris
les plus dfccréditez.
FIN.
J'AI lu par ordre de Monfeigneur
le Garde des Sceaux , les Avantiires .
de Clamadis & dt CUrmonde.A Paris
ce 1 z Juin 1733. ' '
L AS ERRE.
PRIVILEGE DU RÔT.
louis par la grace de
Dieu, Roi de Frasceet
DE Navarre; A nos amez &
féaux ConfeJilers les Gens tènans nos
Cours de Parlement > Maîtres des Re-
. quêtes ordinaires de notre Hôtel ,
Grand - Confeil , Prévôt ■ de Paris ,
Baillifs , Sénéchaux , leurs Lieutenant
Civils , & autres nos Jyfticîers qu'il ap-
partiendra ; Salut. Notre bien amé >
Jean-Andrb' Mor^n, Libraire
à Paris ;>Joùs ayant fait Tupplierd): lui
accorder nos Lettres de permiffion ,
pour l'impreflion d'un Manufcrit qui s
pour titre , Avanttires Jf Clamàdès & fie
CUrmonde tirées de VEffagnol , offrant
pour cet effet <je le faire inif rimer en